L’antilope du Tibet, ou chiru : haute altitude, laine et braconnage
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Le chiru est l’antilope qu’on a failli exterminer pour une écharpe. Sa laine, si fine qu’un châle tissé avec elle passe à travers une bague, s’appelle le shahtoosh, et elle ne peut s’obtenir qu’en tuant l’animal : c’est ce commerce, plus que tout autre facteur, qui a fait chuter la population du chiru au vingtième siècle, avant un rétablissement obtenu de haute lutte sur les hauts plateaux tibétains.
Une antilope du toit du monde
Le chiru, ou antilope du Tibet, Pantholops hodgsonii, vit sur les plateaux arides du Tibet, du Qinghai et du Xinjiang, en Chine, entre 3 700 et 5 500 mètres d’altitude, ce qui en fait l’un des ongulés vivant le plus haut au monde. Longtemps classé dans son propre sous-groupe de bovidés, il s’est révélé, par des études génétiques récentes, plus proche des chèvres et des moutons que des antilopes au sens strict, une surprise pour une espèce qu’on avait toujours rangée aux côtés des gazelles.
La taille varie nettement selon le sexe. Les femelles mesurent de 110 à 120 centimètres de long pour une hauteur au garrot de 70 à 85 centimètres et un poids de 25 à 30 kilogrammes. Les mâles, plus imposants, atteignent 120 à 140 centimètres de long, 80 à 95 centimètres au garrot, pour un poids de 32 à 50 kilogrammes. Seuls les mâles portent des cornes, longues de 50 à 60 centimètres, noires et presque droites, qui restent l’un des critères les plus fiables pour distinguer les sexes à distance.
Une laine qui ne se tond pas
La toison du chiru cache un duvet exceptionnellement fin, plus fin que le cachemire, qui sert à tisser le shahtoosh, un châle si léger et si dense à la fois qu’il peut passer à travers un anneau. Ce duvet ne se tond pas comme celui d’une chèvre : il ne s’obtient qu’en dépouillant l’animal mort. Il faut la laine de trois à cinq chirus pour un seul châle. Le commerce international du shahtoosh est interdit depuis 1975 par la convention CITES, mais des marchés clandestins ont continué d’alimenter la demande pendant des décennies, en Inde et au-delà.
Vivre à cinq mille mètres
Pour survivre au froid et à l’air raréfié des hauts plateaux, le chiru a développé des narines élargies qui réchauffent l’air avant qu’il n’atteigne les poumons, une adaptation qui rappelle celle, plus poussée encore, du nez tubulaire de la saïga des steppes d’Asie centrale : deux espèces sans lien de parenté proche, confrontées au même problème d’air froid, avec des solutions convergentes. Le pelage du chiru, gris-beige à reflets rosés, est d’une densité remarquable, capable de retenir la chaleur corporelle malgré des températures qui descendent bien en dessous de zéro une bonne partie de l’année.
Le goa, petit cousin du même plateau
Sur ces mêmes étendues vit la gazelle du Tibet, ou goa, avec laquelle le chiru est parfois confondu à distance faute de point de comparaison. La différence tient d’abord à la taille : le chiru mâle dépasse souvent 50 kilogrammes quand le goa dépasse rarement 15 kilogrammes, une gazelle bien plus petite et plus légère. Les cornes tranchent aussi : celles du chiru, présentes seulement chez le mâle, sont longues, noires, annelées et quasi verticales, alors que celles du goa dessinent un net crochet vers l’avant à leur extrémité.
Des migrations de plusieurs centaines de kilomètres
Chaque été, les femelles chirus quittent leur territoire habituel pour rejoindre des zones de mise bas isolées, parfois à plus de 300 kilomètres, comme les abords du lac Zonag, où elles se regroupent par milliers pour mettre bas presque au même moment avant de repartir avec leur petit vers les zones d’hivernage. Les mâles, eux, restent en arrière et ne rejoignent les femelles qu’à l’automne, pour la saison du rut, entre novembre et décembre, période durant laquelle ils s’affrontent pour l’accès aux femelles.
De la quasi-disparition à la reconstruction
La chasse pour le shahtoosh a fait chuter la population du chiru à environ 65 000 à 75 000 individus au milieu des années 1990, contre plusieurs centaines de milliers un siècle plus tôt. La création de la réserve naturelle de Kekexili en 1997 et les patrouilles anti-braconnage chinoises, une histoire portée à l’écran en 2004 par le film « La Patrouille de Kekexili », ont permis un net redressement : la population est aujourd’hui estimée entre 200 000 et 300 000 individus. L’UICN a fait passer le chiru du statut « en danger » à « quasi menacé » en 2016, une reconnaissance directe de cet effort de terrain.
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