Le nasique des îles Pagai : un singe endémique menacé d’Indonésie

découvrez le nasique des îles pagai, un primate fascinant aux caractéristiques uniques. plongez dans l'univers de cette espèce rare, son habitat naturel et son comportement atypique. apprenez comment sa survie est menacée et pourquoi sa conservation est cruciale pour l'écosystème de cette région.
Sommaire5 sections
  1. 01Le simakobu, pas le nasique de Bornéo
  2. 02Des couples stables, un cas rare chez les colobinés
  3. 03Un régime plus fruité que chez la plupart des colobinés
  4. 04Une reproduction étalée sur toute l’année
  5. 05Une espèce en danger critique d’extinction

Le nasique des îles Pagai porte un nez court et retroussé, à peine marqué, bien loin de l’appendice tombant qui caractérise son cousin de Bornéo. C’est une autre espèce, le simakobu, Simias concolor, endémique des îles Mentawai au large de Sumatra. Sa queue, réduite à un moignon de quelques centimètres, et ses couples stables toute l’année en font l’un des primates les plus atypiques d’Indonésie.

Le simakobu, pas le nasique de Bornéo

Simakobu à queue courte et nez retroussé, pelage sombre, dans la forêt de Mentawai.

Le nasique des îles Pagai, appelé aussi simakobu, appartient à l’espèce Simias concolor, un colobiné de la famille des cercopithécidés. Il vit exclusivement sur les îles Mentawai, en particulier Sipora et les deux îles Pagai, au large de la côte ouest de Sumatra, en Indonésie. Contrairement au nasique de Bornéo, Nasalis larvatus, dont le nez proéminent tombe sur la bouche des vieux mâles, le simakobu a un nez court, retroussé, presque discret.

L’animal mesure de 45 à 55 centimètres de long, pour un poids de 7 à 9 kilogrammes. Sa queue, longue de 13 à 16 centimètres, ne porte pas de poils et n’a aucune fonction préhensile visible, un trait rare chez les primates arboricoles. Le pelage varie du brun foncé au roux selon les populations, une variation qui a longtemps compliqué la distinction entre les différentes populations insulaires par les naturalistes de terrain.

Des couples stables, un cas rare chez les colobinés

Le simakobu vit en petits groupes familiaux formés d’un couple et de sa progéniture, une organisation sociale rare chez les colobinés, qui vivent le plus souvent en groupes polygynes menés par un seul mâle. Les partenaires restent proches tout au long de la journée, ce qui renforce la cohésion du groupe.

L’espèce est diurne et territoriale. Son territoire s’étend de 2 à 25 hectares selon la densité de nourriture disponible dans la forêt.

Un régime plus fruité que chez la plupart des colobinés

Le simakobu se nourrit surtout de feuilles jeunes, complétées par des fruits et des graines selon la disponibilité saisonnière. Les études menées sur l’île de Siberut montrent qu’il consomme une part de fruits plus importante que la plupart des colobinés, qui restent en général strictement folivores.

Il évolue dans les forêts intérieures et les forêts marécageuses des îles Mentawai, un habitat de plus en plus morcelé par l’exploitation forestière.

Certains chercheurs distinguent la population de l’île de Siberut, plus au nord dans l’archipel des Mentawai, comme une espèce à part entière, parfois nommée Simias siberu. Le nasique des îles Pagai, au sens strict, désigne alors la population des îles Sipora, Pagai Nord et Pagai Sud, plus proche de l’extinction que celle de Siberut.

Une reproduction étalée sur toute l’année

La période de reproduction du simakobu s’étend sur toute l’année, sans pic saisonnier marqué. Après une gestation estimée à environ cinq à six mois, la femelle met bas un seul petit. La maturité sexuelle intervient entre 3 et 7 ans selon le sexe.

Le petit reste accroché au ventre de sa mère durant ses premières semaines, avant de passer progressivement sur son dos. Le sevrage complet intervient généralement avant un an, période durant laquelle le couple parental continue de veiller de près sur lui face aux rares prédateurs de la forêt.

Une espèce en danger critique d’extinction

L’Union internationale pour la conservation de la nature classe le simakobu en danger critique d’extinction, le niveau de menace le plus élevé avant la disparition. La déforestation liée à l’exploitation du bois et à la conversion des terres en palmeraies, ajoutée à la chasse pour la viande de brousse, a fait reculer ses populations sur l’ensemble des îles Mentawai.

La création de réserves forestières sur Siberut et sur les îles Pagai reste l’un des principaux leviers pour freiner ce déclin, aux côtés de la sensibilisation des communautés locales à la valeur de cette faune endémique. Les Mentawai chassaient traditionnellement ce singe à l’arc pour sa viande, une pratique de subsistance ancienne devenue aujourd’hui l’une des causes directes de son déclin, à mesure que les techniques de chasse se sont modernisées et que la pression démographique a augmenté sur les îles.

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