Le castor d’Europe : ses barrages, ses incisives et sa vie de couple
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Le castor d’Europe et le castor du Canada se ressemblent tellement qu’on les a longtemps pris pour une seule et même espèce. Ils ne le sont pas : l’un possède 48 chromosomes, l’autre 40, et cette différence suffit à empêcher toute hybridation entre eux, même en captivité.
Deux espèces, deux nombres de chromosomes
Le castor d’Europe (Castor fiber) et le castor canadien (Castor canadensis) ont évolué séparément sur deux continents avant de converger vers un mode de vie presque identique : construction de barrages, régime végétarien, incisives à croissance continue. Leur parenté s’arrête là. Le premier compte 48 chromosomes, le second 40 ; des embryons issus d’un croisement ne peuvent pas se développer normalement, ce qui rend les deux espèces génétiquement incompatibles malgré leur ressemblance.
Une silhouette presque identique, une queue qui trahit
À l’œil, distinguer les deux espèces demande de l’habitude. La queue reste le meilleur repère : plus longue, plus étroite et presque triangulaire chez le castor d’Europe, plus courte et de forme ovale chez le castor canadien. La forme du crâne et des os nasaux diffère également, un critère que les paléontologues utilisent pour trier les ossements retrouvés sur des sites anciens.
Un rongeur, et pas des moindres
Le castor d’Europe est le deuxième plus grand rongeur du monde, derrière le capybara d’Amérique du Sud. Ses incisives, orangées à l’avant à cause d’un émail riche en fer, poussent tout au long de sa vie : il doit ronger du bois en permanence pour les user et les garder tranchantes, faute de quoi elles finiraient par l’empêcher de s’alimenter.
Le barrage, une réponse à un besoin précis
Le castor construit son barrage pour une raison simple : élever le niveau de l’eau afin que l’entrée de sa hutte reste submergée, hors d’atteinte des loups et des lynx. Troncs, boue et branches s’empilent jusqu’à obtenir la profondeur voulue, généralement autour d’un mètre. Sa queue plate, couverte d’écailles, sert à la fois de gouvernail dans l’eau, de réserve de graisse pour l’hiver et de signal d’alarme : une claque sur la surface avertit toute la colonie d’un danger.
Une famille qui dure
Le castor d’Europe forme un couple monogame stable, qui reste uni sa vie durant. La femelle met bas de un à cinq petits par an, au printemps, après une gestation d’environ trois mois. Les jeunes restent auprès de leurs parents près de deux ans, période durant laquelle les aînés aident à entretenir le barrage et à surveiller la portée suivante, avant de partir fonder leur propre colonie.
Des adaptations complètes à la vie aquatique
Le castor ne mange jamais de poisson, contrairement à une idée répandue : il se nourrit exclusivement d’écorce, de feuilles et de jeunes pousses de saule, de peuplier et de bouleau, un régime strictement végétarien toute l’année. Sous l’eau, une membrane transparente recouvre ses yeux comme une paire de lunettes de plongée, tandis que des valves referment ses narines et ses oreilles. Ses lèvres se referment derrière ses incisives, ce qui lui permet de ronger du bois immergé sans avaler d’eau. Ses glandes situées près de l’anus produisent le castoréum, une sécrétion odorante longtemps récoltée pour la parfumerie et encore autorisée aujourd’hui comme arôme naturel dans certains produits alimentaires.
De la quasi-extinction à l’espèce envahissante
Au début du vingtième siècle, la chasse pour la fourrure et le castoréum avait réduit le castor d’Europe à environ 1 200 individus répartis en huit populations isolées, en France, en Allemagne, en Norvège et en Russie. Des programmes de réintroduction menés depuis les années 1920 ont permis sa reconquête d’une grande partie de son aire d’origine ; l’UICN le classe aujourd’hui en préoccupation mineure. Le sort du castor canadien a pris la direction inverse ailleurs : introduit en Terre de Feu en 1946 pour développer une industrie de la fourrure, il y prospère sans prédateur naturel et y est aujourd’hui considéré comme l’une des espèces envahissantes les plus destructrices au monde, submergeant des forêts entières de lenga qui ne se régénèrent pas.
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