Le renne, ou caribou : des bois chez les deux sexes, un pelage isolant
Sommaire8 sections
- 01Le seul cervidé dont les femelles portent des bois
- 02Les mâles perdent leurs bois avant l’hiver, les femelles après
- 03Un pelage à poils creux, une vue qui s’adapte à la nuit polaire
- 04Le lichen, une ressource pauvre mais accessible sous la neige
- 05Jusqu’à 2 000 kilomètres par an, l’une des plus longues migrations terrestres
- 06Le brame, un appel de rut plus qu’un langage
- 07Une espèce classée vulnérable, sous pression du climat et d’une maladie
- 08Un pilier de la vie et de l’économie des peuples du Nord
L’œil du renne est brun doré en été. L’hiver venu, il vire au bleu profond, une transformation optique que l’on ne connaît chez aucun autre mammifère et qui améliore sa vision dans la pénombre polaire. Rangifer tarandus, appelé caribou en Amérique du Nord, cumule les particularités : c’est aussi le seul cervidé dont les deux sexes portent des bois.
Le seul cervidé dont les femelles portent des bois
Chez la grande majorité des cervidés, les bois sont l’apanage des mâles. Chez le renne, les femelles en portent aussi, plus fins et plus courts. Un mâle adulte atteint environ 1,30 m au garrot pour un poids pouvant monter jusqu’à 180 kg, contre 1,10 m et environ 100 kg pour une femelle. Ses pattes robustes se terminent par de larges sabots qui s’écartent à chaque appui : une surface d’appui élargie, presque une raquette, qui l’empêche de s’enfoncer dans la neige tendre et lui sert aussi de pagaie à la nage.
Les mâles perdent leurs bois avant l’hiver, les femelles après
Les bois tombent chaque année pour repousser, mais pas au même moment selon le sexe. Les mâles s’en défont dès le début de l’hiver, une fois le rut passé. Les femelles les gardent tout l’hiver et ne les perdent qu’au printemps, juste après la mise bas. Résultat concret : les rennes que l’iconographie de Noël représente avec leurs bois en plein mois de décembre sont, biologiquement, des femelles.
Un pelage à poils creux, une vue qui s’adapte à la nuit polaire
Le pelage brun-gris du renne doit son pouvoir isolant à des poils creux, remplis d’air, qui piègent la chaleur du corps et lui permettent aussi de flotter à la nage. Sous cette fourrure, un second mécanisme le protège du froid extrême : la couleur de son œil change avec les saisons. Une couche réfléchissante placée derrière la rétine lui donne une teinte dorée l’été. L’hiver, sous l’effet du froid et de l’obscurité prolongée, cette couche se resserre et vire au bleu, ce qui rend l’œil plus sensible à la faible lumière des mois arctiques.
Le lichen, une ressource pauvre mais accessible sous la neige
En hiver, le renne creuse la neige avec ses sabots et son museau pour atteindre les lichens du sol, notamment la « mousse de renne » (Cladonia rangiferina), qui reste disponible quand l’herbe a disparu. L’été, son régime s’élargit : mousses, herbes, feuilles, champignons et écorces de saules nains complètent l’apport en lichen, plus riche en énergie qu’en protéines.
Jusqu’à 2 000 kilomètres par an, l’une des plus longues migrations terrestres
La population toundrique de la région Québec-Labrador, au Canada, parcourt environ 2 000 kilomètres chaque année entre ses zones d’hivernage et ses aires de mise bas. Près d’un million d’individus empruntent ce trajet, l’une des migrations terrestres les plus longues connues chez un mammifère. Le déplacement suit la fonte des neiges et la repousse des plantes, avec un retour vers le sud avant le rut d’automne.
Le brame, un appel de rut plus qu’un langage
Pendant le rut d’automne, les mâles émettent un cri sourd et répété, le brame, pour signaler leur présence aux femelles et dissuader les rivaux. Le reste de l’année, les rennes communiquent surtout par des grognements courts au sein du troupeau, notamment pour garder le contact entre une mère et son faon dans la confusion d’une migration en groupe.
Une espèce classée vulnérable, sous pression du climat et d’une maladie
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe le renne dans la catégorie « vulnérable ». Le réchauffement climatique décale la fonte des neiges par rapport au pic de pousse des plantes, ce qui prive les faons nouveau-nés d’une partie de leur nourriture au moment critique. Une maladie neurodégénérative, la maladie débilitante chronique, progresse aussi dans plusieurs troupeaux nord-américains, et la contamination du lichen après l’accident de Tchernobyl a longtemps touché des troupeaux scandinaves.
Un pilier de la vie et de l’économie des peuples du Nord
Chez les Sámi de Scandinavie, l’élevage du renne est une pratique ancienne, transmise sur plusieurs générations et toujours vivante aujourd’hui. Chez les Inuit d’Amérique du Nord, c’est le caribou sauvage, jamais domestiqué, qui est chassé pour sa viande et sa peau. Même espèce, deux relations différentes à l’homme. Sur le plan écologique, le pâturage du renne façonne la végétation de la toundra et en fait une proie de choix pour le loup et l’ours brun, deux prédateurs dont il régule indirectement la présence dans ces régions.
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