Le milieu benthique : la vie au fond des océans et ce qui la menace

plongez dans l'univers fascinant du milieu benthique et découvrez les secrets de la vie océanique au fond des mers. explorez l'écosystème unique, ses habitants mystérieux et l'importance cruciale de cet environnement pour la santé des océans.
Sommaire6 sections
  1. 01Le contact avec le fond, seul critère qui compte
  2. 02Une vie qui se passe souvent du soleil
  3. 03Vivre à plat sur le fond
  4. 04Des filtreurs qui nettoient l’eau
  5. 05Une carcasse de baleine peut nourrir un fond marin pendant des décennies
  6. 06Des fonds sous pression directe

À plus de 2 500 mètres de profondeur, dans l’obscurité totale d’une source hydrothermale du Pacifique, des vers tubicoles de deux mètres de long vivent sans bouche ni tube digestif. Ils survivent grâce à des bactéries logées dans leur corps, qui tirent leur énergie du soufre plutôt que du soleil. C’est le milieu benthique dans sa version la plus extrême : tout ce qui vit posé, fixé ou enfoui sur le fond, de la vasière côtière jusqu’aux fosses les plus profondes.

Le contact avec le fond, seul critère qui compte

fond marin rocheux couvert d’étoiles de mer, d’oursins et de coraux

Le benthos regroupe tous les organismes liés au substrat, qu’ils y soient fixés à vie comme une moule ou une éponge, ou qu’ils s’y déplacent en permanence comme un crabe ou une étoile de mer. La différence avec le monde pélagique en pleine eau tient à un seul critère : le contact avec le fond, pas la profondeur. Une moule accrochée à un rocher à trois mètres sous la surface est aussi benthique qu’une palourde enfouie dans la vase à 4 000 mètres.

Une vie qui se passe souvent du soleil

Dans la zone littorale et sur le plateau continental, jusqu’à environ 200 mètres, la lumière atteint encore le fond et permet aux algues de pousser, nourrissant oursins et gastéropodes brouteurs. Au-delà, sur la pente continentale puis les grandes plaines abyssales, entre 2 000 et 6 000 mètres, l’obscurité est totale et rien n’y pousse par photosynthèse. La plupart des organismes benthiques profonds dépendent alors de la « neige marine », des débris organiques qui tombent depuis les eaux de surface, parfois pendant des semaines avant d’atteindre le fond.

Les sources hydrothermales font exception. Découvertes en 1977 sur la dorsale des Galápagos, elles abritent des communautés entières bâties sur la chimiosynthèse : des bactéries oxydent le sulfure d’hydrogène rejeté par les cheminées volcaniques et produisent de la matière organique sans aucune lumière. Le ver tubicole géant Riftia pachyptila, qui peut atteindre deux mètres, héberge ces bactéries dans un organe spécialisé et n’a plus besoin de digérer quoi que ce soit par lui-même.

Vivre à plat sur le fond

Les poissons benthiques ont développé des morphologies très différentes selon leur lignée. Les raies, poissons cartilagineux, naissent déjà aplaties dorso-ventralement : la forme fait partie de leur anatomie de base. Les soles et autres poissons plats, eux, naissent symétriques comme n’importe quel poisson, puis subissent une métamorphose au cours de laquelle un œil migre littéralement de l’autre côté de la tête, pour que l’animal puisse se coucher sur un flanc et présenter ses deux yeux vers le haut. Ce sont deux solutions différentes au même problème : se fondre dans un fond sableux pour échapper aux prédateurs.

Des filtreurs qui nettoient l’eau

Les mollusques bivalves fixés au substrat, moules et huîtres, jouent un rôle mécanique concret : une huître adulte peut filtrer plusieurs dizaines de litres d’eau par jour, retenant particules et micro-organismes en suspension. À l’échelle d’un banc naturel, cette activité améliore mesurablement la clarté de l’eau environnante, ce qui explique l’intérêt croissant pour la restauration des récifs d’huîtres dans les baies polluées.

Les étoiles de mer, elles, régulent la biodiversité par la prédation plutôt que par la filtration. L’exemple le plus documenté reste l’expérience du biologiste Robert Paine, qui a retiré des étoiles de mer Pisaster ochraceus d’une zone rocheuse du Pacifique en 1963 : en quelques années, les moules qu’elles chassaient d’ordinaire ont envahi tout l’espace disponible, faisant chuter la diversité d’espèces sur le site de quinze à moins de dix. C’est l’une des premières démonstrations expérimentales d’une espèce clé de voûte.

Une carcasse de baleine peut nourrir un fond marin pendant des décennies

Quand une baleine meurt en pleine mer et que son corps coule jusqu’au fond, il donne naissance à un écosystème temporaire appelé « chute de baleine », observé pour la première fois par submersible en 1987 au large de la Californie. La carcasse, qui peut peser plusieurs dizaines de tonnes, nourrit d’abord des charognards comme les requins dormeurs, puis des vers spécialisés du genre Osedax, surnommés « vers zombies », qui n’ont ni bouche ni estomac et digèrent directement la graisse contenue dans les os grâce à des bactéries symbiotiques. Ce festin peut se prolonger plusieurs décennies sur un même squelette, avant que les derniers minéraux osseux ne soient consommés.

Des fonds sous pression directe

Contrairement au milieu pélagique, le milieu benthique subit des atteintes physiques directes : le chalutage de fond racle des kilomètres de substrat en une seule passe et peut détruire en quelques minutes des récifs de coraux d’eau froide, comme Lophelia pertusa, qui ne croissent pourtant que de quelques millimètres par an et mettent des siècles à se reconstituer. La pollution par métaux lourds s’accumule aussi davantage dans les sédiments que dans l’eau libre, ce qui expose particulièrement les organismes filtreurs qui y vivent en permanence.

Résumer cet article avec :

Partager :