Le narval et sa défense torsadée : habitat arctique et mode de vie
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Le narval passe la majeure partie de l’année sous la banquise arctique, invisible, et c’est justement cette discrétion qui a nourri sa légende. Sa longue dent torsadée, prélevée par des marchands scandinaves au Moyen Âge et revendue comme corne de licorne, valait alors plus que son poids en or. Monodon monoceros reste l’un des mammifères marins les plus mal connus, faute d’avoir pu être observé longtemps dans son milieu.
Une dent, pas une corne
Ce que l’on prend pour une corne est en réalité une canine gauche, la seule des deux à percer la lèvre supérieure et à pousser en continu tout au long de la vie de l’animal. Elle atteint généralement 2 à 3 mètres pour un poids de 8 à 10 kilogrammes, et pousse presque toujours en spirale vers la gauche. Elle est présente chez la quasi-totalité des mâles adultes, mais aussi chez environ 15 % des femelles. Certains mâles, plus rares, en développent deux.
Le corps du narval mesure entre 4 et 5,50 mètres hors défense, pour une masse de 800 à 1 600 kilogrammes selon le sexe et l’âge. Il n’a pas de nageoire dorsale, un trait qu’il partage avec le béluga, sa cousine directe au sein de la famille des Monodontidae. L’absence de cette nageoire facilite ses déplacements sous une couverture de glace continue, là où une dorsale saillante gênerait la nage sous la banquise.
Un organe sensoriel, pas seulement une arme
Les recherches menées depuis les années 2000, notamment par le dentiste et chercheur Martin Nweeia, ont montré que la défense est traversée de millions de terminaisons nerveuses reliées directement à l’eau de mer environnante. Le narval semble ainsi capable de percevoir des variations infimes de salinité ou de température, des indices utiles pour repérer des ouvertures dans la glace ou anticiper la formation de nouvelles zones gelées. La fonction exacte de cette sensibilité fait encore débat parmi les spécialistes, et il serait imprudent d’en donner une explication définitive.
Le tusking, un rituel entre mâles
Lors de la saison des amours, au printemps, les mâles se rassemblent en surface et croisent leurs défenses dans un comportement appelé tusking. Il ne s’agit pas d’un combat au sens strict mais plutôt d’une évaluation mutuelle, presque une poignée de main, qui permet d’établir une hiérarchie sans blessures graves. Les observations de terrain restent rares, la plupart de ces échanges se déroulant loin des bateaux d’étude.
Un plongeur qui chasse en profondeur
Le narval se nourrit principalement de flétan du Groenland, de morue arctique, de crevettes et de calmars. Pour atteindre ses proies, il plonge fréquemment au-delà de 800 mètres, avec des pointes enregistrées à plus de 1 500 mètres, ce qui en fait l’un des plongeurs les plus profonds parmi les cétacés. Ces plongées durent en moyenne vingt-cinq minutes.
Une population plus solide qu’on ne le pense
Contrairement à une idée répandue, le narval n’est pas classé parmi les espèces menacées : l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN) le range en catégorie « préoccupation mineure », avec une population mondiale estimée à environ 170 000 individus. Le principal foyer se trouve dans la baie de Baffin, entre le Canada et le Groenland. La chasse de subsistance pratiquée par les communautés inuites est encadrée par des quotas, contrairement à ce que certains articles laissent entendre.
Les vraies menaces sont ailleurs : le recul de la banquise modifie ses routes de migration habituelles, et le trafic maritime, en augmentation avec l’ouverture de nouveaux passages arctiques, expose l’espèce à un bruit sous-marin auquel elle est particulièrement sensible.
Longévité et reproduction
Le narval peut vivre jusqu’à cinquante ans. Les femelles mettent bas un seul petit tous les trois ans environ, après une gestation d’une quinzaine de mois. L’allaitement se prolonge pendant près de vingt mois, une durée longue qui explique en partie la lenteur du renouvellement des populations en cas de choc démographique.
Un cousin qui explique son nom
Le mot « narval » vient du vieux norrois nár, le cadavre, et hvalr, la baleine. Les marins scandinaves trouvaient à sa peau grisâtre et tachetée une ressemblance troublante avec celle d’un noyé, d’où ce nom peu flatteur donné bien avant que la science ne s’intéresse à l’animal. Sa parenté la plus proche reste le béluga, seule autre espèce de la famille des Monodontidae, avec laquelle un hybride a été identifié au Groenland dans les années 1990, surnommé familièrement « narluga » par les chercheurs qui l’ont étudié.
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