Climat : les espèces sauvages qui perdent leur habitat, selon le GIEC
Sommaire6 sections
- 01Un degré de plus, déjà des effets mesurables
- 02Des habitats qui se fragmentent de plusieurs façons à la fois
- 03Les éléphants, jardiniers de la forêt qui reculent
- 04Ours polaires et coraux, deux visages du même dérèglement
- 05Amphibiens et tortues marines, sensibles à des degrés près
- 06Ce qui peut encore infléchir la trajectoire
Le sixième rapport du GIEC, publié en 2021, place plusieurs milliers d’espèces sauvages sur une trajectoire de disparition liée au réchauffement. Certaines ne peuvent plus se déplacer assez vite pour suivre le climat qui leur convenait, d’autres perdent leur habitat plus vite qu’elles ne s’y adaptent. Cinq groupes concentrent l’essentiel des inquiétudes des scientifiques : les éléphants, les ours polaires, les coraux, les amphibiens et les tortues marines.
Un degré de plus, déjà des effets mesurables
La température moyenne du globe a augmenté d’environ 1,1 °C depuis l’ère préindustrielle, entre 1850 et 1900, selon le sixième rapport d’évaluation du GIEC. Dans le scénario intermédiaire retenu par les experts, celui où les efforts de réduction des émissions restent insuffisants, le réchauffement pourrait atteindre 2,7 °C d’ici la fin du siècle. Chaque dixième de degré supplémentaire déplace la limite nord ou l’altitude à laquelle une espèce peut encore vivre. Le rythme actuel de disparition des espèces, estimé par les experts de l’IPBES à cent voire mille fois le rythme naturel de fond, distingue cette crise de toutes les extinctions passées : jamais un changement aussi rapide ne s’est produit sur une planète aussi peuplée d’espèces différentes.
Des habitats qui se fragmentent de plusieurs façons à la fois
Le réchauffement n’agit pas seul. La déforestation, l’agriculture intensive et l’artificialisation des sols découpent les habitats en îlots trop petits pour maintenir des populations viables. Les océans s’acidifient à mesure qu’ils absorbent du dioxyde de carbone, ce qui complique la formation des squelettes calcaires des coraux et des coquillages. La fonte des glaciers et le recul de la banquise arctique retirent aux espèces polaires le support physique dont elles dépendent pour chasser ou se reproduire.
Les éléphants, jardiniers de la forêt qui reculent
L’éléphant de forêt d’Afrique centrale est classé en danger critique d’extinction par l’UICN depuis 2021, et l’éléphant de savane africain en danger. Leurs populations ont chuté de plus de moitié en une génération, essentiellement à cause du braconnage et de la perte d’habitat. Un éléphant disperse chaque jour les graines de dizaines d’espèces d’arbres avalées avec les fruits, ce qui façonne la composition des forêts qu’il traverse.
Ours polaires et coraux, deux visages du même dérèglement
L’ours polaire, classé vulnérable par l’UICN, chasse le phoque depuis la banquise : moins de glace en été signifie moins de temps pour constituer ses réserves de graisse avant l’hiver. Les récifs coralliens subissent de leur côté des vagues de blanchissement de plus en plus rapprochées. En 2024, un quatrième épisode mondial de blanchissement a touché la majorité des récifs de la planète, d’après les données de la NOAA. Un corail blanchi n’est pas mort, mais il meurt de faim s’il ne retrouve pas ses algues symbiotiques à temps.
Amphibiens et tortues marines, sensibles à des degrés près
Les amphibiens respirent en partie par la peau, ce qui les rend perméables aux variations d’humidité et de température autant qu’aux polluants. Chez les tortues marines, c’est la température du sable qui détermine le sexe de l’embryon : au-dessus d’environ 29 °C, les nids produisent presque uniquement des femelles. Sur l’île Raine, en Australie, plus de 99 % des jeunes tortues vertes nées ces dernières années sont des femelles, un déséquilibre qui menace à terme le renouvellement de la population.
Ce qui peut encore infléchir la trajectoire
Réduire les émissions de gaz à effet de serre reste le levier le plus direct, mais la conservation des habitats agit plus vite à l’échelle locale : corridors écologiques, restauration des zones humides, limitation de l’artificialisation. L’agriculture peut réduire son emprise en cultivant mieux plutôt que plus, et la reforestation, quand elle utilise des essences locales, redonne des refuges à des espèces qui n’en trouvent plus ailleurs.
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