La martre des pins : chasse nocturne et forêts d’Europe du Nord
Sommaire7 sections
- 01La bavette, le repère qui ne trompe pas
- 02Une forestière qui évite les bâtiments
- 03Un territoire vaste pour une vie solitaire et nocturne
- 04Rongeurs, oiseaux et fruits, un régime qui change avec les saisons
- 05Huit mois de gestation, grâce à une implantation retardée
- 06Une espèce indicatrice de la santé des vieilles forêts
- 07Chassée pour sa fourrure, aujourd'hui protégée du commerce
Une bavette jaune orangé sur un pelage brun distingue la martre des pins de sa cousine la fouine, dont la tache de gorge est blanche et souvent fendue en deux. C'est le repère le plus fiable sur le terrain, bien avant la taille ou la couleur du poil. La martre des pins reste une habituée des forêts, quand la fouine s'installe volontiers dans les greniers et les moteurs de voiture.
La bavette, le repère qui ne trompe pas
Martes martes, la martre des pins, et Martes foina, la fouine, se ressemblent au premier coup d'œil : même silhouette allongée, même pelage brun, même queue touffue. La différence se joue sur la gorge. La martre porte une tache jaune orangé, continue et arrondie, qui ne descend pas sur les pattes avant. La fouine porte une tache blanche, souvent fendue en deux branches qui s'étirent jusque sur les pattes. Deux autres détails confirment l'identification : le nez de la martre est brun foncé, celui de la fouine rose pâle, et les coussinets de la martre sont couverts de poils, ceux de la fouine nus.
Une forestière qui évite les bâtiments
La martre des pins peuple la majeure partie de l'Eurasie, des forêts scandinaves aux massifs français, où elle est présente sur presque tout le territoire avec une concentration plus forte à l'est. Contrairement à la fouine, elle reste attachée aux boisements matures, denses et continus, et fuit les zones habitées. C'est une grimpeuse remarquable : ses chevilles arrière pivotent à près de 180 degrés, ce qui lui permet de descendre un tronc la tête la première, une agilité que peu de mammifères terrestres possèdent.
Un territoire vaste pour une vie solitaire et nocturne
La martre des pins mesure de 45 à 65 centimètres selon le sexe, queue non comprise, celle-ci ajoutant encore 16 à 28 centimètres. Les femelles pèsent entre 700 grammes et 1,3 kilogramme, les mâles jusqu'à 2,2 kilogrammes. Solitaire et territoriale, elle marque son domaine, qui peut couvrir de 30 hectares pour une femelle à 150 hectares pour un mâle, avec des sécrétions déposées sur les branches et les rochers.
Rongeurs, oiseaux et fruits, un régime qui change avec les saisons
La martre des pins chasse surtout la nuit, guettant campagnols, mulots et écureuils, mais elle s'attaque aussi aux nids d'oiseaux et aux œufs. À l'automne, son régime bascule vers les fruits, myrtilles, framboises sauvages et baies de sorbier, qui forment une bonne part de son alimentation avant l'hiver. Cette souplesse alimentaire, plus marquée que chez la plupart des petits carnivores, lui permet de traverser les périodes où les proies animales se raréfient.
Huit mois de gestation, grâce à une implantation retardée
L'accouplement a lieu en été, mais l'œuf fécondé ne s'implante dans l'utérus qu'au début de l'hiver, un mécanisme appelé implantation différée. La gestation active dure ensuite environ un mois, pour un total proche de huit mois entre la fécondation et la naissance. La femelle met bas au printemps, en général trois à quatre petits, parfois cinq, aveugles et pesant à peine 30 grammes. Ils sont sevrés vers six semaines et atteignent leur maturité sexuelle entre deux et trois ans.
Une espèce indicatrice de la santé des vieilles forêts
La présence de la martre des pins renseigne souvent sur l'état d'un massif forestier. Elle a besoin de vieux arbres à cavités pour installer ses gîtes, qu'elle change fréquemment, parfois tous les deux ou trois jours, entre un tronc creux, un ancien nid d'écureuil et une anfractuosité rocheuse. Les forêts trop jeunes ou trop entretenues, où les arbres morts sont systématiquement retirés, lui offrent moins de ces abris et finissent par la faire déserter, même quand les proies restent abondantes.
Chassée pour sa fourrure, aujourd'hui protégée du commerce
La fourrure dense et soyeuse de la martre des pins a longtemps alimenté un commerce important en Europe, à un point tel que l'espèce a disparu de certaines régions au vingtième siècle. Ce commerce est aujourd'hui interdit en France, et l'UICN classe la martre des pins en préoccupation mineure à l'échelle mondiale. La fragmentation des forêts par les routes et l'urbanisation reste la principale menace qui pèse encore sur les populations locales, en réduisant les grands massifs continus dont elle a besoin pour se déplacer.
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