L’ornithorynque : un mammifère semi-aquatique qui pond des œufs
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Sous l’eau, l’ornithorynque ferme les yeux, les oreilles et les narines : il chasse aveugle. Ce mammifère d’Australie repère ses proies grâce à des capteurs électriques logés dans son bec, une faculté partagée avec seulement une poignée d’espèces au monde. Portrait d’un animal que le classement en catégories a longtemps mis en difficulté.
Un mammifère qui pond des œufs
L’ornithorynque (Ornithorhynchus anatinus) appartient à un ordre restreint, celui des monotrèmes, qui ne compte que cinq espèces vivantes : lui-même et quatre échidnés. Ce sont les seuls mammifères au monde à pondre des œufs plutôt qu’à mettre bas des petits vivants. L’espèce est endémique de l’est de l’Australie et de la Tasmanie, où elle vit dans les rivières, les lacs et les zones humides d’eau douce.
Son corps mesure de 40 à 50 centimètres, queue comprise, pour un poids compris entre 0,7 et 2,4 kilogrammes selon le sexe et la saison. Le pelage, dense et imperméable, retient une couche d’air qui isole l’animal du froid pendant ses plongées. Le bec, souple et sensible, n’a rien d’un bec de canard rigide : c’est un organe recouvert de peau, riche en récepteurs nerveux.
Chasser sans voir ni entendre
Sa technique de chasse repose sur un sens que peu d’animaux possèdent à ce degré : l’électroréception. Lorsqu’il plonge, l’ornithorynque ferme hermétiquement ses yeux et ses oreilles, ainsi que ses narines. Il devient donc, sous l’eau, aveugle et sourd. Il s’oriente uniquement grâce aux dizaines de milliers de récepteurs électriques et mécaniques répartis sur son bec, capables de détecter le champ électrique produit par la contraction musculaire d’une écrevisse ou d’une larve d’insecte immobile dans la vase.
Une fois la proie repérée, il la capture et la stocke dans ses abajoues, sans la mastiquer sous l’eau. Il ne remonte à la surface pour la broyer, entre des plaques cornées puisqu’il n’a pas de dents à l’âge adulte, qu’une fois ses abajoues remplies. Une plongée dure en moyenne moins d’une minute et demie, et un individu peut en enchaîner plusieurs centaines par nuit pour couvrir ses besoins énergétiques, particulièrement élevés chez cet animal à sang chaud mais à métabolisme relativement bas.
Solitaire, nocturne, et territorial
En dehors de la reproduction, l’ornithorynque vit seul. Il est actif surtout au crépuscule et la nuit, passant la journée dans un terrier creusé dans la berge, parfois à plus d’un mètre de profondeur, dont l’entrée immergée le protège d’une partie de ses prédateurs. Chaque individu occupe un territoire linéaire le long des cours d’eau, généralement compris entre 1 et 5 kilomètres, qu’il défend surtout contre les mâles de son espèce en période de reproduction.
Un éperon venimeux chez le mâle
Le mâle porte, sur chaque patte arrière, un éperon corné relié à une glande à venin, actif surtout en saison de reproduction. Ce venin n’est pas mortel pour l’humain, mais provoque une douleur intense et durable, parfois pendant plusieurs semaines, difficile à soulager avec des antalgiques classiques. Les mâles s’en servent surtout entre eux, lors d’affrontements pour l’accès aux femelles, plutôt que contre des prédateurs.
Une reproduction ovipare, unique chez les mammifères
La saison des amours se déroule entre juin et octobre selon la latitude, avec un pic en août et septembre dans l’est de l’Australie. Après l’accouplement, la femelle creuse un terrier de ponte séparé, plus profond et plus long que son terrier habituel, qu’elle bouche avec de la terre pour se protéger des prédateurs et réguler l’humidité. Elle y pond en général un ou deux œufs, parfois trois, qu’elle couve contre son ventre pendant une dizaine de jours.
À l’éclosion, les jeunes, minuscules et aveugles, se nourrissent du lait maternel que la femelle sécrète directement à travers la peau de son abdomen, faute de mamelons. L’allaitement dure de trois à quatre mois, période durant laquelle la mère ne quitte le terrier que brièvement pour se nourrir. Les jeunes atteignent leur maturité sexuelle vers l’âge de deux ans, et un ornithorynque sauvage peut vivre une dizaine d’années, davantage en captivité.
Des prédateurs peu nombreux, mais réels
Bien protégé par son mode de vie discret, l’ornithorynque n’échappe pas totalement à la prédation. Le python et certains rapaces s’en prennent occasionnellement aux jeunes ou aux individus affaiblis, tout comme le rakali, un rongeur semi-aquatique australien, et le varan géant. Le renard roux, introduit sur le continent au XIXe siècle pour la chasse puis devenu une nuisance majeure pour la faune indigène, figure également parmi les menaces, aux côtés du chat et du chien domestiques retournés à l’état sauvage.
Une espèce vulnérable, pas menacée d’extinction immédiate
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe l’ornithorynque parmi les espèces quasi menacées. La dégradation des cours d’eau, la sécheresse prolongée et la fragmentation des habitats par les barrages pèsent sur les populations, en particulier dans les régions les plus sèches de son aire de répartition. L’espèce reste néanmoins largement répandue le long de la côte est australienne, où elle continue d’occuper la plupart des cours d’eau qui lui conviennent.
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