L’engoulevent d’Europe : plumage cryptique, vol silencieux et vie nocturne
Sommaire8 sections
- 01Un camouflage qui trompe même les ornithologues
- 02Une bouche immense pour un bec minuscule
- 03Un vol silencieux, hérité du même plumage que les chouettes
- 04Un chant que les campagnes anciennes prenaient pour une machine
- 05Une ponte à même le sol, sans le moindre nid
- 06Un insectivore strict, utile contre les ravageurs forestiers
- 07Un voyageur qui va bien plus loin que le Sahel
- 08Une espèce menacée par la disparition de ses landes
L'engoulevent d'Europe passe la journée immobile sur un tapis de feuilles mortes, si bien confondu avec le sol qu'on peut marcher à un mètre de lui sans le voir. C'est la nuit qu'il se révèle : un vol silencieux, une bouche démesurée pour un si petit oiseau, et un chant continu qui a longtemps fait croire aux paysans qu'une machine tournait dans les bois.
Un camouflage qui trompe même les ornithologues
L'engoulevent d'Europe, Caprimulgus europaeus, appartient à la famille des caprimulgidés, un groupe d'oiseaux nocturnes présent sur tous les continents sauf l'Antarctique. Son plumage strié de brun, de gris et de beige reproduit presque exactement la texture de l'écorce et des feuilles mortes sur lesquelles il se pose. Ce camouflage est si efficace que la plupart des observations de jour se font par hasard, en dérangeant l'oiseau au pas, plutôt qu'en le repérant à distance.
Une bouche immense pour un bec minuscule
Mesurant de 24,5 à 28 centimètres pour une envergure de 52 à 59 centimètres, l'engoulevent d'Europe pèse entre 60 et 100 grammes selon la saison. Son bec, à peine visible, cache une bouche qui s'ouvre presque jusqu'aux oreilles une fois déployée, bordée de longues soies raides qui agissent comme un filet pour capturer les insectes volants. Ses grands yeux noirs, adaptés à la vision nocturne, et ses ailes longues et pointues complètent une silhouette taillée pour la chasse au crépuscule.
Un vol silencieux, hérité du même plumage que les chouettes
L'engoulevent d'Europe partage avec les chouettes une structure de plumes qui absorbe le bruit de l'air, ce qui rend son vol quasiment inaudible. Il alterne des battements d'ailes souples avec de brefs vols stationnaires devant le feuillage, une technique de chasse qui lui permet de cueillir un papillon de nuit ou un hanneton sans jamais se poser.
Un chant que les campagnes anciennes prenaient pour une machine
Le chant du mâle, une sorte de ronronnement continu et monotone qui peut durer plusieurs minutes sans interruption, a valu à l'espèce le surnom d'« oiseau mobylette » dans plusieurs régions de France. Son cri d'alarme, plus bref, ressemble à un « couic » sec, très différent du chant territorial entendu au crépuscule et à l'aube pendant toute la période de reproduction.
Une ponte à même le sol, sans le moindre nid
L'engoulevent d'Europe ne construit aucun nid. La femelle pond ses deux œufs directement sur la litière de feuilles ou d'aiguilles, dans une simple dépression naturelle du sol. L'incubation dure environ 17 à 18 jours, assurée par les deux parents en alternance. Les poussins naissent couverts de duvet et restent près du nid, nourris par régurgitation, jusqu'à leur premier envol autour de 16 à 18 jours.
Un insectivore strict, utile contre les ravageurs forestiers
Toute son alimentation se compose d'insectes volants capturés en plein vol : papillons de nuit, hannetons, coléoptères et parfois des moustiques en grand nombre. En chassant les papillons nocturnes dont les chenilles s'attaquent aux jeunes pousses, l'engoulevent d'Europe régule certaines populations d'insectes forestiers considérées comme nuisibles en sylviculture.
Un voyageur qui va bien plus loin que le Sahel
Les premiers suivis par balise, menés au Royaume-Uni au début des années 2010, ont montré que les engoulevents d'Europe hivernent beaucoup plus au sud qu'on ne le pensait, certains individus atteignant la savane du sud de l'Afrique, au-delà même du bassin du Congo. Les oiseaux européens repartent en général fin août ou en septembre et reviennent nicher en avril ou en mai, un aller-retour de plusieurs milliers de kilomètres effectué presque entièrement de nuit.
Une espèce menacée par la disparition de ses landes
En France, l'engoulevent d'Europe est classé quasi menacé sur la liste rouge nationale des oiseaux nicheurs, un statut lié au recul des landes, des clairières forestières et des coupes rases jeunes, ses habitats de reproduction préférés. La fermeture des milieux ouverts par manque de gestion, tout comme leur disparition sous l'urbanisation, réduit chaque année les sites disponibles pour la nidification.
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