Le chimpanzé commun : 99 % d’ADN partagé, groupes et communication

découvrez les différents aspects du comportement et de la morphologie du chimpanzé commun. plongez dans une analyse approfondie de ses interactions sociales, de ses habitudes alimentaires et de son environnement, afin de mieux comprendre cette espèce fascinante et son rôle vital dans la biodiversité.
Sommaire7 sections
  1. 0198,8 %, un chiffre qui dit moins qu’on ne le croit
  2. 02Des outils différents selon la région
  3. 03La guerre de Gombe
  4. 04Une hiérarchie tenue par les alliances
  5. 05Cris, gestes et expressions du visage
  6. 06Un régime largement végétal, mais pas seulement
  7. 07Une espèce en danger, une population qui s’effrite

Le chimpanzé commun partage l’essentiel de son patrimoine génétique avec l’espèce humaine, mais le chiffre qui circule, 98 ou 99 %, mesure une ressemblance entre bases alignées, pas une identité totale des deux génomes. Ce primate d’Afrique équatoriale vit en communautés où l’outil, la chasse collective et, plus rarement, la guerre entre groupes voisins font partie du répertoire ordinaire, documenté depuis plus de soixante ans dans la vallée de Gombe, en Tanzanie.

98,8 %, un chiffre qui dit moins qu’on ne le croit

chimpanzé assis dans la végétation, bras posé sur une branche, regard tourné vers l’objectif

Le chimpanzé commun (Pan troglodytes) appartient à la famille des hominidés, celle qui regroupe aussi les gorilles, les orang-outans, les bonobos et l’humain. Les comparaisons de génomes publiées depuis 2005 donnent une similitude d’environ 98,8 % sur les segments d’ADN qu’on peut aligner base à base entre les deux espèces. Ce taux tombe à 95 ou 96 % dès qu’on compte aussi les insertions et les délétions, ces portions d’ADN présentes chez l’un et absentes chez l’autre. Le chimpanzé est notre plus proche parent vivant, mais son génome n’est pas une copie presque parfaite du nôtre : c’est une lignée cousine, séparée de la nôtre depuis six à huit millions d’années.

Debout, un mâle adulte mesure entre 100 et 170 cm selon les populations, pour un poids de 40 à 70 kg. Les femelles sont nettement plus légères. Les bras dépassent largement la longueur des jambes, ce qui aide à se déplacer dans les arbres, et le pouce opposable permet une préhension fine, presque comparable à la nôtre. Le pelage est noir, sauf chez certains individus âgés qui perdent leurs poils sur le front, un peu comme une calvitie humaine.

Des outils différents selon la région

Les chimpanzés ne se contentent pas de trouver leur nourriture, ils la fabriquent souvent avec un outil. À Gombe, Jane Goodall a observé dès 1960 des individus dépouiller une tige de ses feuilles pour l’enfoncer dans une termitière et en retirer les insectes collés dessus, un comportement qui a forcé à revoir la définition même de l’outil chez l’animal. Plus à l’ouest, dans les forêts de Bossou en Guinée et de Taï en Côte d’Ivoire, d’autres communautés cassent des noix de palme entre une pierre plate et une pierre tenue en main, un geste transmis de mère en petit sur plusieurs années d’apprentissage. Chaque communauté a son répertoire d’outils, différent de celui de la communauté voisine : ce n’est pas de l’instinct, c’est une culture qui se transmet.

La guerre de Gombe

Entre 1974 et 1978, la communauté de Kasakela, suivie par l’équipe de Goodall depuis des années, s’est scindée en deux groupes. L’un, resté sur le territoire d’origine, a alors traqué et tué méthodiquement, sur quatre ans, tous les mâles adultes de l’autre groupe, installé plus au sud. C’est le premier conflit meurtrier entre communautés de primates non humains jamais documenté sur le terrain, et il a changé la façon dont on pensait l’agressivité chez cette espèce : elle n’est pas seulement individuelle, elle peut être organisée et durable entre groupes.

Une hiérarchie tenue par les alliances

Le groupe est dirigé par un mâle alpha, mais sa position tient rarement à la seule force physique : elle dépend surtout des alliances qu’il noue avec d’autres mâles, entretenues par le toilettage mutuel. Ce geste, qui consiste à débarrasser le pelage d’un congénère de ses parasites et de ses débris, occupe une part importante de la journée et sert autant à l’hygiène qu’à la diplomatie interne du groupe. Un mâle qui perd ses soutiens perd généralement son rang, parfois du jour au lendemain.

Cris, gestes et expressions du visage

La communication combine des vocalisations, des postures et des mimiques faciales. Le hurlement en crescendo appelé « pant-hoot » sert à signaler sa position à des membres du groupe dispersés dans la forêt, tandis que des cris plus brefs préviennent d’un danger immédiat, un serpent ou un léopard par exemple. Les chercheurs qui suivent ces communautés depuis longtemps décrivent des réactions qui ressemblent à de l’empathie, un individu venant réconforter un congénère blessé ou stressé par un contact physique prolongé.

Un régime largement végétal, mais pas seulement

Le chimpanzé est omnivore, avec les fruits pour base : ils composent environ la moitié de son alimentation. Il complète avec des feuilles, des graines et des insectes, dont les termites et les fourmis récoltées à l’aide d’une tige. La viande reste minoritaire mais réelle : à Gombe, la proie la plus souvent chassée en groupe est le colobe rouge, un singe arboricole, et non l’antilope ou le babouin comme on le lit parfois. Il arrive aussi qu’un jeune guib harnaché, une petite antilope forestière, soit capturé au sol.

Une espèce en danger, une population qui s’effrite

L’Union internationale pour la conservation de la nature classe le chimpanzé commun comme en danger, avec une population sauvage estimée entre 170 000 et 300 000 individus répartis en Afrique de l’Ouest et centrale. La déforestation liée à l’agriculture et à l’exploitation forestière fragmente son habitat, le braconnage pour la viande de brousse continue malgré les interdictions, et des épidémies comme celles d’Ebola ont décimé certaines populations en quelques semaines. Les zones protégées où les communautés sont suivies depuis longtemps, comme celle de Gombe, restent parmi les rares endroits où la tendance se stabilise.

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