Le martinet noir : plumage, vol acrobatique et migration
Sommaire6 sections
- 01Une ressemblance trompeuse avec l'hirondelle
- 02Ne jamais se poser sur un fil, une histoire de pattes
- 03Dormir en vol pendant dix mois
- 04Une vitesse réelle, moins spectaculaire que la légende
- 05Une chasse à haute altitude et un jeûne encaissé par les petits
- 06Reproduction et un déclin lié à la disparition des nichoirs naturels
Le martinet noir dort en plein vol, parfois pendant dix mois d'affilée sans jamais se poser, une performance qui le distingue de tous les oiseaux auxquels on le compare. Sa silhouette et son mode de vie rappellent ceux de l'hirondelle, mais il appartient à un ordre entièrement différent, plus proche génétiquement des colibris que des passereaux.
Une ressemblance trompeuse avec l'hirondelle
L'hirondelle et le martinet noir se ressemblent en vol, silhouette sombre, longues ailes effilées, chasse au-dessus des toits, mais ils n'appartiennent pas à la même branche de l'arbre du vivant. L'hirondelle est un passereau, comme le moineau ou la mésange. Le martinet noir fait partie des apodiformes, un ordre qui regroupe aussi les colibris, ses plus proches parents génétiques malgré des tailles très différentes. Cette ressemblance n'est que de la convergence évolutive, deux lignées séparées qui ont développé la même silhouette pour chasser les insectes en plein ciel.
Ne jamais se poser sur un fil, une histoire de pattes
Un autre détail sépare les deux oiseaux au premier regard : on ne voit jamais un martinet posé sur un fil électrique ou une branche, contrairement à l'hirondelle qui s'y aligne par dizaines. Les pattes du martinet, très courtes, ont les quatre doigts orientés vers l'avant, une disposition appelée pamprodactylie qui lui permet de s'agripper à une paroi verticale mais pas de se percher horizontalement. Il ne se pose donc pratiquement jamais, sauf au nid.
Dormir en vol pendant dix mois
Une étude suédoise publiée en 2016, menée grâce à des capteurs embarqués sur des martinets noirs, a montré que l'espèce peut rester en vol continu près de dix mois par an, sans jamais toucher le sol ni une branche. Les oiseaux dorment par tranches de quelques secondes en planant à haute altitude, un hémisphère du cerveau après l'autre, une stratégie déjà connue chez certains cétacés. L'accouplement lui-même peut avoir lieu en plein vol, un comportement rarement observé ailleurs dans le monde aviaire.
Une vitesse réelle, moins spectaculaire que la légende
Le martinet noir mesure 16 à 17 centimètres de long pour une envergure de 42 à 48 centimètres, deux chiffres souvent confondus dans les descriptions approximatives. Il pèse entre 35 et 50 grammes. Sa vitesse de vol en palier a été mesurée à 111,6 kilomètres par heure lors d'une étude publiée en 2010, un record homologué pour un oiseau en vol horizontal battu des ailes, loin des 200 kilomètres par heure parfois avancés, qui relèvent plutôt des piqués du faucon pèlerin.
Une chasse à haute altitude et un jeûne encaissé par les petits
Le martinet noir se nourrit exclusivement d'insectes et d'araignées capturés en plein vol, un ensemble que les ornithologues appellent le plancton aérien. Il peut chasser jusqu'à 1 000 mètres d'altitude pour suivre les concentrations d'insectes portées par les courants ascendants. Au nid, les jeunes disposent d'une capacité rare : lorsque le mauvais temps empêche les parents de chasser plusieurs jours de suite, ils entrent en léthargie, ralentissent leur métabolisme et patientent sans nourriture jusqu'au retour de conditions favorables.
Reproduction et un déclin lié à la disparition des nichoirs naturels
La maturité sexuelle est atteinte vers 3 ou 4 ans. Les couples nichent en colonies lâches, sous les tuiles ou dans les corniches des bâtiments, construisant un nid de brindilles et de plumes attrapées en vol, collé avec de la salive. La femelle pond 2 à 3 œufs, couvés 18 à 21 jours, et les jeunes s'envolent après 37 à 56 jours selon la disponibilité en insectes. Le doyen connu, bagué, a atteint 21 ans. Classé en préoccupation mineure par l'UICN à l'échelle mondiale, le martinet noir recule pourtant en Europe : la rénovation des bâtiments, qui bouche les anfractuosités sous les toits, lui fait perdre chaque année des sites de nidification qu'il ne retrouve pas ailleurs. Au Royaume-Uni, où le suivi est particulièrement précis, les effectifs ont chuté d'environ 58 % entre 1995 et 2020, un déclin suffisant pour faire passer l'espèce sur la liste rouge nationale des oiseaux nicheurs.
Installer un nichoir adapté sous une avancée de toit, ou intégrer une brique à martinets lors d'une rénovation, suffit souvent à compenser la perte d'un ancien site. Plusieurs communes en France et en Belgique rendent désormais cette mesure obligatoire sur les bâtiments publics rénovés, une réponse directe et peu coûteuse à la première cause de déclin identifiée pour l'espèce.
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