Le nasique : son nez, sa vie en groupe et les forêts de Bornéo

découvrez le nasique, une espèce fascinante de singe à nez retroussé. explorez son portrait, son habitat et son comportement unique, et plongez dans l'univers captivant de cet animal curieux et social.
Sommaire6 sections
  1. 01Un nez qui amplifie plus qu’il ne décore
  2. 02Un estomac de ruminant dans un corps de singe
  3. 03À ne pas confondre avec le simakobu des Mentawai
  4. 04Nageur autant que grimpeur
  5. 05Des harems qui se regroupent la nuit
  6. 06Une espèce en danger, concentrée sur une seule île

Le nasique ne vit que sur une seule île : Bornéo. Nulle part ailleurs, malgré ce qu’on lit parfois. Son nez démesuré n’est pas qu’une curiosité de photo, c’est un haut-parleur, et son estomac fonctionne presque comme celui d’une vache. Deux traits qui, ensemble, racontent un singe très différent du reste des primates d’Asie.

Un nez qui amplifie plus qu’il ne décore

nasique mâle au nez pendant assis sur une branche en bordure de mangrove à Bornéo

Le nasique (Nasalis larvatus) est un primate colobiné endémique de Bornéo, où il vit dans les mangroves, les forêts marécageuses et les galeries forestières le long des rivières. Chez le mâle adulte, le nez charnu peut pendre jusque sous le menton et sert de caisse de résonance : il amplifie les cris d’alerte et les vocalises reproductives, un peu comme un pavillon de cuivre. Les femelles, au nez bien plus discret, semblent préférer les mâles au nez le plus développé, ce qui en fait aussi un signal de sélection sexuelle.

  • Poids des mâles : 16 à 22 kg, parfois jusqu’à 24 kg
  • Poids des femelles : 7 à 12 kg
  • Taille des mâles : 66 à 76 cm de long
  • Queue : 55 à 75 cm, non préhensile

Un estomac de ruminant dans un corps de singe

Comme les autres colobinés, le nasique digère grâce à un estomac à plusieurs poches où des bactéries fermentent les feuilles et les graines, exactement comme chez une vache. Cette fermentation impose une contrainte étonnante : le nasique évite les fruits mûrs et sucrés, car le sucre y déclenche une fermentation excessive qui produit des gaz et peut tuer l’animal par ballonnement. Il privilégie donc les feuilles jeunes et les fruits encore verts, une contrainte digestive que ne connaissent pas les singes à estomac simple comme les macaques.

À ne pas confondre avec le simakobu des Mentawai

Un autre colobiné d’Indonésie porte un nez retroussé et vit lui aussi près de l’eau : le simakobu (Simias concolor). Il ne faut pas les confondre, même si les descriptions rapides les mélangent parfois. Le simakobu vit uniquement sur les îles Mentawai, au large de Sumatra, dont les îles Pagai, à des centaines de kilomètres de Bornéo. Il n’a ni le grand nez pendant du nasique, ni sa longue queue : la sienne se réduit à un moignon de quelques centimètres, une rareté chez les primates. Le nez, la queue et l’île suffisent à trancher entre les deux espèces sans hésitation.

Nageur autant que grimpeur

Le nasique possède des pieds partiellement palmés et compte parmi les meilleurs nageurs de tous les primates. Il traverse rivières et bras de mangrove à la nage, parfois en plongeant directement d’une branche haute pour échapper à un danger. Cette aisance dans l’eau ne le met pas totalement à l’abri : le crocodile marin, présent dans les mêmes mangroves, reste l’un de ses rares prédateurs capables de le surprendre au moment même où il cherche à fuir.

Des harems qui se regroupent la nuit

Le groupe de base rassemble un mâle dominant, plusieurs femelles et leurs petits, en général une dizaine d’individus. Les jeunes mâles évincés forment des groupes de célibataires séparés. La nuit venue, plusieurs harems se rassemblent souvent sur les mêmes arbres en bord de rivière, une concentration qui offre plus de vigilance collective face aux prédateurs sans pour autant fusionner les groupes, qui repartent chacun de leur côté au matin.

Une espèce en danger, concentrée sur une seule île

L’Union internationale pour la conservation de la nature classe le nasique en danger d’extinction. La déforestation liée à l’exploitation du bois et à l’expansion des plantations de palmiers à huile a fait reculer son habitat de mangrove et de forêt riveraine sur une grande partie de Bornéo, et la chasse locale s’ajoute à cette pression. Vivre sur une seule île rend l’espèce particulièrement vulnérable : il n’existe nulle part ailleurs de population de repli. En captivité comme dans la nature, un nasique peut atteindre 13 à 20 ans, et les nouveau-nés naissent avec le visage bleuté et un nez déjà retroussé, une coloration qui s’efface au profit du gris-rosé adulte au bout de quelques mois.

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