Les Big Five d’Afrique : lion, léopard, éléphant, rhinocéros, buffle
Sommaire7 sections
- 01Une liste de chasseurs, pas de naturalistes
- 02Le lion : un statut mondial qui cache des effondrements régionaux
- 03Le léopard : le plus discret, et le plus adaptable
- 04L’éléphant : deux espèces, pas une
- 05Le rhinocéros : une espèce à deux doigts de disparaître dans la nature
- 06Le buffle : le plus tueur des cinq, et le moins protégé
- 07Là où observer encore les cinq espèces ensemble
L’expression Big Five est née dans le carnet des chasseurs de safari du début du vingtième siècle, qui rangeaient sous ce nom les cinq espèces les plus dangereuses à abattre à pied, celles capables de charger et de tuer un homme armé plutôt que de fuir. Le tourisme de vision a repris ce terme des décennies plus tard, en le vidant de son sens d’origine pour honorer les animaux les plus spectaculaires à observer plutôt que les plus périlleux à chasser.
Une liste de chasseurs, pas de naturalistes
Le terme circule dans les récits de chasse britanniques dès les années 1900, bien avant l’apparition du tourisme de vision. Lion, léopard, éléphant, rhinocéros et buffle y figurent parce qu’un animal blessé, dans les cinq cas, se retourne fréquemment contre le chasseur au lieu de s’enfuir, contrairement à une antilope ou une girafe. Le classement ignore délibérément l’hippopotame, pourtant responsable de davantage de morts humaines chaque année en Afrique que les cinq espèces réunies, simplement parce qu’il n’intéressait pas les trophées de chasse. Dans les années 1980 et 1990, l’industrie du safari photographique a repris l’expression telle quelle, en la vidant de son sens d’origine pour en faire un argument commercial.
Le lion : un statut mondial qui cache des effondrements régionaux
Le lion, Panthera leo, est classé vulnérable par l’Union internationale pour la conservation de la nature à l’échelle du continent. Ce statut moyen masque des situations très inégales : en Afrique de l’Ouest, la population est tombée à quelques centaines d’individus, séparés en groupes isolés qui n’échangent plus de gènes entre eux, et la sous-population y est classée en danger critique, le niveau juste avant l’extinction dans la nature. Une lionne y vit en moyenne dans une aire de moitié plus petite qu’en Afrique de l’Est, faute d’espace.
Le léopard : le plus discret, et le plus adaptable
Le léopard, Panthera pardus, est également classé vulnérable, mais c’est le membre du Big Five à l’aire de répartition la plus large et la plus tolérante aux milieux modifiés par l’homme. Des léopards survivent dans les collines en périphérie du Cap, en Afrique du Sud, et jusque dans les faubourgs de Mumbai, en Inde, où ils chassent des chiens errants la nuit. Cette capacité à s’installer près des zones habitées en fait, paradoxalement, l’espèce du Big Five la moins souvent observée en safari, parce qu’elle reste nocturne et solitaire même quand elle vit à proximité des humains.
L’éléphant : deux espèces, pas une
Depuis 2021, l’Union internationale pour la conservation de la nature reconnaît deux espèces distinctes d’éléphants d’Afrique, là où un seul statut suffisait auparavant. L’éléphant de savane, Loxodonta africana, celui des grandes plaines et des safaris classiques, est classé en danger. L’éléphant de forêt, Loxodonta cyclotis, plus petit, aux défenses plus droites, présent dans les forêts d’Afrique centrale, est classé en danger critique, sa population ayant chuté d’environ 86 % en trente et un ans selon les estimations de l’organisation. La gestation de l’éléphant dure environ vingt-deux mois, la plus longue de tous les mammifères terrestres, ce qui ralentit d’autant la capacité de l’espèce à se reconstituer après une chute de population.
Le rhinocéros : une espèce à deux doigts de disparaître dans la nature
Le rhinocéros noir, Diceros bicornis, est classé en danger critique. Le rhinocéros blanc, Ceratotherium simum, se divise en deux sous-espèces aux destins opposés : la sous-espèce australe compte plusieurs milliers d’individus et n’est classée que quasi menacée, tandis que la sous-espèce septentrionale ne compte plus que deux individus vivants, deux femelles gardées sous protection permanente au Kenya, le dernier mâle étant mort en 2018. Elle est aujourd’hui fonctionnellement éteinte à l’état sauvage. Le braconnage vise la corne, faite de kératine, la même protéine que celle des ongles humains, sans aucune des vertus médicinales qu’on lui prête dans certains marchés asiatiques.
Le buffle : le plus tueur des cinq, et le moins protégé
Le buffle d’Afrique, Syncerus caffer, est reclassé quasi menacé depuis 2019, après des décennies où il était considéré comme sans risque particulier, en raison du recul de ses effectifs dans plusieurs pays d’Afrique de l’Ouest et centrale. Chez les chasseurs professionnels, il a longtemps porté le surnom de « mort noire », car un buffle blessé peut décrire un large cercle pour revenir attaquer son poursuivant par-derrière, une tactique qui a coûté la vie à davantage de chasseurs que les quatre autres espèces réunies. Il vit en troupeaux dirigés par les femelles les plus âgées, qui décident collectivement des déplacements, et peut atteindre vingt ans à l’état sauvage.
Là où observer encore les cinq espèces ensemble
Peu de réserves abritent aujourd’hui les cinq espèces avec des populations stables : le Kruger et le Kwazulu-Natal en Afrique du Sud, le Masaï Mara au Kenya, le Serengeti en Tanzanie, et certaines réserves de Namibie et du Botswana en font partie. Le Rwanda a réintroduit ses derniers lions en 2015 et ses premiers rhinocéros noirs en 2017, après des décennies d’absence liées à la guerre civile, ce qui en fait l’une des rares reconstitutions complètes du Big Five obtenues par réintroduction plutôt que par simple protection d’une population existante.
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