Le pangolin, le mammifère le plus braconné au monde

découvrez la tragique situation du pangolin, une espèce menacée par le braconnage et en danger critique d'extinction. ensemble, sensibilisons-nous à la protection de cette créature unique et à la biodiversité de notre planète.
Sommaire7 sections
  1. 01Huit espèces, un même destin
  2. 02Un chiffre qui vient d’une estimation, pas d’une intuition
  3. 03Un régime alimentaire qui n’explique en rien la demande
  4. 04Écailles et viande, deux marchés qui se superposent
  5. 05Le seul mammifère écailleux de la planète
  6. 06Une protection internationale entrée en vigueur en 2017
  7. 07Des programmes de terrain qui commencent à limiter la casse

Le pangolin est le seul mammifère au monde entièrement couvert d’écailles de kératine, la même matière que les ongles humains ou les cornes de rhinocéros. C’est précisément cette particularité qui le condamne : ses écailles alimentent un marché noir asiatique qui en fait, chiffres à l’appui, le mammifère sauvage le plus trafiqué de la planète.

Huit espèces, un même destin

Un pangolin roulé en boule expose ses écailles brunes qui se chevauchent comme une armure.

Il existe huit espèces de pangolins, réparties en deux genres, quatre en Afrique et quatre en Asie. Le pangolin géant africain peut dépasser trente kilos, quand le pangolin à longue queue d’Afrique centrale ne pèse que quelques centaines de grammes. Trois espèces asiatiques, le pangolin de Chine, le pangolin de Malaisie et le pangolin des Philippines, sont classées en danger critique d’extinction par l’UICN. Les quatre espèces africaines restent classées vulnérables ou en danger, un statut légèrement moins grave mais qui se dégrade d’une évaluation à l’autre à mesure que le braconnage asiatique se reporte sur elles.

Un chiffre qui vient d’une estimation, pas d’une intuition

L’expression « mammifère le plus braconné au monde » n’est pas un slogan. Elle s’appuie sur une estimation publiée par le groupe de spécialistes des pangolins de l’UICN, qui chiffre à plus d’un million le nombre d’individus prélevés dans la nature entre 2004 et 2014, à partir des saisies douanières recensées sur cette période. Ce total dépasse celui de tout autre mammifère sauvage sur la même décennie, éléphants et rhinocéros compris, alors que la biologie du pangolin, une portée d’un seul petit par an dans la plupart des espèces, ne permet pas d’absorber un tel prélèvement.

Un régime alimentaire qui n’explique en rien la demande

Le pangolin est myrmécophage : il ne mange que des fourmis et des termites, qu’il capture avec une langue collante pouvant atteindre quarante centimètres, plus longue que son propre corps chez certaines espèces. Il n’a pas de dents et broie sa nourriture dans un gésier musculeux, à l’aide de petits cailloux avalés volontairement, un fonctionnement plus proche de celui d’un oiseau que d’un mammifère classique. Un seul individu peut consommer jusqu’à soixante-dix millions d’insectes par an, un service de régulation dont la disparition de l’espèce priverait durablement les sols forestiers et les termitières environnantes.

Écailles et viande, deux marchés qui se superposent

La demande vise deux usages distincts qui alimentent le même trafic. Les écailles, broyées en poudre, restent utilisées dans certaines pharmacopées traditionnelles chinoise et vietnamienne, malgré l’absence de composé actif démontré, la kératine n’ayant pas de propriété différente de celle d’un ongle humain. La viande, elle, sert de mets de prestige dans des restaurants clandestins, où le fait de payer pour un animal protégé fonctionne comme un marqueur de statut social. Les deux filières se recoupent : un même réseau de contrebande écoule souvent les écailles vers la Chine et la viande vers des marchés régionaux plus proches du lieu de capture.

Le seul mammifère écailleux de la planète

Les écailles du pangolin, contrairement à ce qu’on lit parfois, ne sont pas de la corne minérale mais de la kératine pure, la même protéine que les poils et les griffes des autres mammifères. Elles poussent en continu et se renouvellent par l’usure, comme des ongles géants, et représentent jusqu’à vingt pour cent du poids total de l’animal chez les plus grandes espèces. Cette armure, redoutablement efficace contre les crocs d’un lion ou d’une hyène, ne protège en revanche d’aucune façon contre une main humaine qui n’a qu’à se pencher pour ramasser l’animal roulé en boule.

Une protection internationale entrée en vigueur en 2017

Les huit espèces sont inscrites à l’Annexe I de la CITES depuis janvier 2017, ce qui interdit tout commerce international à but commercial, y compris pour des spécimens issus d’élevage. Cette inscription a suivi de plusieurs années les premières alertes des associations de terrain, un délai qui a laissé le temps aux réseaux de trafic de s’installer durablement en Asie du Sud-Est et de gagner l’Afrique centrale. Sur le terrain, l’application reste inégale : les douanes saisissent des tonnes d’écailles chaque année dans les ports du Vietnam, de Chine et du Nigeria, mais ces saisies ne représentent, selon les estimations des ONG spécialisées, qu’une fraction du volume réellement échangé.

Des programmes de terrain qui commencent à limiter la casse

Des unités antibraconnage spécialisées existent désormais au Cameroun, au Gabon et en Ouganda, formées à repérer les terriers occupés et à intervenir avant la capture plutôt qu’après. Des centres de soins recueillent les animaux saisis vivants, comme celui de Tikki Hywood au Zimbabwe, qui a développé un protocole de réhabilitation avant relâcher, difficile en raison du stress élevé que l’espèce montre en captivité. Le pangolin reste un animal mal connu du grand public en dehors d’Asie, ce qui limite la pression citoyenne comparée à celle exercée pour l’éléphant ou le rhinocéros, alors que son rôle dans la régulation des insectes est tout aussi mesurable.

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