À Olmeta di Tuda, en Corse, une action pour les tortues d’Hermann

Sommaire6 sections
  1. 01Une tortue endémique et menacée
  2. 02Une reproduction lente qui rend chaque individu précieux
  3. 03Le rôle de l’association Pettirossu
  4. 04Pourquoi la remise en liberté prend du temps
  5. 05Un refuge pour accueillir davantage d’animaux
  6. 06Comment participer

À Olmeta di Tuda, en Haute-Corse, l’association Pettirossu lève des fonds pour bâtir un refuge dédié aux tortues d’Hermann. La collecte vise 70 000 euros, une somme qui vient compléter des subventions déjà accordées par l’État et la région. L’espèce, protégée depuis 1979 en France, ne peut être relâchée dans la nature sans un protocole précis.

Une tortue endémique et menacée

La tortue d’Hermann, Testudo hermanni, est la seule tortue terrestre autochtone de France métropolitaine. Deux sous-espèces se partagent le pourtour méditerranéen : hermanni en Corse, dans le Var et en Espagne, boettgeri plus à l’est, dans les Balkans et en Italie. Sa carapace bombée, brune et jaune, ne dépasse guère vingt centimètres, mais l’animal peut vivre au-delà de soixante-dix ans à l’état sauvage. C’est justement cette longévité qui pousse certains particuliers à la détenir illégalement, comme un animal de compagnie qu’on garde toute une vie.

L’Union internationale pour la conservation de la nature la classe quasi menacée. En cause : les incendies qui ravagent le maquis corse, l’urbanisation du littoral, les collisions avec les engins agricoles dans les zones cultivées, et les collectes illégales par des particuliers séduits par sa longévité et son allure paisible. La population corse, longtemps considérée comme la plus importante de France, reste fragmentée par ces pressions cumulées.

Une reproduction lente qui rend chaque individu précieux

La femelle pond une à trois fois par saison, entre mai et juillet, des pontes de deux à cinq œufs enfouis dans un trou creusé au soleil. L’incubation dure de deux à trois mois selon la température du sol, et le sexe des juvéniles dépend justement de cette chaleur : plus il fait chaud, plus les naissances de femelles dominent. Les jeunes tortues n’atteignent leur maturité sexuelle qu’entre dix et vingt ans, un rythme si lent qu’une population met des décennies à se reconstituer après une perte massive, par exemple lors d’un incendie de grande ampleur dans le maquis.

Cette lenteur biologique explique pourquoi chaque tortue prélevée illégalement pèse lourd dans le bilan d’une population locale. Une femelle capturée avant d’avoir pu se reproduire plusieurs fois est, à l’échelle de l’espèce, une perte qui ne se rattrape pas en une saison.

Le rôle de l’association Pettirossu

Créée en 2018 à Olmeta di Tuda, Pettirossu gère un centre de sauvegarde qui accueille l’ensemble de la faune sauvage blessée ou malade de Corse, à l’exception des grands mammifères. Les tortues d’Hermann saisies par les douanes ou par l’Office français de la biodiversité chez des détenteurs illégaux y arrivent régulièrement, souvent affaiblies ou porteuses de maladies contractées en captivité, où elles vivent parfois des années dans un simple bac sans accès à un maquis naturel. L’équipe mêle soignants salariés, vétérinaires bénévoles, stagiaires et jeunes en service civique, une organisation courante dans les centres de sauvegarde français, financés en grande partie par des dons privés faute de moyens publics suffisants.

Pourquoi la remise en liberté prend du temps

Une tortue saisie ne rejoint pas directement le maquis. Il faut d’abord confirmer par test génétique qu’elle appartient bien à la sous-espèce corse, faute de quoi son relâcher introduirait des gènes étrangers dans une population déjà fragile. Ce risque, appelé pollution génétique, peut affaiblir la résistance d’une population locale sur plusieurs générations si des croisements avec une lignée différente s’y installent durablement.

Vient ensuite un dépistage sanitaire, notamment de l’herpèsvirus, une infection respiratoire qui circule dans les populations captives et peut décimer un groupe sauvage si elle s’y propage. Une tortue porteuse mais asymptomatique peut contaminer tout un site de réintroduction sans qu’aucun signe extérieur ne l’annonce, d’où l’importance d’un dépistage systématique avant tout relâcher.

Ce n’est qu’après ces deux étapes, qui peuvent prendre plusieurs mois, qu’un site de réintroduction adapté est choisi avec les autorités environnementales, en tenant compte de la densité déjà présente et de la qualité du maquis alentour.

Un refuge pour accueillir davantage d’animaux

Les 70 000 euros recherchés financent l’autofinancement du projet, le solde venant de subventions publiques régionales et étatiques. Le futur bâtiment permettra d’augmenter la capacité d’accueil du centre et d’améliorer les conditions de soin, notamment pour isoler les tortues porteuses de maladies contagieuses le temps du traitement, une séparation aujourd’hui difficile à assurer faute d’espace suffisant. Il doit aussi offrir des enclos extérieurs plus vastes, propices à une acclimatation progressive avant le retour définitif au maquis.

Comment participer

Trois façons de soutenir le projet existent aujourd’hui.

  • Faire un don via la campagne de financement participatif hébergée sur HelloAsso.
  • Partager la cagnotte pour élargir le cercle des donateurs.
  • Proposer du bénévolat ou des compétences de soin auprès de l’association.

L’association Pettirossu détaille le projet et son avancement sur sa page de collecte, où figure aussi le récapitulatif des animaux déjà pris en charge à Olmeta di Tuda. Chaque don, même modeste, rapproche l’association du seuil qui permettra de lancer la construction et d’offrir à ces tortues un abri digne de leur longévité.

Résumer cet article avec :

Partager :