La pollution plastique et la vie marine : ingestion, pièges, coraux
Sommaire6 sections
- 01Un matériau qui ne disparaît jamais vraiment
- 02L’ingestion, une confusion alimentaire qui tue lentement
- 03Les filets fantômes, un piège qui continue de tuer après l’abandon
- 04Les coraux, un écosystème rendu vulnérable au contact du plastique
- 05Ce que montrent les chiffres sur les seuils de danger
- 06Réduire les rejets à la source
Environ huit millions de tonnes de plastique rejoignent les océans chaque année, selon l’estimation de référence publiée en 2015 par la chercheuse américaine Jenna Jambeck dans la revue Science. Ce chiffre ne dit rien, à lui seul, de ce que ce plastique fait aux animaux qui vivent dans l’eau. Trois mécanismes distincts, chacun documenté par des études précises, expliquent pourquoi ce matériau tue : l’ingestion, le piégeage physique et la maladie des coraux.
Un matériau qui ne disparaît jamais vraiment
Le plastique ne se biodégrade pas au sens strict : il se fragmente, sous l’effet du soleil et des vagues, en particules de plus en plus petites, jusqu’aux microplastiques de moins de cinq millimètres. Une zone d’accumulation appelée le grand vortex de déchets du Pacifique couvre, selon une étude menée par Laurent Lebreton et son équipe en 2018 dans Scientific Reports, environ 1,6 million de kilomètres carrés, soit trois fois la superficie de la France. Cette même étude a montré que les filets de pêche abandonnés, plutôt que les emballages du quotidien, représentent 46 % de la masse totale de cette zone.
L’ingestion, une confusion alimentaire qui tue lentement
Une synthèse publiée en 2014 par Qamar Schuyler et son équipe dans Global Change Biology, portant sur plus de 400 nécropsies de tortues marines, a établi que 52 % des tortues marines dans le monde avaient ingéré du plastique. Les tortues luths confondent en particulier les sacs plastiques flottants avec les méduses dont elles se nourrissent. Une fois ingérés, les fragments peuvent obstruer le tube digestif, provoquer une fausse sensation de satiété qui conduit à la malnutrition, ou libérer des substances chimiques qui perturbent le système hormonal. Chez les oiseaux marins, une étude de 2015 menée par Chris Wilcox, Erik Van Sebille et Britta Denise Hardesty, publiée dans les Proceedings of the National Academy of Sciences, estimait que 90 % des espèces avaient déjà ingéré du plastique, avec une projection à 99 % des espèces d’ici 2050 si les rejets se poursuivent au même rythme.
Les filets fantômes, un piège qui continue de tuer après l’abandon
Un filet de pêche perdu ou abandonné en mer ne cesse pas de fonctionner : il continue à capturer poissons, tortues et petits cétacés pendant des mois, parfois des années, un phénomène que les chercheurs appellent la pêche fantôme. Ces engins dérivants attirent aussi des prédateurs venus profiter des proies déjà piégées, qui se retrouvent à leur tour prisonniers. La proportion de 46 % de la masse du vortex du Pacifique attribuée à ces filets, mesurée par Lebreton en 2018, illustre à quel point le matériel de pêche perdu pèse plus lourd, en tonnage, que les déchets domestiques dans certaines zones d’accumulation.
Les coraux, un écosystème rendu vulnérable au contact du plastique
Une étude publiée en 2018 dans Science par Joleah Lamb et son équipe, portant sur plus de 124 000 colonies coralliennes examinées dans quatre pays d’Asie-Pacifique, a montré que le risque de maladie chez un corail passe de 4 % lorsqu’il n’est pas en contact avec du plastique à 89 % lorsqu’il l’est. Le plastique agirait en perçant les tissus du corail, ce qui crée une porte d’entrée pour des agents pathogènes, tout en bloquant la lumière nécessaire aux algues symbiotiques dont dépend la survie du récif. L’étude estime qu’environ 11 milliards d’objets plastiques étaient déjà accrochés aux récifs coralliens de la région Asie-Pacifique au moment de l’enquête.
Ce que montrent les chiffres sur les seuils de danger
Une étude d’élicitation d’experts menée en 2018 par Chris Wilcox et son équipe a cherché à établir un seuil au-delà duquel l’ingestion de plastique devient mortelle pour une tortue marine : les auteurs estiment qu’à partir de quatorze fragments ingérés, la probabilité de décès dépasse 50 %. Ce type de résultat compte davantage qu’un ordre de grandeur global, car il permet de comparer directement le niveau de pollution mesuré sur une plage ou dans un estomac d’animal échoué à un seuil de risque documenté.
Réduire les rejets à la source
Les mesures qui montrent un effet mesurable sur le terrain restent limitées mais réelles : l’interdiction des sacs plastiques à usage unique dans plusieurs pays a fait baisser leur présence sur les plages surveillées, et les programmes de récupération des filets de pêche usagés, testés notamment en mer Baltique et en Méditerranée, réduisent directement la part de pêche fantôme. La réduction à la source, avant que le plastique n’atteigne l’eau, reste plus efficace que le nettoyage des zones déjà polluées, ne serait-ce que parce qu’une bonne partie des microplastiques ne peut plus être récupérée une fois dispersée dans la colonne d’eau.
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