L’alpaga : toison, caractère et élevage dans les Andes
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Il y a environ six mille ans, les populations andines ont sélectionné une vigogne particulièrement fine pour donner naissance à l’alpaga. Le lama, qui lui ressemble et partage les mêmes hauts plateaux, descend d’un ancêtre différent, le guanaco. Cette confusion, très répandue, cache une histoire de domestication vieille de plusieurs millénaires et deux usages complètement différents, la fibre d’un côté, le portage de l’autre.
Deux camélidés domestiques, deux ancêtres sauvages
Les Andes abritent quatre camélidés sud-américains, deux sauvages et deux domestiques qui en dérivent directement. La vigogne (Vicugna vicugna) a donné l’alpaga (Vicugna pacos), sélectionné il y a environ six mille ans par les populations andines pour la finesse de sa toison. Le guanaco (Lama guanicoe) a donné le lama (Lama glama), sélectionné plutôt pour porter des charges. Les analyses génétiques menées au début des années 2000 ont confirmé cette filiation et corrigé une classification plus ancienne qui rangeait l’alpaga parmi les lamas.
Comment distinguer un alpaga d’un lama
Sur le terrain, quelques repères suffisent. L’alpaga est nettement plus petit, entre 75 et 100 centimètres au garrot contre plus de 120 centimètres pour le lama. Sa tête est courte et son museau arrondi, alors que le lama a un visage allongé et des oreilles longues et incurvées, en forme de banane, très différentes des oreilles courtes et pointues de l’alpaga. La toison de l’alpaga, sélectionnée pour sa fibre, est aussi bien plus dense et fine que le pelage plus grossier du lama, qui n’a jamais été conçu pour la production textile.
Une vie en troupeau dans les alpages andins
À l’état domestique, l’alpaga vit en troupeau structuré autour d’un mâle dominant, de femelles et de jeunes. Le langage corporel, oreilles et queue en particulier, règle une grande partie des interactions, complété par des vocalises. Une habitude reste commune à tous les camélidés d’Amérique du Sud, alpaga compris : ils crachent un mélange de salive et de contenu stomacal quand ils se sentent menacés ou dérangés, un signal qui vaut mieux prendre au sérieux.
Reproduction et longévité
Les femelles atteignent la maturité sexuelle vers un an, les mâles plutôt entre deux et trois ans. L’accouplement peut avoir lieu toute l’année, la gestation dure environ onze à douze mois pour un unique petit, rarement deux. Le sevrage intervient entre six et huit mois. En captivité, un alpaga vit généralement entre quinze et vingt ans, parfois davantage avec de bons soins vétérinaires.
Un statut de conservation à ne pas confondre
L’alpaga étant une espèce domestique, il n’a pas de statut sur la liste rouge de l’Union internationale pour la conservation de la nature, qui n’évalue pas les animaux domestiqués. Son ancêtre sauvage, la vigogne, a lui bien failli disparaître : chassée pour sa laine, elle est tombée sous les dix mille individus dans les années 1960, avant de se reconstituer sous protection légale au Pérou. Elle compte aujourd’hui plusieurs centaines de milliers d’individus et son statut est jugé de préoccupation mineure.
Un cheptel mondial concentré au Pérou
Le Pérou héberge à lui seul plus de quatre-vingts pour cent du cheptel mondial d’alpagas, estimé à plusieurs millions de têtes, essentiellement dans les hauts plateaux andins autour du lac Titicaca. La Bolivie vient en second. L’élevage s’est aussi diversifié depuis les années 1980 vers l’Amérique du Nord, l’Europe et l’Australie, où l’alpaga est désormais élevé pour la fibre mais aussi comme animal de compagnie ou de pâturage d’entretien, loin de son berceau andin d’origine.
La laine, deux races et un procédé millénaire
La fibre d’alpaga est plus chaude, plus douce et plus résistante que la laine de mouton, et se décline en vingt-deux nuances naturelles. Deux races se distinguent par l’aspect de leur toison : le huacaya, majoritaire, porte une fibre dense et bouclée, tandis que le suri arbore de longues mèches lisses qui tombent en rideaux. La tonte annuelle produit entre deux et trois kilos de fibre par animal et ne prend qu’une vingtaine de minutes, un geste que les éleveurs andins pratiquent depuis des siècles sans machine.
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