Le castor d’Europe : ses barrages, son régime et son rôle écologique
Sommaire7 sections
- 01Le plus grand rongeur aquatique d’Europe
- 02Une reconquête partie de quelques centaines d’individus
- 03Une espèce à part, pas une variété du castor canadien
- 04Zones humides et travaux d’ingénierie
- 05Un régime exclusivement végétal
- 06Reproduction et maturité tardive
- 07Un statut de conservation qui reste à surveiller
Il ne restait plus qu’une poignée de populations isolées de castor d’Europe au début du XXᵉ siècle, quelques centaines d’individus au total en Norvège, sur l’Elbe, le Rhône et en quelques points d’Europe de l’Est. Un siècle de protection plus tard, l’espèce compte plus d’un million d’individus, l’un des rétablissements les plus nets de la faune européenne. Plus grand rongeur aquatique du continent, il ne partage pourtant ni son patrimoine génétique ni sa niche écologique avec le castor canadien, aujourd’hui installé sans autorisation dans le nord de l’Europe.
Le plus grand rongeur aquatique d’Europe
Castor fiber mesure de 100 à 135 cm de long, queue plate comprise, pour un poids de 20 à 35 kg. Son pelage brun-roux, parfois presque noir, recouvre un corps trapu aux pattes arrière palmées. Avec 48 chromosomes contre 40 chez le castor canadien, il ne peut s’hybrider avec ce dernier, une différence génétique qui a longtemps été ignorée quand les deux espèces étaient encore confondues.
Une reconquête partie de quelques centaines d’individus
Chassé pour sa fourrure et pour le castoréum, une sécrétion utilisée en parfumerie et en pharmacie ancienne, le castor d’Europe avait presque disparu du continent au début du XXᵉ siècle. Huit populations relictuelles, totalisant quelques centaines d’animaux, ont survécu en Norvège, sur l’Elbe et le Rhône, en Biélorussie et dans quelques autres refuges. Des programmes de réintroduction menés dès les années 1920, puis intensifiés après-guerre, ont permis à l’espèce de recoloniser progressivement son aire d’origine.
Une espèce à part, pas une variété du castor canadien
Le castor d’Europe et le castor canadien se ressemblent en apparence, mais ce sont deux espèces distinctes qui ne s’hybrident pas : leur nombre de chromosomes diffère, 48 contre 40, ce qui rend toute descendance fertile impossible entre eux. Ce détail a une conséquence concrète aujourd’hui : là où le castor canadien s’est établi en Finlande et en Russie du Nord-Ouest, il occupe des territoires et transmet des parasites qui compliquent la recolonisation par le castor d’Europe.
Zones humides et travaux d’ingénierie
Rivières, ruisseaux, lacs et étangs bordés de feuillus composent son habitat. En construisant des barrages de branchages et de boue, il relève le niveau de l’eau, ralentit son écoulement et crée des zones humides qui bénéficient à une large diversité d’amphibiens, d’oiseaux d’eau et de libellules. Son activité est surtout nocturne, consacrée à la recherche de nourriture et à l’entretien des barrages.
Un régime exclusivement végétal
Herbivore, le castor d’Europe se nourrit d’écorce, de tiges, de branches et de plantes aquatiques, avec une nette préférence pour le saule et le peuplier. La consommation occasionnelle d’œufs, parfois rapportée dans des observations isolées, n’est pas confirmée comme un comportement habituel de l’espèce ; l’essentiel de son alimentation reste strictement végétal toute l’année.
Reproduction et maturité tardive
La maturité sexuelle survient à deux ans chez la femelle, trois ans chez le mâle. Monogames, les couples s’accouplent entre janvier et mars. La gestation dure de 100 à 110 jours, pour une portée de 1 à 5 petits nés dans une hutte de branchages ou un terrier creusé dans la berge, et sevrés entre 6 et 8 semaines.
Un statut de conservation qui reste à surveiller
Classé préoccupation mineure par l’UICN, le castor d’Europe fait face à la destruction et à la fragmentation de son habitat, ainsi qu’à la concurrence croissante du castor canadien dans le nord du continent. Le maintien de ses effectifs dépend directement de la protection des zones humides qu’il façonne lui-même.
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