Le rat musqué : nage, construction de huttes et vie au bord de l’eau
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Le rat musqué peut rester sous l’eau une quinzaine de minutes sans remonter respirer. C’est plus qu’un phoque commun au repos, pour un animal de la taille d’un lapin qui n’a rien d’un mammifère marin. Cette endurance, plus que sa fourrure, explique pourquoi il a colonisé la quasi-totalité des zones humides d’Europe en un siècle à peine.
Ondatra zibethicus est originaire d’Amérique du Nord. Introduit en Europe au début du vingtième siècle pour sa fourrure, il s’est échappé des élevages et a colonisé les cours d’eau, les étangs et les canaux, où il n’a que peu de prédateurs naturels. Ce n’est pas un rat au sens strict : il appartient à la famille des arvicolinés, comme le campagnol, et sa queue plate et écailleuse, adaptée à la nage, le distingue immédiatement du surmulot.
Un nageur qui reste sous l’eau une quinzaine de minutes
Le rat musqué vit seul ou en petit groupe familial, mâle et femelle accompagnés de leurs jeunes de l’année. Il est nocturne et quitte son terrier à la tombée du jour pour se nourrir. Ses pattes arrière palmées et sa queue plate, propulsée en ondulations latérales, en font un nageur redoutable, capable de rester en apnée près d’un quart d’heure.
Face à un danger, il plonge sans hésiter et rejoint son terrier par une entrée immergée, hors de portée de la plupart des prédateurs terrestres. Cette fuite sous l’eau est sa réponse quasi systématique : il évite l’affrontement plutôt qu’il ne le cherche.
Un bâtisseur de huttes
Dans les zones marécageuses dépourvues de berges creusables, le rat musqué construit des huttes de plantes aquatiques, de branches et de boue, qui peuvent atteindre un mètre de haut. Ces refuges servent surtout l’hiver, quand plusieurs individus s’y regroupent pour conserver la chaleur. Ailleurs, il se contente de creuser un terrier dans une berge, avec une ou plusieurs entrées sous l’eau.
Les huttes ne sont pas de simples tas de végétaux : leurs entrées immergées et leur chambre centrale surélevée, au sec, rendent l’accès difficile aux prédateurs terrestres qui ne nagent pas aussi bien que lui.
Une reproduction rapide
À la période des amours, les rats musqués sécrètent une odeur musquée qui donne son nom à l’espèce et facilite la rencontre des partenaires dans des zones humides parfois vastes. Une femelle peut avoir deux à trois portées par an, de six à huit petits chacune, après une gestation d’environ un mois. Cette fécondité élevée explique la vitesse à laquelle l’espèce s’est installée hors de son aire d’origine.
Des dents pour se défendre, l’eau pour fuir
Le rat musqué dispose de deux paires d’incisives puissantes, capables de blesser sérieusement un agresseur. Il ne les utilise qu’en dernier recours : sa vraie défense reste la fuite vers les eaux profondes, où peu de prédateurs terrestres le suivent efficacement.
En Europe, il doit se méfier du renard, de la fouine, de la buse variable, de la loutre, du vison et de certains serpents. En Amérique du Nord, où l’espèce est native, l’alligator et le raton laveur comptent parmi ses principaux prédateurs. Le déséquilibre entre les deux continents, moins de prédateurs efficaces en Europe, est l’une des raisons pour lesquelles il y est classé espèce invasive.
L’hiver, entassés dans le terrier
Quand les températures passent sous zéro, le rat musqué reste au terrier, serré contre les autres membres de sa famille pour limiter les pertes de chaleur. Il continue toutefois à sortir chercher de la nourriture sous la glace, en suivant des poches d’air qu’il crée lui-même en soufflant contre la surface gelée.
Sa fourrure dense et huilée, qui a motivé son introduction en Europe, joue un rôle isolant proche de celui du castor : elle piège une couche d’air qui le protège du froid de l’eau, même à quelques degrés au-dessus de zéro.
Un régime presque exclusivement végétal
Le rat musqué se nourrit surtout de plantes aquatiques : roseaux, quenouilles, nénuphars et racines de plantes de berge composent l’essentiel de son menu. Il complète parfois ce régime avec des moules d’eau douce, des écrevisses ou de jeunes grenouilles, sans que cela remette en cause son statut d’herbivore dominant. Un adulte peut consommer chaque jour l’équivalent d’un tiers de son propre poids en végétation fraîche.
Cette consommation massive de roseaux et de quenouilles a des effets concrets sur les zones humides qu’il occupe : en creusant les rhizomes et en coupant les tiges à la base, il ouvre des trouées dans les roselières denses, ce qui profite à certains oiseaux d’eau tout en fragilisant, dans les cas de forte densité, les massifs de plantes qui stabilisent les berges.
Une espérance de vie courte
Dans la nature, un rat musqué dépasse rarement trois ou quatre ans, la prédation et les hivers rigoureux limitant sa longévité. En captivité, à l’abri de ces contraintes, certains individus atteignent huit à dix ans. Cet écart marqué entre vie sauvage et captivité se retrouve chez la plupart des petits mammifères très prédatés.
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