Le bruant ortolan : plumage, régime et migration vers l’Afrique

découvrez les caractéristiques et les habitudes du bruant ortolan, un oiseau fascinant de nos contrées. apprenez-en plus sur cet oiseau emblématique de nos campagnes.
Sommaire7 sections
  1. 01Un passereau de seize centimètres, un net écart entre les sexes
  2. 02Des champs ouverts, pas des forêts
  3. 03Insectivore en été, granivore le reste de l’année
  4. 04Une traversée du Sahara, deux fois par an
  5. 05Protégé depuis 1999, braconné dans les Landes
  6. 06Engraissé dans le noir, mangé sous une serviette
  7. 07Une espèce en chute libre, la France en première ligne

Le bruant ortolan est protégé en France depuis 1999, vingt ans après que la directive européenne sur les oiseaux a interdit sa chasse dans tous les pays membres. Cette protection n’a jamais mis fin au piégeage traditionnel dans les Landes, où l’oiseau est capturé vivant, engraissé dans l’obscurité puis noyé dans l’Armagnac avant d’être rôti. C’est cette histoire, plus que le plumage, qui distingue ce petit passereau des autres bruants d’Europe.

Un passereau de seize centimètres, un net écart entre les sexes

bruant ortolan mâle au dos brun olive et à la poitrine jaune, posé sur une branche basse.

Le bruant ortolan, Emberiza hortulana, mesure environ 16 centimètres et appartient à la famille des Emberizidae, celle des bruants. Le mâle se reconnaît à son dos brun olive, sa poitrine jaune et sa tête gris bleuté, cerclée d’un anneau oculaire jaune pâle bien visible à la jumelle. La femelle porte des teintes plus ternes, brunes et striées, un camouflage utile une fois posée au sol au milieu des graminées.

Des champs ouverts, pas des forêts

L’espèce niche en Europe et en Asie occidentale, dans des paysages agricoles ouverts, prairies sèches, champs de céréales et lisières buissonnantes, à l’exclusion des milieux forestiers fermés. Elle recherche des sols riches en graines et en insectes, avec des perchoirs bas, buissons isolés ou fils électriques, pour chanter et surveiller le territoire. Cette exigence d’un paysage à la fois ouvert et diversifié en fait un bon indicateur de l’état des campagnes cultivées de façon extensive.

Insectivore en été, granivore le reste de l’année

Pendant la reproduction, le bruant ortolan nourrit ses jeunes presque exclusivement d’insectes et de leurs larves, une ressource protéinée indispensable à la croissance rapide des poussins. Le reste de l’année, son régime bascule vers les graines de graminées et de céréales, trouvées au sol en fouillant parmi les chaumes et les herbes basses. Ce changement saisonnier de régime suit exactement la disponibilité des ressources dans les champs qu’il fréquente.

Une traversée du Sahara, deux fois par an

Le bruant ortolan hiverne en Afrique subsaharienne et regagne l’Europe au printemps pour se reproduire, un aller-retour qui suppose de franchir le Sahara à chaque migration. Comme beaucoup de petits passereaux migrateurs, il accumule avant le départ des réserves de graisse qui doublent parfois son poids, seul carburant disponible pendant les longues étapes sans escale. C’est précisément cette aptitude naturelle à grossir avant la migration que le piégeage traditionnel a détournée à son profit.

Protégé depuis 1999, braconné dans les Landes

La chasse du bruant ortolan est interdite dans toute l’Union européenne depuis la directive Oiseaux de 1979. En France, il aura fallu attendre 1999 pour qu’un arrêté ministériel, obtenu sous la pression de la LPO, transforme réellement sa capture en délit et non plus en simple contravention. Le piégeage traditionnel aux matoles, ces cages grillagées posées dans les pins des Landes, s’est pourtant poursuivi bien après cette date, sous couvert d’une tolérance administrative que plusieurs associations ont contestée devant les tribunaux pendant des années.

Des braconniers ont été condamnés à plusieurs reprises, jusqu’à la Cour de cassation qui a confirmé ces condamnations, et la fédération départementale des chasseurs des Landes a fini par demander à ses adhérents de cesser cette pratique. Malgré ces décisions, des captures illégales continuent d’être signalées chaque automne dans le Sud-Ouest.

Engraissé dans le noir, mangé sous une serviette

La préparation traditionnelle veut que l’oiseau capturé soit gardé dans l’obscurité, où il se suralimente comme avant une migration, avant d’être noyé dans l’Armagnac puis rôti entier, plumes retirées mais entrailles conservées. Le rituel de dégustation impose de le manger tout entier, tête comprise, sous une serviette posée sur la tête du convive, un geste que les traditions gastronomiques justifient tantôt par la volonté de concentrer les arômes, tantôt par la pudeur devant un mets jugé indéfendable. Le dernier repas de François Mitterrand, quelques jours avant sa mort en janvier 1996, comprenait des ortolans consommés selon ce rituel, un épisode largement rapporté qui a fait connaître la pratique bien au-delà des Landes.

Une espèce en chute libre, la France en première ligne

Le bruant ortolan reste classé en préoccupation mineure par l’UICN à l’échelle mondiale, avec une population européenne encore comptée en millions de couples. Mais ce chiffre global masque un effondrement documenté : une étude du Muséum national d’histoire naturelle, publiée en 2019 après cinq ans de suivi par une trentaine de chercheurs, montre un déclin bien plus marqué chez les oiseaux qui transitent par la France que chez ceux qui l’évitent. Les auteurs y voient la trace directe du braconnage, qui s’ajoute à la disparition des paysages agricoles ouverts dont l’espèce dépend pour nicher.

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