Le mandrill : visage coloré, hiérarchie et vie en horde
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Un mâle dominant se reconnaît de loin, sans avoir besoin de se battre : plus son rang est élevé, plus son museau bleu et son postérieur sont vifs en couleur. Chez le mandrill, la teinte fait office de carte de visite sociale. On le confond souvent avec le drill, son plus proche parent, qui vit pourtant de l’autre côté d’un fleuve et n’a pas une once de bleu sur le visage.
Le plus grand des singes, mais surtout les mâles
Le mandrill, Mandrillus sphinx, vit au sud du fleuve Sanaga, au Cameroun, au Gabon, en Guinée équatoriale continentale et en République du Congo. C’est le plus lourd des singes au monde : un mâle adulte dépasse souvent 30 kg, soit près du triple d’une femelle, ce qui en fait l’un des primates les plus dimorphes qui existent. Les mâles mesurent de 75 à 95 cm de corps, les femelles de 50 à 65 cm.
Le visage et le postérieur comme signal de rang
Le museau du mandrill porte des crêtes osseuses striées de bleu, un nez rouge vif et des lèvres rouges, tandis que l’arrière-train affiche des teintes allant du bleu au violet, parfois jusqu’au rose du scrotum. Ces couleurs ne sont pas décoratives : leur intensité suit de près le taux de testostérone et le rang social du mâle, si bien qu’un dominant affiche des couleurs nettement plus vives qu’un subordonné du même groupe. Le classement se lit donc sur la peau, sans qu’un affrontement soit nécessaire pour l’établir.
Ne pas le confondre avec le drill
Le drill, Mandrillus leucophaeus, occupe la zone symétrique, au nord du fleuve Sanaga, entre le Nigeria, le Cameroun et l’île de Bioko. Son visage est entièrement noir et luisant, entouré d’une collerette de poils blancs, avec une barbe blanche là où le mandrill porte une barbe orangée. Les deux espèces ne se rencontrent jamais dans la nature, séparées par le même cours d’eau qui a longtemps servi de frontière à leur évolution respective.
Des hordes de plusieurs centaines d’individus
Les mandrills forment des groupes appelés hordes, qui peuvent compter jusqu’à environ 800 individus lors des rassemblements les plus larges, ce qui en fait l’un des groupements sociaux les plus nombreux connus chez les primates non humains. Les femelles et les jeunes occupent le centre de la horde, les mâles se répartissant plutôt en périphérie. Cette taille rend l’espèce difficile à observer, malgré son effectif, tant la forêt équatoriale dense limite la visibilité.
Le répertoire vocal comprend des gémissements, des grognements, des hurlements et des aboiements, chacun associé à un contexte précis, de l’alerte au contact rassurant entre membres du groupe. Le toilettage mutuel occupe une place importante dans la vie sociale et sert autant à entretenir le pelage qu’à consolider les liens hiérarchiques.
Un régime de fruits et d’opportunités
Le mandrill n’est pas un pur herbivore : son alimentation, dite éclectique, associe fruits, feuilles, insectes et petits vertébrés selon ce que la forêt propose au fil des saisons. Cette variété alimentaire limite l’impact d’une mauvaise saison de fructification sur une seule ressource et contribue, en retour, à la dispersion des graines des arbres dont il consomme les fruits.
Une espèce vulnérable, ciblée pour sa viande
L’UICN classe le mandrill parmi les espèces vulnérables, et le drill est plus menacé encore, classé en danger. La chasse pour la viande de brousse, encouragée par un prix de vente élevé sur les marchés urbains, s’ajoute à la déforestation liée à l’exploitation forestière et aux routes qui l’accompagnent. Ces routes facilitent aussi bien le transport du bois que l’accès des chasseurs à des zones auparavant difficiles d’accès, ce qui aggrave la pression sur les deux espèces du genre Mandrillus.
Observer un mandrill dans son milieu reste rare, réservé à quelques réserves forestières du Gabon où les hordes sont suivies depuis des années. C’est là, plus que dans la description d’un pelage coloré, que se mesure la valeur de cette espèce pour la forêt qu’elle habite.
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