Des drones pour repérer les faons avant la fauche en montagne catalane

Sommaire7 sections
  1. 01Un réflexe de survie qui devient un piège
  2. 02Des caméras thermiques pour voir ce que l’œil ne voit pas
  3. 03Une initiative née en 2020, portée par des professionnels de l’aérien
  4. 04Un service gratuit qui repose sur la coopération avec les agriculteurs
  5. 05Le coût d’un drone thermique, frein principal à l’élargissement du dispositif
  6. 06Un résultat qui dépend surtout de la météo et du calendrier
  7. 07Que faire en tombant soi-même sur un faon caché

Chaque printemps, les faons naissent au moment précis où les agriculteurs coupent leurs prés. La biche cache son petit dans les hautes herbes et s’éloigne pour brouiller les pistes des prédateurs : un réflexe qui le protège du renard mais pas de la barre de coupe. Dans les Pyrénées-Orientales, des bénévoles équipés de drones à caméra thermique survolent désormais les parcelles avant la fauche pour repérer ces faons immobiles.

Par Marc Leclerc

Un réflexe de survie qui devient un piège

Le chevreuil et le cerf élaphe, les deux cervidés les plus présents dans les prairies de montagne catalane, mettent bas entre mai et juin, en pleine saison de fauche. Le faon reste tapi au sol, immobile, sans odeur perceptible pendant ses premiers jours : une stratégie efficace contre un renard ou un chien, inefficace contre un tracteur qui avance à plusieurs kilomètres par heure sans voir ce qui se cache dans l’herbe haute. La faucheuse ne s’arrête pas pour un animal invisible depuis la cabine.

Des caméras thermiques pour voir ce que l’œil ne voit pas

L’association Sauvons les faons fait voler des drones équipés de caméras thermiques au-dessus des parcelles avant fauche, tôt le matin quand l’écart de température entre le corps de l’animal et le sol encore frais est le plus net. Le pilote repère les points chauds sur l’écran de contrôle, localise leur position précise, puis prévient l’agriculteur avant qu’il n’engage sa machine. Le modèle est inspiré d’initiatives similaires nées en Allemagne, en Suisse, en Belgique et au Luxembourg, où la pratique est développée depuis plus longtemps.

Une initiative née en 2020, portée par des professionnels de l’aérien

Philippe Lesage et Alexandre Landry, deux professionnels de la télédétection aérienne, ont importé cette pratique en France en 2020. L’initiative a depuis rassemblé une soixantaine de pilotes bénévoles formés au pilotage et à la lecture des images thermiques, répartis sur plusieurs régions. Mary Soler, référente locale pour les Pyrénées-Orientales, souligne qu’il s’agit d’une première saison de survol pour la montagne catalane, un territoire où l’élevage et la fauche mécanisée cohabitent avec une forte densité de cervidés.

Un service gratuit qui repose sur la coopération avec les agriculteurs

Le survol est proposé gratuitement : l’agriculteur qui veut faire vérifier une parcelle avant de faucher remplit un formulaire en ligne, et un pilote se déplace dans les jours qui précèdent l’intervention prévue. Une fois un faon repéré, deux options s’offrent à l’exploitant : le déplacer temporairement dans une caisse ventilée à l’écart de la zone de coupe, en laissant la mère le retrouver après le passage de l’engin, ou baliser l’emplacement avec des piquets et de la rubalise pour que le tracteur contourne la zone.

Le coût d’un drone thermique, frein principal à l’élargissement du dispositif

Une caméra thermique embarquée capable de ce travail coûte entre 10 000 et 15 000 euros, un montant qui limite le nombre de parcelles couvertes chaque saison au regard des surfaces agricoles concernées. L’association fonctionne sur les dons et le bénévolat des pilotes, sans financement public structurel identifié à ce jour. Chaque appareil supplémentaire permet de suivre davantage d’exploitations pendant la fenêtre, courte, où la fauche et la mise bas se chevauchent.

Un résultat qui dépend surtout de la météo et du calendrier

L’efficacité du survol thermique baisse quand l’air est déjà chaud, parce que l’écart de température entre le sol et le corps de l’animal se réduit : les vols ont donc lieu tôt le matin, avant le lever du soleil ou juste après. Un décalage même modeste entre le repérage et la fauche effective peut aussi laisser le temps à une biche de déplacer son faon, ce qui explique pourquoi l’intervention se fait le plus près possible de la date de coupe prévue.

Que faire en tombant soi-même sur un faon caché

Contrairement à un oisillon, un faon découvert immobile dans l’herbe ne doit pas être manipulé si aucun danger immédiat ne le menace : chez les cervidés, un contact prolongé avec une odeur humaine peut, dans certains cas, conduire la mère à s’en désintéresser à son retour. La bonne réaction consiste à s’éloigner rapidement, sans le toucher, et à signaler sa position à l’association locale ou à la fédération de chasse du département si une fauche est prévue à proximité dans les jours qui suivent. La biche revient nourrir son petit plusieurs fois par jour, même en l’absence de tout signe visible pour l’observateur.

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