La zibeline : pelage, chasse en forêt et vie arboricole
Sommaire7 sections
- 01Un petit mustélidé au corps allongé
- 02Active à l’aube et au crépuscule, pas seulement la nuit
- 03Bien plus qu’un carnivore : les pins et les baies comptent
- 04Territoriale, solitaire, marquée à l’odeur
- 05D’une quasi-disparition à une population reconstituée
- 06Un régulateur discret de la taïga
- 07Une fourrure qui a créé sa propre industrie
La zibeline a failli disparaître par la faute de sa propre fourrure : jugée la plus fine du monde, elle a valu à l’espèce une chasse si intense qu’elle a frôlé l’extinction au début du vingtième siècle. Ce petit mustélidé des forêts de Sibérie, Martes zibellina, s’est reconstitué grâce à une protection stricte décidée en URSS dès 1935, un des premiers grands succès de conservation d’un carnivore.
Un petit mustélidé au corps allongé
La zibeline mesure de 35 à 56 cm de long, sans compter une queue touffue de 9 à 20 cm. Elle pèse le plus souvent entre 700 g et 1,8 kg, les mâles dépassant nettement les femelles. Son corps mince et ses pattes courtes, garnies de poils jusqu’aux coussinets, lui donnent une bonne prise sur la neige comme sur l’écorce.
Le pelage change avec les saisons : brun foncé, presque noir, en hiver, plus clair et roussâtre en été. Une tache jaune pâle ou crème orne souvent la gorge. Cette fourrure dense, formée d’un sous-poil isolant et de longs poils de garde, protège l’animal jusqu’à moins 40 degrés dans la taïga sibérienne.
Active à l’aube et au crépuscule, pas seulement la nuit
Contrairement à une idée répandue, la zibeline n’est pas strictement nocturne. Elle chasse surtout à l’aube et au crépuscule, avec une activité qui se prolonge de jour comme de nuit selon la saison et la disponibilité des proies, un rythme que les biologistes appellent cathéméral. L’hiver, quand les journées sibériennes raccourcissent, elle devient volontiers active en plein jour pour économiser son énergie.
Bien plus qu’un carnivore : les pins et les baies comptent
La zibeline chasse des campagnols, des pikas, de jeunes lièvres et des oiseaux, et complète son menu de poissons et d’insectes. Mais une bonne part de son régime, certaines années jusqu’à la moitié de ce qu’elle mange en automne, vient des graines de pin de Sibérie : ces pignons riches en graisse lui permettent de constituer des réserves avant l’hiver. Une mauvaise année de fructification des pins fait chuter la reproduction de toute la population l’année suivante, un lien que les chasseurs sibériens observaient déjà empiriquement.
Sa technique de chasse repose sur l’odorat et l’ouïe plus que sur la vitesse pure : elle suit les galeries sous la neige, où vivent les rongeurs, et peut rester immobile de longues minutes avant de frapper.
Territoriale, solitaire, marquée à l’odeur
La zibeline vit seule sur un territoire qu’elle marque avec des sécrétions de glandes situées sous la queue, un signal olfactif qui avertit les voisins sans confrontation directe. Les rencontres entre adultes se limitent essentiellement à la période des amours, en été, la femelle donnant naissance au printemps suivant après une gestation qui inclut une longue phase de diapause embryonnaire, l’œuf fécondé restant en dormance plusieurs mois avant de reprendre son développement.
D’une quasi-disparition à une population reconstituée
Au début du vingtième siècle, la fourrure de zibeline était si recherchée sur les marchés européens que les populations sauvages se sont effondrées sur une grande partie de leur aire. L’URSS a interdit sa chasse en 1935 et lancé des réintroductions massives ; l’espèce a depuis reconquis l’essentiel de son territoire historique, de l’Oural au Kamtchatka et jusqu’au nord du Japon. L’Union internationale pour la conservation de la nature la classe aujourd’hui en préoccupation mineure, un classement qui doit beaucoup à la gestion des élevages en captivité, devenus la principale source de fourrure et qui soulagent la pression sur les populations sauvages.
Un régulateur discret de la taïga
En limitant les populations de rongeurs et de pikas, la zibeline participe à l’équilibre de la forêt boréale, tout en servant elle-même de proie occasionnelle à la martre des pins, au renard roux ou au lynx. Sa présence, difficile à observer directement tant l’animal est discret, se lit surtout dans les traces qu’elle laisse sur la neige fraîche.
Une fourrure qui a créé sa propre industrie
La fourrure de zibeline reste aujourd’hui l’une des plus chères au monde, un manteau pouvant valoir plusieurs dizaines de milliers d’euros selon la qualité et l’origine des peaux. Cette valeur a poussé la Russie à développer, dès le milieu du vingtième siècle, un élevage en captivité à grande échelle, qui fournit désormais l’essentiel du marché et permet aux populations sauvages de se maintenir sans subir la pression d’une chasse commerciale intensive. Les peaux sauvages, plus rares et jugées supérieures par les connaisseurs, continuent de faire l’objet d’une chasse réglementée par quotas dans certaines régions de Sibérie.
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