La gazelle de Sömmering : zones arides d’Afrique de l’Est et vie sociale
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La moitié de la population mondiale de gazelles de Sömmering vit sur une île érythréenne de moins de 250 kilomètres carrés, où aucun grand prédateur ne rôde. Le reste se disperse sur le continent, dans la Corne de l’Afrique, où cette gazelle massive se confond souvent avec la gazelle de Grant.
La moitié de l’espèce vit sur une île
Sur l’île de Dahlak Kebir, au large de l’Érythrée, vivent entre 3000 et 4000 gazelles de Sömmering, soit environ la moitié des effectifs mondiaux de l’espèce. Cette population insulaire s’est développée à l’abri des grands carnivores, absents de l’île, une situation rare pour une antilope africaine de cette taille. Le reste de l’espèce occupe des poches dispersées en Éthiopie, en Somalie, à Djibouti et au Soudan, sur un territoire d’altitude modeste, jusqu’à environ 1000 mètres, fait de savanes ouvertes entrecoupées de fourrés épineux.
Un visage à contrastes marqués
Dans les zones où leurs aires se touchent, en Éthiopie et en Somalie, la gazelle de Sömmering est régulièrement prise pour une gazelle de Grant : les deux sont de grande taille et portent des cornes en lyre. Le critère qui les distingue tient au visage et aux cornes plutôt qu’à la couleur du corps. La gazelle de Sömmering affiche des marques faciales sombres très contrastées sur fond blanc, presque absentes chez la gazelle de Grant, et des cornes nettement plus lourdes, épaisses à la base, qui partent vers l’arrière avec 14 à 22 anneaux bien marqués.
Cornes lourdes, silhouette massive
La gazelle de Sömmering est la plus massive des gazelles de la Corne de l’Afrique, avec une hauteur au garrot de 81 à 90 centimètres et un poids de 28 à 39 kilogrammes, les mâles dépassant nettement les femelles. Ses cornes atteignent 38 à 48 centimètres chez le mâle, contre des cornes bien plus fines et moins incurvées chez la femelle. Contrairement à la gazelle de Thomson, elle ne porte aucune bande noire sur le flanc : la limite entre le pelage sable du dos et le blanc du ventre forme une ligne horizontale nette, sans bande sombre.
Régime et prédateurs
La gazelle de Sömmering se nourrit d’herbes, de feuilles d’acacias et de gousses tombées au sol, un régime assez souple pour traverser les longues saisons sèches de la Corne de l’Afrique. Sur le continent, elle doit composer avec le guépard, le lion et la hyène tachetée, des prédateurs totalement absents de la population insulaire de Dahlak Kebir, où les seules causes de mortalité relèvent de la sécheresse et des ressources limitées par la taille de l’île. Cette différence de pression explique en partie pourquoi la population insulaire, à effectif comparable, se montre nettement moins farouche que ses congénères continentales. En captivité, où le suivi est le plus complet, la gazelle de Sömmering peut vivre jusqu’à quatorze ans.
Un nom venu d’un anatomiste allemand
L’espèce doit son nom au médecin et anatomiste allemand Samuel Thomas von Soemmerring. Elle a été décrite scientifiquement en 1828 par le naturaliste Philipp Jakob Cretzschmar, à partir de spécimens rapportés de la Corne de l’Afrique. Les populations du Soudan, plus pâles, se distinguent légèrement de celles d’Éthiopie et de Somalie par la densité des marques faciales, une variation encore mal cartographiée faute d’études récentes sur le terrain.
Vie sociale et reproduction
La gazelle de Sömmering vit en troupeaux mêlant femelles, jeunes et un mâle dominant, tandis que les jeunes mâles forment des groupes à part. Durant la saison des amours, le mâle dominant défend un territoire contre les prétendants, multipliant les postures de menace plutôt que les affrontements directs, ce qui limite les blessures graves. La saison des amours s’étend de septembre à novembre, la gestation dure six à sept mois, et la femelle met bas un unique petit qu’elle dissimule dans les hautes herbes durant les premières semaines.
Une espèce vulnérable, une aire fragmentée
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe la gazelle de Sömmering comme vulnérable. Les effectifs totaux sont estimés entre 6000 et 7500 individus, un chiffre bien plus bas que celui parfois avancé pour l’espèce. Le braconnage, la concurrence avec le bétail et l’instabilité politique dans la Corne de l’Afrique pèsent sur les populations continentales, ce qui rend la réserve insulaire de Dahlak Kebir d’autant plus précieuse pour la survie de l’espèce. Des réserves protègent une partie de la population continentale en Éthiopie, mais leur surveillance reste limitée par l’insécurité régionale. La conservation de l’espèce dépend donc largement du sort de deux ensembles très différents : une réserve continentale morcelée et exposée, et une île où la principale menace n’est plus le fusil mais la capacité de l’écosystème à nourrir un troupeau confiné.
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