La mangouste à queue blanche : vie nocturne et habitudes sociales
La mangouste à queue blanche quitte son gîte une demi-heure après le coucher du soleil et y rentre avant l’aube : c’est la plus strictement nocturne des mangoustes africaines, et aussi la plus grande. Avec une dentition de carnivore, elle passe pourtant l’essentiel de ses nuits à fouiller la litière pour y prendre des termites et des bousiers. Son nom vient de la longue queue touffue, blanche sur les deux tiers de sa longueur, qui trahit sa silhouette dans le faisceau des phares.
Le plus grand des herpestidés africains
Ichneumia albicauda est la seule espèce de son genre. Elle appartient à la famille des herpestidés, celle des mangoustes et des suricates, et non à celle des mustélidés avec laquelle son allure la fait parfois confondre. Aucune autre mangouste d’Afrique n’atteint sa taille : le corps et la tête mesurent de 47 à 71 centimètres, pour un poids de 2 à 5 kilos selon les régions et la saison.
La queue ajoute 35 à 47 centimètres, soit près de la moitié de la longueur totale de l’animal. Elle est couverte de poils longs, gris à la base puis blancs, et se hérisse quand la bête est inquiétée, ce qui double apparemment son volume. Le pelage du corps est gris moucheté, les pattes sont noires et nettement plus hautes que chez les autres mangoustes, ce qui donne une démarche haute sur pattes, presque celle d’un petit chien.
Du Sénégal au Cap et jusqu’au Yémen
L’aire de répartition couvre presque toute l’Afrique subsaharienne, du Sénégal à la Somalie et vers le sud jusqu’à la province du KwaZulu-Natal en Afrique du Sud. Une population isolée occupe le sud de la péninsule Arabique, au Yémen et dans le sud de l’Arabie saoudite.
L’espèce occupe les savanes arborées, les lisières de forêt, les prairies hautes, les bords de cours d’eau et les abords des cultures. Elle manque dans deux milieux : le cœur de la forêt équatoriale dense et le désert vrai. Les listes d’habitats qui mentionnent le Sahara ou le Namib pour cette espèce se trompent : elle s’arrête aux zones semi-arides, là où subsiste une strate herbacée et une humidité suffisante pour les insectes du sol.
Un carnivore qui vit surtout d’insectes
Les analyses de contenus stomacaux et de crottes donnent partout le même résultat : les invertébrés dominent largement le régime, souvent au-delà de 80 pour cent des proies identifiées. L’ordinaire, ce sont les termites, les coléoptères, les bousiers, les criquets et les myriapodes. La mangouste chasse en marchant lentement, museau au ras du sol, et creuse de la patte avant là où l’odeur l’arrête.
Le reste complète : rongeurs, musaraignes, lézards, œufs, oisillons au nid, grenouilles, charognes et quelques fruits tombés. Elle tue des serpents, y compris venimeux, mais l’image de la mangouste tueuse de cobras relève surtout d’autres espèces. Chez celle-ci, un scarabée pèse davantage dans le bilan annuel qu’un rat.
Solitaire à la chasse, voisine au gîte
Chaque individu cherche sa nourriture seul. Les travaux menés dans le Serengeti ont pourtant montré que le mot solitaire décrit mal la réalité : les domaines vitaux des femelles apparentées se recouvrent largement, et plusieurs d’entre elles utilisent successivement les mêmes gîtes, sans jamais chasser ensemble. La superficie du domaine varie de moins d’un kilomètre carré, là où les termites abondent, à plusieurs kilomètres carrés en milieu pauvre ; celui d’un mâle adulte englobe ceux de plusieurs femelles.
Le gîte est rarement creusé par l’animal : terrier d’oryctérope abandonné, termitière éventrée, cavité sous une souche ou entre des rochers. La mangouste en change souvent. Elle aboie, ce qui est rare chez les herpestidés, et dispose d’une poche anale développée dont elle projette une sécrétion nauséabonde quand elle est acculée, une défense qui rappelle celle des moufettes.
Une portée de deux petits dans un terrier emprunté
Les naissances se concentrent en début de saison des pluies, quand les insectes pullulent, avec des variantes selon la latitude. La gestation dure une soixantaine de jours. La portée compte un à trois jeunes, deux le plus souvent, et non la demi-douzaine que rapportent certaines fiches. Les nouveau-nés naissent aveugles et sans poils, au fond d’un gîte, et ouvrent les yeux vers deux semaines.
La mère les allaite environ deux mois, puis les emmène en tournée nocturne ; les jeunes se dispersent avant l’année suivante. La longévité en nature reste mal connue ; en captivité, des individus ont dépassé une douzaine d’années.
Ne pas la confondre avec la mangouste ichneumon
La mangouste ichneumon, Herpestes ichneumon, partage une partie de son aire et atteint des tailles comparables. Trois critères les séparent sans hésitation. La queue de l’ichneumon se termine par un pinceau de poils noirs, pas par une masse blanche. Ses pattes sont courtes et son corps traîne presque au sol, alors que la queue blanche marche haut. Enfin l’ichneumon est diurne et se laisse voir en plein jour, souvent en file familiale, quand l’autre ne sort qu’à la nuit tombée.
Commune, mais écrasée sur les routes
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe l’espèce en préoccupation mineure. Elle reste répandue, s’accommode des paysages agricoles et occupe même les abords des villes africaines, où les déchets et les insectes attirés par l’éclairage lui profitent.
La première cause de mortalité documentée est la circulation routière, loin devant la chasse et la perte d’habitat : l’animal longe les accotements en quête d’insectes et se fige dans la lumière. Localement, elle est aussi tuée comme prédateur supposé de volailles, un reproche largement disproportionné au regard de ce qu’elle mange réellement. Les populations du Yémen, réduites à quelques noyaux séparés, sont les plus exposées.
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