La biodiversité : ce qu’elle recouvre et pourquoi elle compte
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La biodiversité ne se mesure pas en comptant les espèces d’un lieu. Un champ de blé et une prairie naturelle peuvent abriter un nombre comparable de plantes à fleurs, et pourtant l’une résiste à une sécheresse ou à une maladie bien mieux que l’autre : tout dépend de la diversité qui se cache derrière ce chiffre.
Trois échelles, pas une liste de niveaux
La biodiversité se lit à trois échelles, qui s’emboîtent plutôt qu’elles ne s’additionnent. La diversité génétique, d’abord : les variations héréditaires entre individus d’une même espèce, qui permettent à une population de s’adapter à un parasite ou à un changement de climat. La diversité spécifique, ensuite : le nombre d’espèces présentes dans un milieu, et leur abondance relative. La diversité écosystémique, enfin : la variété des milieux eux-mêmes, forêts, tourbières, récifs, à l’échelle d’une région ou de la planète. Une espèce riche en variations génétiques dans un écosystème pauvre reste vulnérable. Un écosystème riche en espèces mais génétiquement uniformes l’est tout autant.
Un mot plus récent qu’on ne le dit
Le mot « biodiversité » n’a pas été inventé par celui qui l’a rendu célèbre. C’est le biologiste Walter G. Rosen qui contracte en 1985 l’expression « diversité biologique » en préparant un forum scientifique à Washington. Ce forum se tient en 1986, sous le nom de National Forum on BioDiversity. Edward O. Wilson en dirige les actes, publiés en 1988 sous le titre Biodiversity, et c’est ce livre qui popularise le terme dans le monde entier. Wilson n’a donc pas créé le mot, il lui a donné son audience.
Ce que la diversité génétique évite : l’exemple de la banane
La banane Cavendish, celle qui remplit les étals du monde entier, est un clone. Chaque plant est génétiquement identique à tous les autres, reproduit par bouturage depuis des décennies. Cette uniformité a rendu la variété vulnérable à un champignon, la souche Tropical Race 4, qui progresse depuis l’Asie du Sud-Est vers l’Amérique latine et menace une culture qui compose l’essentiel des exportations mondiales de bananes. Une population génétiquement diverse aurait presque toujours quelques individus résistants. Un clone n’en a aucun.
Un service qu’on ne remarque qu’en son absence
La pollinisation illustre bien ce que rend la diversité, à l’échelle des espèces cette fois. Sur environ 20 000 espèces d’abeilles recensées dans le monde, une seule poignée produit du miel commercialement, mais la plupart contribuent à polliniser des cultures. Une étude souvent citée évalue à environ 153 milliards d’euros par an la valeur des cultures qui dépendent de la pollinisation animale, soit près d’un dixième de la valeur de la production agricole mondiale destinée à l’alimentation humaine. Retirer les pollinisateurs ne ferait pas disparaître l’agriculture, mais amputerait une partie précise et chiffrable de ce qu’elle produit. Selon l’Organisation des Nations unies pour l’alimentation et l’agriculture, environ 75 % des principales cultures vivrières mondiales dépendent au moins partiellement d’un pollinisateur animal, du café au cacao en passant par la plupart des fruits à pépins.
Ce n’est pas un lieu, contrairement au biotope
La biodiversité se distingue d’un biotope ou d’une biocénose sur un point précis : elle ne désigne pas un endroit. Un biotope est le cadre physique d’un lieu donné, une biocénose la communauté vivante qui l’occupe. La biodiversité, elle, est une mesure, applicable à un jardin comme à la planète entière, qui compare la variété du vivant à un niveau donné. On peut avoir une biocénose pauvre en espèces mais riche en diversité génétique, ou l’inverse. Les deux notions se croisent sans se confondre.
Des menaces inégales selon les groupes
Toutes les familles du vivant ne reculent pas au même rythme. Chez les amphibiens, grenouilles, crapauds et salamandres, les évaluations de l’Union internationale pour la conservation de la nature situent depuis plusieurs années environ 40 % des espèces connues en danger, un des taux les plus élevés parmi les grands groupes animaux, en raison combinée de la perte de zones humides, d’un champignon pathogène introduit et du changement climatique. La biodiversité ne recule donc pas uniformément : elle s’effondre plus vite dans certains groupes que dans d’autres, ce qui rend les moyennes globales trompeuses si on les prend pour argent comptant.
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