Le maki catta : queue annelée, vie sociale et alimentation à Madagascar
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Le maki catta ne grimpe pas autant qu'on l'imagine : de tous les lémuriens, c'est l'un de ceux qui passent le plus de temps au sol. Cette particularité, ajoutée à sa queue annelée de noir et blanc qui compte davantage de cercles que son corps n'a de longueur, en fait une des espèces les plus reconnaissables de Madagascar, et l'une des plus menacées.
Une vie de groupe dirigée par les femelles
Le maki catta, ou lémur catta, vit en groupes d'une quinzaine à une trentaine d'individus, structurés autour des femelles. C'est une femelle qui domine la troupe, une organisation rare chez les primates et qui vaut aux lémuriens malgaches le surnom de société matriarcale. Le toilettage mutuel et les contacts tactiles entretiennent la cohésion du groupe, et la nuit, les individus se serrent les uns contre les autres pour se réchauffer.
Il arrive qu'une femelle adopte temporairement le petit d'une autre, une forme de solidarité qui augmente les chances de survie des jeunes dans un environnement où les ressources varient fortement d'une saison à l'autre.
Autant à terre que dans les arbres
Contrairement à la plupart des lémuriens, le maki catta est diurne et passe une bonne partie de sa journée au sol, marchant la queue dressée en point d'interrogation pour rester visible du reste du groupe. Chaque matin, la troupe s'installe face au soleil levant, bras ouverts, pour se réchauffer après la fraîcheur nocturne, une posture qui a rendu l'espèce familière bien au-delà de Madagascar. Dans les arbres, il se déplace par bonds, capable de sauter jusqu'à trois mètres à la verticale grâce à ses puissantes pattes arrière. Sa longue queue, plus longue que le corps, ne sert d'ailleurs pas à s'accrocher aux branches comme chez d'autres primates : elle joue surtout le rôle de balancier pendant les sauts et de signal visuel pour rester en contact avec le reste de la troupe dans la végétation dense.
Un territoire qui se déplace avec les fruits
Les makis cattas défendent un territoire mais ne restent pas éternellement au même endroit : quand les fruits, base de leur alimentation, viennent à manquer, tout le groupe se déplace vers une zone plus généreuse. Leur régime inclut aussi des feuilles, occasionnellement des fleurs, et très rarement des insectes. Cette flexibilité alimentaire leur permet de survivre dans des milieux aussi différents que la forêt sèche du sud malgache ou la forêt de galerie le long des rivières. Le tamarinier, un arbre introduit il y a des siècles à Madagascar, est ainsi devenu l'une de leurs ressources préférées là où il pousse en abondance, preuve que l'espèce sait composer avec un paysage largement transformé par l'homme.
Des combats à coups d'odeur
Le maki catta possède des glandes odorantes sur les avant-bras et les épaules. Pour marquer son territoire ou intimider un rival, il fait glisser sa queue sur ces glandes puis l'agite en direction de l'adversaire, une parade que les chercheurs ont surnommée le combat puant. Les mâles disposent en plus d'un ergot corneux au poignet, qui leur sert à entailler l'écorce des arbres pour y déposer leur odeur de façon plus durable. Ce langage chimique intervient surtout en période de reproduction, quand la compétition entre mâles s'intensifie. La saison des amours se concentre sur quelques jours seulement, en général en avril, ce qui explique l'intensité de ces rivalités concentrées dans un temps très court.
Fossa, chiens et rapaces
Le fossa, le grand carnivore endémique de Madagascar, reste le principal prédateur naturel du maki catta, aux côtés des chiens domestiques errants et de certains rapaces qui s'attaquent aux plus jeunes. Mais la menace la plus sérieuse vient ailleurs : la déforestation, qui a fait perdre à l'espèce une grande partie de son habitat en quelques décennies. L'Union internationale pour la conservation de la nature classe aujourd'hui le maki catta parmi les espèces en danger, un statut qui a changé en quelques années à peine tant le déclin a été rapide.
Reste une question qui divise encore les spécialistes : ce lémurien si adaptable, capable de vivre au sol comme dans les arbres, de manger des fruits comme des écorces, saura-t-il s'adapter à la vitesse à laquelle son habitat disparaît ? Rien n'est moins sûr, et c'est précisément ce qui rend sa situation plus préoccupante que celle de bien d'autres primates malgaches.
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