Les animaux en P : le panda géant, le paresseux et le pélican
En français, le pingouin vole et le manchot non. La confusion entre les deux est la plus répandue de tout l’alphabet animalier, et la lettre P en concentre plusieurs autres : le paon n’exhibe pas sa queue, le porc-épic ne lance pas ses piquants, le piranha mange surtout des graines. Voici huit animaux en P et ce qu’il faut en retenir.
Pingouin ou manchot : deux oiseaux sans lien de parenté
Le pingouin, en français, désigne le petit pingouin (Alca torda), un oiseau de l’Atlantique Nord de la famille des alcidés. Il vole parfaitement, niche sur les falaises d’Islande, d’Écosse et de Bretagne, et plonge à plus de 100 mètres pour chasser le lançon. Les oiseaux noirs et blancs incapables de voler qui se dandinent sur la banquise sont des manchots, famille des sphéniscidés, dix-huit espèces toutes cantonnées à l’hémisphère sud.
L’origine du malentendu est historique. Le nom de « pingouin » s’appliquait au grand pingouin (Pinguinus impennis), un alcidé d’un mètre de haut qui, lui, ne volait pas. Les marins européens ont donné son nom aux oiseaux similaires rencontrés dans l’hémisphère sud, et l’anglais a conservé ce transfert avec le mot penguin. Le grand pingouin s’est éteint en 1844 : les deux derniers individus connus ont été tués sur l’îlot d’Eldey, en Islande.
Le panda géant, un carnivore qui mange du bambou
Le panda géant (Ailuropoda melanoleuca) est un ursidé doté d’un appareil digestif de carnivore : intestin court, pas de panse de ruminant, flore intestinale peu adaptée à la cellulose. Il en tire à peine 17 % de l’énergie du bambou qu’il ingère, ce qui l’oblige à en avaler 12 à 38 kilos par jour et à y consacrer dix à seize heures. Ce qu’on prend chez lui pour de la paresse est un budget énergétique serré.
Il vit dans les forêts de montagne du Sichuan, du Shaanxi et du Gansu, entre 1 200 et 3 400 mètres. Le fameux « pouce » qui lui permet de tenir une tige n’est pas un doigt mais un os du poignet élargi, le sésamoïde radial. Le nouveau-né pèse une centaine de grammes, soit environ un neuf-centième du poids de sa mère, un rapport parmi les plus extrêmes chez les mammifères placentaires. Le recensement chinois de 2014 a dénombré 1 864 adultes sauvages, et l’UICN a reclassé l’espèce de « en danger » à « vulnérable » en 2016.
Le paresseux, deux familles que rien n’oblige à ranger ensemble
Sous le mot « paresseux » se cachent deux lignées distinctes : les paresseux à trois doigts du genre Bradypus et les paresseux à deux doigts du genre Choloepus. Leur ressemblance résulte d’une convergence, pas d’une parenté proche : ils descendent de groupes différents de paresseux terrestres, dont certains atteignaient la taille d’un éléphant avant de disparaître il y a environ 10 000 ans.
Leur métabolisme tourne autour de 40 à 45 % de la valeur attendue pour un mammifère de leur masse, et leur température corporelle fluctue avec l’air ambiant. Ils descendent au sol environ une fois par semaine, uniquement pour déféquer, un trajet qui les expose aux prédateurs et dont on discute encore la raison d’être. Les Bradypus possèdent huit ou neuf vertèbres cervicales quand presque tous les mammifères, girafe comprise, en ont sept, ce qui leur permet de tourner la tête sur près de 270 degrés. Ils nagent bien, environ trois fois plus vite qu’ils ne se déplacent dans les branches.
Le pélican et sa poche de treize litres
Les huit espèces du genre Pelecanus occupent tous les continents sauf l’Antarctique. La poche gulaire, tendue entre les deux branches de la mandibule inférieure, contient jusqu’à treize litres chez le pélican blanc, soit près de trois fois la contenance de son estomac. Elle sert d’épuisette, pas de réserve : l’oiseau évacue l’eau par les côtés du bec avant d’avaler le poisson.
