Le rougequeue noir : où il niche, ce qu’il mange, quand il chante

Sommaire7 sections
  1. 01Un oiseau des falaises devenu citadin
  2. 02Un mâle gris ardoise, un ventre orange vif
  3. 03Une espèce qui varie d’une région à l’autre
  4. 04Un chant qui grince comme du papier froissé
  5. 05Un chasseur d’insectes au sol
  6. 06Un nid caché dans un recoin, deux nichées par an
  7. 07Rougequeue noir ou à front blanc : la confusion qui revient chaque printemps

Le rougequeue noir chantait à l’origine sur des falaises et des éboulis de montagne. Il chante aujourd’hui sur les toits, les usines et les gares, parce qu’il a traité l’architecture humaine comme une falaise parmi d’autres. Cette bascule, amorcée en Europe centrale dès le dix-neuvième siècle, explique pourquoi on le croise autant en ville qu’en altitude. Voici son plumage, son chant si particulier, et ce qui le sépare de son cousin à front blanc, avec lequel on le confond souvent au premier coup d’œil.

Un oiseau des falaises devenu citadin

Phoenicurus ochruros niche naturellement sur des parois rocheuses, des éboulis et des versants abrupts, du niveau de la mer jusqu’à plus de 4 000 m dans certaines chaînes. Les toits, corniches, appuis de fenêtre et charpentes de hangars offrent la même verticalité et les mêmes anfractuosités qu’une paroi naturelle, ce qui a permis à l’espèce de conquérir des villes entières sans changer ses habitudes de nidification. On le trouve aussi bien sur un balcon parisien que sur un rocher pyrénéen.

Un mâle gris ardoise, un ventre orange vif

L’oiseau mesure de 13 à 15 cm pour une envergure de 23 à 26 cm et un poids moyen d’environ 16 g, à peine plus qu’une pièce de deux euros. Le mâle adulte porte un front, des joues et une gorge noirs, un dos gris ardoise et une zone blanchâtre marquée sur l’aile repliée. L’abdomen et les couvertures sous la queue tranchent par une teinte orange intense, tandis que la queue elle-même reste rousse presque en permanence, même chez les jeunes et les femelles. La femelle, brun-gris terne sur l’ensemble du corps, garde ce même roux caractéristique à la queue, seul repère fiable en l’absence du mâle.

Une espèce qui varie d’une région à l’autre

Plusieurs sous-espèces se partagent l’aire de répartition, de l’Atlantique jusqu’à l’est de la Chine. En Europe de l’Ouest, la sous-espèce présente est celle décrite plus haut, au ventre orange et au corps gris ardoise. Plus à l’est, au Proche-Orient, une autre sous-espèce montre un dessous presque entièrement roux, du menton jusqu’au bas-ventre, ce qui peut dérouter un observateur habitué aux oiseaux d’Europe occidentale. Cette variation géographique reste un exemple net de la façon dont une même espèce peut afficher des plumages très différents selon la région.

Un chant qui grince comme du papier froissé

Le chant du mâle commence par une phrase grinçante, presque mécanique, qui évoque le bruit d’une feuille de papier froissée, avant de se terminer par la répétition rapide d’une même note claire. Ce n’est pas un chant mélodieux au sens où on l’entend pour un merle ou un rossignol, mais c’est un chant reconnaissable dès la première écoute, souvent lancé depuis un point haut, cheminée ou antenne, tôt le matin.

Un chasseur d’insectes au sol

Le rougequeue noir se nourrit presque exclusivement d’invertébrés terrestres : insectes et leurs larves, araignées, mille-pattes, occasionnellement de petits vers. Il chasse depuis un perchoir dominant, repère un mouvement au sol, plonge, puis revient se poster, une méthode qui rappelle celle du gobemouche plus qu’un comportement de fauvette fouilleuse de buissons. À l’automne, il complète ce régime avec quelques baies quand les insectes se raréfient.

Un nid caché dans un recoin, deux nichées par an

La femelle installe son nid dans une cavité, trou de mur, poutre de charpente, corniche ou anfractuosité rocheuse, garni de mousse et de radicelles. Elle y pond en général quatre à six œufs blancs, couvés seule pendant douze à quatorze jours. Les jeunes quittent le nid vers deux semaines mais restent nourris quelques jours de plus, et un couple mène souvent deux nichées entre mars et août, parfois trois dans les régions les plus clémentes.

Rougequeue noir ou à front blanc : la confusion qui revient chaque printemps

Le rougequeue à front blanc partage la même silhouette gris ardoise et la même queue rousse, ce qui prête à confusion au premier regard. Le mâle adulte se reconnaît d’abord à son front blanc net, absent chez le rougequeue noir, et à une poitrine orange qui remonte plus haut sur le corps. Les deux espèces ne partagent pas non plus le même habitat : le rougequeue noir occupe les milieux rocheux ou bâtis, quand le front blanc préfère les forêts claires, les vergers et les parcs boisés, rarement le cœur des villes.

Leur calendrier diffère aussi nettement. Le rougequeue noir hiverne surtout dans le bassin méditerranéen et revient tôt au printemps, parfois dès février dans le sud de la France. Le rougequeue à front blanc, lui, hiverne en Afrique subsaharienne et n’arrive que trois semaines plus tard, ce qui permet, en cas de doute persistant, de trancher simplement par la date d’observation.

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