L’éléphant d’Afrique : trompe, oreilles et vie de famille
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Depuis mars 2021, l'éléphant d'Afrique n'est plus une espèce mais deux. L'Union internationale pour la conservation de la nature a acté ce que la génétique montrait depuis longtemps : l'éléphant de savane et l'éléphant de forêt se sont séparés il y a plusieurs millions d'années, et leurs statuts de menace n'ont plus rien de commun. Le premier est en danger, le second en danger critique, à un pas de l'extinction.
Deux espèces reconnues depuis 2021
La séparation entre Loxodonta africana, l'éléphant de savane, et Loxodonta cyclotis, l'éléphant de forêt, ne date pas d'hier. Les deux lignées ont divergé il y a environ cinq millions d'années, bien avant l'apparition de l'espèce humaine, mais les manuels ont longtemps parlé d'un seul éléphant d'Afrique. Le comité de l'UICN a tranché en 2021 : ce sont deux espèces à part entière, chacune avec sa propre liste rouge. L'éléphant de savane est classé en danger, l'éléphant de forêt en danger critique, la catégorie juste avant l'extinction à l'état sauvage.
Le colosse des plaines ouvertes
L'éléphant de savane est le plus grand animal terrestre vivant. Les mâles mesurent de 3 à 3,7 mètres au garrot et pèsent en moyenne 5 à 6 tonnes, certains individus ayant dépassé les 10 tonnes. Les femelles restent nettement plus petites, autour de 2,5 à 2,7 mètres et 3 tonnes. Ses oreilles, dont la forme rappelle le contour du continent africain, peuvent atteindre 1,5 mètre de haut et servent surtout à évacuer la chaleur : le sang y circule tout près de la peau, refroidi par l'éventail que forment ces oreilles en mouvement. Ses défenses, incurvées vers l'avant, poussent toute la vie et dépassent parfois 2,5 mètres chez les plus vieux mâles.
Le forestier du bassin du Congo, plus petit et plus sombre
L'éléphant de forêt vit dans les forêts denses d'Afrique centrale et de l'Ouest, du Gabon à la République démocratique du Congo. Il est nettement plus petit que son cousin de savane, environ 2,4 mètres au garrot pour 2 à 4 tonnes. Ses oreilles sont plus rondes, ses défenses plus droites et pointées vers le bas, une forme qui gêne moins les déplacements entre les arbres. C'est aussi l'espèce la plus menacée des deux : son ivoire, plus dur et plus rose, est particulièrement recherché, et le braconnage a fait chuter sa population de plus de 60 % entre 2002 et 2011 dans plusieurs régions du bassin du Congo.
La trompe, une centrale musculaire sans le moindre os
La trompe d'un éléphant d'Afrique mesure près de deux mètres et pèse environ 130 kilogrammes. Elle ne contient aucun os, seulement des dizaines de milliers de faisceaux musculaires qui lui donnent une précision inhabituelle pour un membre aussi massif, capable d'arracher une branche entière ou de saisir une seule feuille d'acacia. Elle sert aussi de tuba lorsque l'animal traverse une rivière profonde, de trompette pour le barrissement, et de main pour caresser un petit ou un congénère malade.
Vivre en harde sous l'autorité d'une matriarche
Les deux espèces vivent en groupes familiaux, ou hardes, conduits par la femelle la plus âgée. Elle décide des trajets, des points d'eau et du moment de fuir un danger, une expérience accumulée sur plusieurs décennies que les jeunes n'ont pas encore. Les mâles quittent le groupe vers douze ou quinze ans et vivent ensuite seuls ou en petits groupes de célibataires. Au-delà du barrissement, audible à plusieurs kilomètres, les éléphants communiquent par des grondements infrasonores, trop graves pour l'oreille humaine, qui portent sur de longues distances à travers le sol et la végétation. La gestation dure environ vingt-deux mois, la plus longue de tous les mammifères terrestres, et se termine par la naissance d'un seul petit qui reste dépendant de sa mère pendant plusieurs années.
Une intelligence vérifiée, pas supposée
En 2006, des chercheurs ont soumis des éléphants d'Asie à un test de reconnaissance dans un miroir, une épreuve que seule une poignée d'espèces réussissent, parmi lesquelles les grands singes et les dauphins. Les éléphants d'Afrique montrent un comportement comparable face à leurs congénères morts : ils s'arrêtent près des ossements, les touchent de leur trompe, reviennent parfois sur les lieux plusieurs années après. Ce ne sont pas des sentiments prêtés par des observateurs attendris, ce sont des comportements filmés et répétés sur le terrain, au Kenya notamment.
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