Le babouin chacma : savanes d’Afrique australe, malice et vie sociale
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Le babouin chacma est le plus grand de tous les babouins, et sans doute le plus grand singe au monde après les grands singes, avec des mâles qui pèsent trois fois le poids des femelles. Son pelage n’est pas roux, contrairement à ce qu’on lit parfois, mais gris-brun à brun foncé, une teinte qui varie selon les trois sous-espèces reconnues en Afrique australe.
Le poids lourd du genre Papio
Un mâle chacma mesure en moyenne 31,8 kilogrammes, une femelle 15,4, et le corps peut atteindre 115 centimètres de long chez les plus grands individus. Cet écart de taille entre les sexes, l’un des plus marqués chez les primates, se double d’une différence de couleur : le chacma du Cap est brun très foncé avec des pieds noirs, tandis que le chacma à pieds gris, plus au nord, arbore une teinte plus claire.
Répartition en Afrique australe
L’espèce occupe l’Afrique du Sud, la Namibie, le Botswana, le Zimbabwe, le Mozambique et le sud de l’Angola et de la Zambie, dans des milieux très variés : savane, steppe, semi-désert et forêt claire. Cette souplesse d’habitat, associée à sa taille, en fait l’un des primates les plus résistants du sous-continent face à la sécheresse.
Des coquillages au menu
Le régime du chacma reste omnivore et opportuniste, fruits, graines, écorce et insectes en tête, mais les populations côtières du Cap ont développé un comportement rare chez les babouins : elles fouillent les flaques laissées par la marée pour y prélever des moules et d’autres invertébrés marins. Ce régime littoral, documenté depuis plusieurs décennies sur la péninsule du Cap, ne se retrouve chez aucune autre espèce de babouin.
Voisins encombrants d’une grande ville
Sur la péninsule du Cap, une population isolée de chacmas s’est habituée à la présence humaine au point de renverser des poubelles, forcer des coffres de voiture et pénétrer dans des maisons pour y chercher de la nourriture. Le conflit qui en résulte, entre riverains excédés et associations de protection, place cette population précise sous une menace d’extinction locale évaluée à moins de dix ans, alors que l’espèce dans son ensemble n’est pas en danger.
Une hiérarchie qui se transmet entre femelles
Le chacma vit en troupes de plusieurs mâles et plusieurs femelles, où le rang social des femelles se transmet de mère en fille sur plusieurs générations. Un trait plus inattendu distingue l’espèce : les liens sociaux les plus forts se nouent souvent entre un mâle et une femelle non apparentés, plutôt qu’entre individus du même sexe, une configuration que les chercheurs interprètent comme une protection mutuelle contre l’infanticide.
Prédateurs et alliances face au danger
Le chacma partage son territoire avec le léopard, la hyène tachetée et, dans certaines régions, le lion et le crocodile du Nil, qui s’attaquent surtout aux jeunes isolés. Le python guette lui aussi les petits imprudents. Face à ces menaces, la troupe organise une vigilance collective : des sentinelles postées en périphérie du groupe donnent l’alerte, et plusieurs mâles peuvent se coordonner pour repousser un prédateur de taille moyenne, une coopération qui compense l’absence de crocs ou de griffes comparables à ceux de leurs adversaires.
L’espèce qu’on confond avec lui : le singe jaune
Le chacma a longtemps été considéré comme une simple variante méridionale du singe jaune, avant que les deux ne soient reconnus comme des espèces distinctes ; en Zambie et au Mozambique, là où leurs aires se touchent, des hybrides existent encore. Le critère qui les sépare sur le terrain est net : le chacma est nettement plus grand et plus sombre, avec un museau qui s’incline davantage vers le bas, alors que le singe jaune reste svelte, au pelage jaune-brun et à la face encadrée de favoris blancs. Un gros babouin brun foncé au sud du Zambèze est un chacma ; un babouin plus fin et plus clair, au Kenya ou en Tanzanie, est un singe jaune.
Statut de conservation
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe le babouin chacma en préoccupation mineure, et l’espèce figure à l’annexe II de la convention sur le commerce des espèces menacées. Sa large répartition en Afrique australe la met à l’abri d’une menace globale, même si des populations locales, comme celle du Cap, restent exposées à un déclin rapide.
La longévité de l’espèce se situe autour de 30 à 45 ans en milieu naturel, l’une des plus élevées du genre Papio, ce qui permet aux femelles dominantes de transmettre leur rang à plusieurs générations de filles avant de disparaître du groupe. Cette stabilité sociale sur le temps long fait du chacma un sujet d’étude privilégié pour comprendre l’effet du rang maternel sur la réussite reproductive.
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