Canicule : points d’eau, pesticides et gestes utiles pour la faune
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Au plus fort de la canicule, un merle qui reste le bec ouvert sur une branche évacue sa chaleur, faute de glandes sudoripares, un geste sain chez l’oiseau. Un hérisson qui traîne en plein jour, lui, est en revanche un signal d’alerte. Quelques gestes simples, faits au bon moment, suffisent souvent à faire la différence pour la faune du jardin.
Pourquoi la chaleur les tue plus vite que nous
Un oiseau régule sa température par le halètement et par un tremblement rapide de la gorge, le « gulaire flutter », qui accélère l’évaporation au niveau des voies respiratoires. Un mammifère comme le hérisson transpire à peine et compte surtout sur l’ombre et l’inactivité diurne. Passé 35 degrés prolongés, ces mécanismes ne suffisent plus : la déshydratation s’installe en quelques heures chez un petit animal, bien plus vite que chez un être humain qui pèse cinquante fois plus.
De l’eau qui ne noie personne
Une soucoupe ou un couvercle de poubelle posé à l’ombre rend déjà service, à condition de rester peu profond : deux à trois centimètres d’eau suffisent. Ajoutez quelques cailloux ou une petite branche qui dépasse du bord : ils donnent une prise aux abeilles, aux bourdons et aux carabes tombés dedans, qui sinon s’y noient faute de pouvoir en ressortir. L’eau se réchauffe et s’évapore vite en plein soleil, changez-la chaque jour pour qu’elle reste buvable et qu’elle n’attire pas les moustiques.
Pesticides : la double peine
Un jardin traité perd d’un coup ses insectes, donc la nourriture des oiseaux et des hérissons, et contamine l’eau qui reste disponible. Les néonicotinoïdes, particulièrement toxiques pour les pollinisateurs, sont interdits en usage extérieur en France depuis 2018, mais d’autres produits continuent de circuler dans les jardins. Un désherbant ou un anti-limaces répandu juste avant une vague de chaleur prive la faune du peu de ressources qui lui reste pour s’en sortir.
Laisser un coin sauvage plutôt que tondre à ras
Une bande d’herbe non tondue garde l’humidité du sol et l’ombre au niveau du sol, là où vivent les insectes et où se cachent les jeunes hérissons. Un tas de bois, un tas de feuilles mortes ou une haie dense offrent un abri frais que ni une pelouse rase ni une terrasse ne peuvent remplacer. Ce sont souvent les recoins qu’on juge « mal entretenus » qui hébergent le plus de vie pendant une canicule.
Le geste qui tue sans le vouloir : le bol de lait
Face à un hérisson affaibli, le réflexe du lait de vache est le pire service à lui rendre. Comme la plupart des mammifères sauvages adultes, le hérisson est intolérant au lactose : ce lait provoque des diarrhées qui aggravent la déshydratation au lieu de la traiter. De l’eau claire, posée au sol dans une soucoupe peu profonde, est la seule boisson à proposer.
Qui appeler quand un animal ne va manifestement pas bien
Un animal sauvage trouvé haletant, immobile ou incapable de fuir ne doit pas être manipulé longuement ni gardé à la maison : le stress du contact humain aggrave souvent son état, et certaines espèces protégées ne peuvent légalement être détenues que par des structures habilitées. La France compte une centaine de centres de sauvegarde de la faune sauvage, répartis sur tout le territoire, capables de prendre en charge un animal en détresse le temps qu’il récupère. Le mettre à l’ombre, le couvrir d’un linge léger et contacter l’un de ces centres reste le geste le plus utile.
Prévenir plutôt que réparer
Parler de ces gestes à ses voisins multiplie leur effet : un point d’eau isolé au milieu de jardins traités et tondus à ras reste d’une utilité limitée. À l’échelle d’une rue ou d’un lotissement, quelques points d’eau partagés, une haie commune non taillée en pleine canicule et l’arrêt collectif des pesticides changent réellement la donne pour la faune locale, bien plus qu’une action isolée.
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