Le faucon crécerelle : vol sur place, proies et milieux de chasse
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Un faucon crécerelle immobile au-dessus d’un talus d’autoroute ne regarde pas seulement le sol : il voit, dans l’ultraviolet, les traces d’urine que les campagnols laissent sur leurs sentiers d’herbe. Cette capacité, mise en évidence par des chercheurs néerlandais dans les années 1980, explique en partie pourquoi ce petit rapace reste l’un des plus communs d’Europe malgré un déclin réel de ses effectifs. Voici ce qui, dans son vol, son régime et sa reproduction, mérite d’être su avant de le croiser sur un bord de route.
Un vol immobile pour remplacer le perchoir
Le faucon crécerelle chasse à l’affût, mais dans les paysages ouverts, agricoles ou routiers, les perchoirs élevés manquent. Il compense en pratiquant le vol dit « du Saint-Esprit » : face au vent, les ailes battant vite et la queue déployée en éventail, il maintient sa tête parfaitement fixe pendant plusieurs secondes, parfois plus d’une minute, avant de se laisser glisser vers un nouveau point d’observation. Ce vol stationnaire coûte cher en énergie, ce qui explique qu’il alterne avec des phases de vol plané ou de guet posé, sur un fil électrique ou un arbre isolé, dès qu’un poste convenable se présente.
Une vision qui perce l’ultraviolet
L’urine des campagnols réfléchit la lumière ultraviolette, invisible à l’œil humain mais parfaitement perçue par les yeux du crécerelle. Les sentiers empruntés par ces rongeurs, marqués de dépôts répétés, deviennent ainsi des indices de densité de population que l’oiseau peut lire depuis les airs. Cette faculté ne dit pas où se trouve un campagnol précis, mais elle oriente le choix des zones de chasse, ce qui économise du temps et de l’énergie sur un territoire souvent vaste.
Taille modeste, dimorphisme net
Le faucon crécerelle mesure de 32 à 39 cm pour une envergure de 65 à 80 cm. Les femelles, plus lourdes, pèsent jusqu’à 315 g, contre 155 à 220 g pour la plupart des mâles. Le mâle adulte porte une tête et une queue gris bleuté, terminée par une large bande noire, tandis que le dessus roux du corps est finement tacheté. La femelle, plus brune sur l’ensemble du corps, se distingue surtout à la queue barrée, sans bande noire unique.
Le bec court et crochu, les serres acérées et les ailes pointues complètent une silhouette taillée pour la chasse en milieu ouvert plutôt que pour la poursuite en forêt, domaine d’autres rapaces comme l’épervier.
Un cri qui a donné son nom à l’espèce
Le mot « crécerelle » vient de la crécelle, cet instrument de bois qui produit un cliquetis sec en tournant. L’oiseau émet en effet un cri aigu et répété, un kii-kii-kii lancé en série, surtout près du nid ou lors des parades. Ce cri sert d’alerte face à un intrus, mais aussi de signal entre partenaires pendant la formation du couple, quand le mâle apporte une proie à la femelle posée sur un perchoir voisin.
Des campagnols avant tout
Le campagnol des champs forme la base du régime dans la plupart des populations européennes, en particulier lors des pics cycliques qui reviennent tous les trois à cinq ans. Le crécerelle complète son menu avec des lézards, de gros insectes comme les criquets et les hannetons, occasionnellement des vers de terre après la pluie, et plus rarement de jeunes oiseaux ou des musaraignes. Cette dépendance aux campagnols rend l’espèce sensible aux années où leurs populations s’effondrent.
Un nid emprunté, jamais construit
Le crécerelle ne bâtit pas de nid. Il occupe une cavité de falaise, une corniche de bâtiment, un vieux nid de corneille ou de pie, ou un nichoir posé par l’homme. La femelle pond de deux à six œufs roux-brun tachetés et assure seule l’incubation, qui dure environ trente jours, pendant que le mâle chasse pour elle. Les jeunes s’envolent vers cinq semaines mais restent dépendants des parents encore deux mois, le temps d’apprendre eux-mêmes le vol stationnaire.
Une espèce commune mais en recul
Le faucon crécerelle reste classé en préoccupation mineure par l’UICN à l’échelle mondiale, mais les suivis français montrent un recul d’environ 19 % entre 2001 et 2018. L’intensification agricole, qui réduit les bandes enherbées et les proies disponibles, et l’usage de rodenticides anticoagulants qui empoisonnent indirectement les rapaces, figurent parmi les causes avancées. C’est un déclin plus discret que celui d’espèces menacées, mais il touche un oiseau que l’on croit souvent à l’abri parce qu’on le voit encore partout.
Dans le sud de la France, un cousin plus rare peut prêter à confusion : le faucon crécerellette, colonial et grégaire, niche en clochers ou en ruines. Le mâle s’en distingue par l’absence de moustache noire sur la joue et par des serres claires, presque blanches, là où celles du crécerelle sont noires.
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