Le babouin hamadryas : crinière, harems et organisation sociale
Sommaire8 sections
Le babouin hamadryas est le seul babouin qui vit en harems, une organisation à quatre niveaux emboîtés qu’aucune autre espèce du genre ne reproduit. Les Égyptiens anciens en avaient fait l’animal sacré du dieu Thot, et sa silhouette voûtée orne encore les bas-reliefs des temples de Louxor et de Karnak.
Une société à quatre étages
L’unité de base est l’unité à un seul mâle, un mâle adulte et jusqu’à dix femelles avec leurs petits. Plusieurs unités liées par des parentés mâles forment un clan, deux à quatre clans forment une bande pouvant compter jusqu’à 400 individus qui se déplacent et se nourrissent ensemble, et plusieurs bandes se rassemblent le soir sur les mêmes falaises pour former une troupe de sommeil. Aucun autre primate, en dehors de l’humain, n’empile autant de niveaux sociaux distincts.
Le mâle en cape argentée
Vers dix ans, le mâle développe une crinière et une cape de poils gris argenté qui recouvrent les épaules et l’avant du corps, contrastant avec le brun uniforme des femelles, qui restent sans cape toute leur vie. Les mâles mesurent jusqu’à 80 centimètres et pèsent de 20 à 30 kilogrammes, contre 40 à 45 centimètres et 10 à 15 kilogrammes chez les femelles, un écart de taille parmi les plus marqués du genre Papio. Les fesses nues et rouges, communes à tous les babouins, sont particulièrement visibles chez cette espèce du fait de la faible pilosité environnante.
Un territoire entre Corne de l’Afrique et péninsule Arabique
L’espèce occupe l’Érythrée, l’Éthiopie, Djibouti et la Somalie côté africain, ainsi que le Yémen et le sud-ouest de l’Arabie saoudite de l’autre côté de la mer Rouge, une répartition à cheval sur deux continents rare chez les primates. Elle a disparu d’Égypte à l’état sauvage, alors qu’elle y était vénérée dans l’Antiquité. Les milieux fréquentés sont arides : steppes rocailleuses, savanes sèches et collines dénudées, où les falaises servent de dortoirs collectifs protégés des prédateurs nocturnes.
Discipline et coercition dans l’unité
Le mâle d’une unité surveille étroitement ses femelles et intervient physiquement, par une morsure sur la nuque, si l’une d’elles s’éloigne trop de lui pendant les déplacements du groupe. Cette coercition, documentée depuis les années 1970 dans les populations d’Éthiopie, distingue nettement le hamadryas des autres babouins, dont les femelles circulent librement entre plusieurs mâles au sein d’une même troupe. L’épouillage reste l’activité sociale quotidienne qui entretient les liens, y compris entre mâles apparentés d’un même clan.
Un dieu à tête de babouin
Dans l’Égypte ancienne, le hamadryas incarnait Thot, dieu des scribes et de la sagesse, souvent représenté assis, tenant une palette de scribe. Des momies de babouins hamadryas ont été retrouvées dans les nécropoles de Saqqarah et de Thèbes, embaumées avec le même soin que les momies humaines. L’espèce a disparu à l’état sauvage d’Égypte depuis l’Antiquité tardive, victime de la déforestation et de la chasse, un contraste frappant avec le statut sacré qu’elle occupait quelques millénaires plus tôt.
Alimentation et reproduction
Omnivore et opportuniste, il se nourrit de graines, de fruits, de bourgeons, d’insectes et de petits vertébrés selon ce que le milieu aride offre. La reproduction n’est pas saisonnière : les naissances surviennent toute l’année, après une gestation de 5 à 6 mois, et le petit pèse environ 500 grammes à la naissance. Les mâles atteignent leur maturité sociale vers 5 à 7 ans, mais ne prennent souvent une unité qu’après avoir été subordonnés pendant plusieurs années auprès d’un mâle plus âgé.
L’espèce qu’on confond avec lui : le babouin anubis
Dans le parc national de l’Awash, en Éthiopie, le territoire du hamadryas touche celui du babouin anubis, et les deux espèces s’hybrident depuis des décennies dans une zone de contact étudiée depuis les années 1970. Le critère qui les distingue sur le terrain est le même que celui qui définit le hamadryas : la cape argentée du mâle et la vie en unité à une seule femelle dominante face à la troupe à plusieurs mâles, sans cape, de l’anubis. Certains mâles hybrides portent une cape partielle et adoptent un comportement intermédiaire, preuve que la frontière entre les deux espèces reste, à cet endroit précis, poreuse.
Statut de conservation
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe le babouin hamadryas en préoccupation mineure depuis 2008. Sa survie n’est pas menacée à l’échelle de l’espèce, mais l’expansion agricole en Éthiopie et en Érythrée réduit localement l’accès aux falaises-dortoirs, un facteur limitant plus contraignant pour cette espèce que pour les babouins qui dorment simplement dans les arbres.
Résumer cet article avec :
Partager :
