L’orang-outan de Bornéo : outils, intelligence et vie en forêt

découvrez l'orang-outan de bornéo, une espèce fascinante aux caractéristiques uniques et à un comportement captivant. apprenez-en plus sur son habitat, ses habitudes alimentaires et les menaces qui pèsent sur sa survie dans la jungle boréale.
Sommaire6 sections
  1. 01Trois sous-espèces sur une seule île
  2. 02Un pelage sombre, des bajoues rondes et marquées
  3. 03Des gants de feuilles pour manier les fruits qui piquent
  4. 04Plus de temps au sol, faute de grand prédateur
  5. 05Le déclin le plus rapide des trois espèces d’orangs-outans
  6. 06Une espèce clé pour la régénération de la forêt

L’orang-outan de Bornéo descend au sol bien plus volontiers que celui de Sumatra, une différence de comportement qui tient d’abord à la géographie : l’île de Bornéo n’abrite aucun grand félin capable de le menacer, contrairement au tigre de Sumatra. Reconnu comme une espèce à part entière depuis 1996 seulement, séparé de l’orang-outan de Sumatra sur des bases génétiques, Pongo pygmaeus reste le plus nombreux des trois orangs-outans, mais aussi celui dont la chute récente est la plus brutale : plus de 100 000 individus ont disparu entre 1999 et 2015 selon les estimations les plus citées.

un orang-outan de bornéo au pelage brun foncé et aux larges bajoues rondes est assis sur une branche basse, une brindille à la main.

Trois sous-espèces sur une seule île

L’orang-outan de Bornéo se divise en trois sous-espèces réparties selon les régions de l’île : Pongo pygmaeus pygmaeus au nord-ouest, Pongo pygmaeus wurmbii au centre et au sud, Pongo pygmaeus morio à l’est, cette dernière étant en moyenne la plus petite et la moins massive des trois. Debout, un mâle mesure entre 1 et 1,3 mètre pour un poids de 40 à 90 kg, la femelle restant plus légère, entre 30 et 50 kg. Ses bras, dépourvus de queue comme chez tous les grands singes, peuvent atteindre 2,2 mètres d’envergure, un atout précieux pour se déplacer entre les branches les plus hautes de la forêt.

Un pelage sombre, des bajoues rondes et marquées

Le pelage de l’orang-outan de Bornéo tend vers le brun foncé, presque acajou, plus court et plus dense que la fourrure roux clair et longue de son cousin de Sumatra. Chez les mâles dominants, dits mâles à bajoues, deux disques charnus arrondis encadrent le visage et lui donnent une silhouette large et massive, bien plus prononcée et incurvée vers l’avant que les bajoues plates de l’orang-outan de Sumatra. Cette différence de forme, associée à la couleur du pelage, reste le moyen le plus fiable de distinguer les deux espèces sur une simple photographie.

Des gants de feuilles pour manier les fruits qui piquent

L’orang-outan de Bornéo sait fabriquer des outils simples pour accéder à une nourriture autrement inaccessible : il façonne des gants de feuilles pour manipuler sans se blesser le fruit du Neesia, protégé par des poils urticants aussi fins que du verre pilé, et utilise parfois une brindille pour en extraire les graines. Certains individus se servent également de larges feuilles en guise de parapluie improvisé pendant les averses tropicales, ou pour amplifier le claquement de lèvres qui sert de signal d’alerte, un comportement appelé kiss-squeak. Son régime reste dominé par les fruits, complété de jeunes feuilles, d’écorce et, plus rarement que chez l’espèce de Sumatra, d’insectes.

Plus de temps au sol, faute de grand prédateur

Sur l’île de Bornéo, l’absence de tigre change profondément le comportement de l’orang-outan par rapport à celui de Sumatra : il descend plus volontiers au sol pour se déplacer entre deux parcelles de canopée trop espacées, ou pour chercher une nourriture tombée. Cette tendance reste toutefois variable selon les populations et les sous-espèces, certaines restant presque aussi arboricoles que leurs cousines de Sumatra dans les forêts les plus continues. Les mâles adultes, largement solitaires, ne recherchent la compagnie d’une femelle que lors des périodes de reproduction, tandis que les jeunes restent auprès de leur mère plusieurs années après le sevrage.

Le déclin le plus rapide des trois espèces d’orangs-outans

Avec environ 100 000 individus restants, l’orang-outan de Bornéo demeure le plus nombreux des trois espèces du genre, loin devant les 14 000 individus de Sumatra et les moins de 800 de Tapanuli. Ce chiffre masque cependant un effondrement récent : plus de la moitié de la population aurait disparu depuis les années 1970, la déforestation liée à l’huile de palme et à l’exploitation forestière ayant fragmenté l’essentiel de son habitat en une mosaïque de forêts isolées. L’UICN a reclassé l’espèce en danger critique d’extinction en 2016, un statut aussi sévère que celui de l’orang-outan de Sumatra malgré des effectifs bien supérieurs.

Une espèce clé pour la régénération de la forêt

En avalant puis en disséminant les graines de dizaines d’espèces d’arbres à travers ses longs déplacements dans la canopée, l’orang-outan de Bornéo participe directement au renouvellement des forêts qu’il habite, un service écologique difficile à remplacer par une autre espèce sur une aussi vaste échelle. Sa mémoire spatiale, réputée excellente, lui permet de retrouver d’une année sur l’autre les arbres fruitiers les plus productifs de son territoire, parfois distants de plusieurs kilomètres. Cette capacité de mémorisation, associée à la lenteur de sa reproduction, rend chaque individu perdu difficile à compenser pour la population restante.

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