La pêche en piqué depuis plusieurs mètres de haut, souvent présentée comme le geste typique du pélican, ne concerne en réalité que deux espèces, le pélican brun (Pelecanus occidentalis) et le pélican thage du Pérou. Les autres pêchent à la surface, et plusieurs, dont le pélican blanc et le pélican frisé, le font en groupe : les oiseaux forment un demi-cercle et battent l’eau de leurs ailes pour rabattre les poissons vers les hauts-fonds. Le pélican frisé, avec plus de trois mètres d’envergure, compte parmi les plus grands oiseaux volants du monde.
Le piranha, moins carnivore que sa réputation
Les piranhas forment un ensemble d’une trentaine d’espèces de la famille des Serrasalmidés, réparties dans les bassins de l’Amazone, de l’Orénoque, du Paraná et du São Francisco. Beaucoup sont omnivores : ils consomment des graines, des fruits tombés à l’eau, des insectes et des écailles ou des nageoires arrachées à d’autres poissons, une spécialité qui a un nom, la ptérygophagie.
Le banc n’est pas une meute de chasse. Les travaux sur le piranha à ventre rouge (Pygocentrus nattereri) montrent que le regroupement répond à la pression des prédateurs, caïmans, dauphins de rivière et gros poissons, et que les individus placés en petit groupe manifestent davantage de signes de stress. La légende vient en bonne partie d’une démonstration organisée pour Theodore Roosevelt en 1913 sur le rio Aripuanã : les organisateurs avaient isolé les poissons dans un bief et les avaient affamés plusieurs jours avant d’y jeter une carcasse.
Le paon : la roue n’est pas une queue
Ce que le paon bleu (Pavo cristatus) déploie en éventail n’est pas sa queue mais ses plumes sus-caudales, les couvertures qui recouvrent la queue proprement dite. Elles sont environ cent cinquante à deux cents et peuvent dépasser 1,50 mètre, soit davantage que la longueur du corps ; les vraies rectrices, plus courtes et brunes, servent de support pour maintenir la traîne dressée.
Les ocelles bleu-vert ne doivent presque rien aux pigments. Leur couleur provient de réseaux réguliers de bâtonnets de mélanine qui diffractent la lumière, une coloration dite structurelle, la même qui donne son éclat à l’aile du morpho. L’espèce est originaire du sous-continent indien et est l’oiseau national de l’Inde depuis 1963. Deux autres espèces existent : le paon vert (Pavo muticus), d’Asie du Sud-Est, classé en danger, et le paon du Congo (Afropavo congensis), le seul galliforme de ce groupe décrit en Afrique, identifié seulement en 1936.
Phacochère, porc-épic, python : trois précisions
Le phacochère (Phacochoerus africanus) broute à genoux. Ses membres antérieurs portent des callosités au niveau des carpes qui lui permettent de rester agenouillé de longues minutes pour atteindre les herbes rases de la savane. Il dort dans des terriers creusés par les oryctéropes et y entre à reculons, museau vers la sortie, pour accueillir un éventuel prédateur avec ses canines.
Le porc-épic ne lance pas ses piquants. Ceux-ci sont des poils modifiés, faiblement attachés, qui se détachent au contact quand l’animal recule brusquement sur un agresseur. Là encore, deux familles se partagent le nom : les Hystricidés de l’Ancien Monde, terrestres, présents en Afrique, en Asie et jusqu’en Italie, et les Éréthizontidés des Amériques, souvent arboricoles et parfois pourvus d’une queue préhensile.
Le python est un constricteur non venimeux de l’Ancien Monde, présent en Afrique, en Asie et en Australie, et il pond des œufs. C’est la différence pratique avec les boas, majoritairement américains et vivipares. La femelle python s’enroule autour de sa ponte et la réchauffe en contractant ses muscles par frissons répétés, une production de chaleur active rare chez les reptiles. Le python birman (Python bivittatus), relâché en Floride, y est devenu l’une des espèces invasives les plus dommageables des Everglades.
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