Le chevreuil : ses bois, son pelage, ses cris et sa vie en forêt
Sommaire7 sections
Le chevreuil porte des bois, jamais des cornes : les siens tombent chaque hiver et repoussent au printemps, ce qu'aucune corne ne fait. Mais son trait le plus singulier reste invisible à l'œil nu. Seul ongulé sauvage d'Europe à pratiquer l'implantation différée de l'embryon, il s'accouple en été pour ne mettre bas qu'au printemps suivant, près de dix mois plus tard.
Un cervidé aux bois, jamais aux cornes
Le chevreuil, Capreolus capreolus, est un petit cervidé de forêts et de lisières. Les femelles mesurent de 90 à 105 centimètres de long, les mâles de 105 à 120 centimètres, pour une hauteur au garrot de 55 à 65 centimètres chez les femelles et de 62 à 72 centimètres chez les mâles. Le poids varie de 10 à 20 kilogrammes pour les femelles et de 15 à 30 kilogrammes pour les mâles.
Seuls les mâles portent des bois, une matière osseuse caduque qui tombe chaque année entre octobre et décembre puis repousse sous un velours protecteur. Adultes, ces bois comptent le plus souvent trois pointes et atteignent environ 25 centimètres. Ils servent surtout de démonstration face à un rival : le combat direct, cornes contre cornes chez d'autres espèces, reste rare chez le chevreuil, qui préfère l'intimidation et la course-poursuite.
Une silhouette sans queue visible
Le chevreuil n'a pas de queue absente à proprement parler, mais un moignon caudal de deux à trois centimètres, presque toujours dissimulé dans le pelage. Ce détail contribue à son allure svelte et sert aussi de repère : la tache blanche du fessier, en forme de cœur chez la femelle et de haricot chez le mâle, se distend visiblement quand l'animal est alarmé, un signal que les autres chevreuils du secteur repèrent aussitôt.
Sa vitesse de pointe tourne autour de 50 kilomètres à l'heure sur de courtes distances, loin des 95 kilomètres à l'heure parfois avancés. Il reste en revanche un sauteur redoutable, capable de franchir 2 mètres de haut et 6 mètres de long en un seul bond pour passer une clôture ou un fossé.
L'aboiement, un cri d'alerte avant tout
Le chevreuil aboie, un son rauque et répété qu'on entend surtout au crépuscule. Contrairement à une idée reçue, ce n'est pas d'abord un chant nuptial : c'est avant tout un cri d'alarme, émis par les deux sexes quand un promeneur, un chien ou un prédateur s'approche trop près. Les mâles émettent aussi, pendant le rut de juillet et août, un raclement plus rauque destiné à signaler leur présence aux rivales et aux femelles en chasse.
Le seul ongulé d'Europe à retarder sa gestation
Cette implantation différée est unique parmi les ongulés sauvages du continent européen. Elle permet au chevreuil de séparer la période de l'accouplement, calée sur l'abondance estivale, de celle de la mise bas, calée sur le retour du printemps. Aucun autre cervidé ou bovidé européen ne procède ainsi : le cerf ou le sanglier suivent un cycle de gestation continu, sans pause embryonnaire.
Le daim, confondu à tort avec le chevreuil
Sur le terrain, on confond souvent le chevreuil avec un jeune daim. Le daim est pourtant nettement plus grand, porte une queue longue et visible, marquée de noir dessus et de blanc dessous, qu'il agite en permanence en marchant, quand celle du chevreuil reste invisible. Ses bois d'adulte, en palette aplatie, n'ont rien à voir avec les tiges fines à trois pointes du chevreuil. La robe tachetée, elle, ne suffit pas à les distinguer : les faons des deux espèces la portent, et certains daims adultes la gardent toute leur vie.
Vie solitaire et régime opportuniste
Le chevreuil vit seul ou en petits groupes de femelles avec leurs faons, plutôt qu'en grande harde. Il fréquente les lisières boisées offrant à la fois couvert et zones dégagées pour se nourrir, et défend un domaine vital de quelques dizaines d'hectares qu'il marque par frottis sur les jeunes arbres. Son régime associe jeunes pousses, feuillage, ronces, lierre et fruits selon la saison, avec une nette capacité à s'adapter aux cultures agricoles en lisière de forêt.
Une espèce commune mais pas partout épargnée
Classé en préoccupation mineure par l'Union internationale pour la conservation de la nature, le chevreuil reste l'un des cervidés les plus abondants d'Europe, avec plusieurs millions d'individus sur le continent. Les collisions routières et la fragmentation des forêts par les infrastructures constituent aujourd'hui ses principales causes de mortalité non naturelle, loin devant la prédation, quasiment absente en France depuis la disparition du loup au dix-neuvième siècle et son retour encore limité.
Résumer cet article avec :
Partager :
