Le gélada : poitrine rouge, plateaux d’Éthiopie et groupes matriarcaux
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De loin, avec sa face sombre et sa posture assise dans l'herbe, le gélada ressemble à un babouin. Il n'en est pas un : il appartient à un genre à lui seul, Theropithecus, et il est le seul primate au monde dont l'alimentation repose presque exclusivement sur l'herbe. Endémique des hauts plateaux d'Éthiopie, il y forme les plus grands rassemblements connus chez un primate sauvage, parfois plusieurs centaines d'individus réunis sur un même versant.
Un cousin des babouins, pas un babouin
Le gélada est un cercopithécidé, comme les babouins et les macaques, mais il forme une branche à part, isolée depuis plusieurs millions d'années. Les femelles mesurent entre 50 et 65 cm de long pour 10 à 15 kg, les mâles entre 70 et 75 cm pour 18 à 22 kg : un dimorphisme sexuel marqué, renforcé chez les mâles adultes par une longue crinière de poils sur la nuque et les épaules, absente chez les femelles.
Le trait le plus reconnaissable reste la plaque de peau nue, rose à rouge vif, en forme de sablier sur la poitrine des deux sexes. Chez les femelles, elle se couvre de petites vésicules qui gonflent au moment de l'ovulation, un signal visuel de fertilité qui joue le même rôle que les tumescences génitales observées chez d'autres primates, mais déplacé sur le torse. C'est cette marque qui a valu au gélada son surnom de « singe au cœur saignant ».
Le seul primate largement graminivore
Le gélada tire environ 90 % de son alimentation des graminées : feuilles, tiges et surtout graines des herbes qui couvrent les plateaux éthiopiens entre 1 800 et 4 400 m d'altitude. Aucun autre primate ne dépend à ce point de l'herbe, un aliment pauvre et abrasif que la plupart des singes évitent. Ses mains, dotées d'un pouce opposable très mobile, lui permettent d'arracher les brins d'herbe et de trier les graines avec une précision comparable à celle d'un doigt humain.
Sa denture s'est adaptée en conséquence, avec des molaires à haute couronne qui résistent à l'usure provoquée par les particules de silice présentes dans les graminées. Cette contrainte alimentaire pousse le gélada à passer l'essentiel de ses journées assis, penché en avant, à cueillir l'herbe brin par brin plutôt qu'à se déplacer pour chercher de la nourriture, à l'inverse des babouins, davantage omnivores et mobiles.
Des groupes qui rassemblent des centaines d'individus
L'unité de base du gélada est le harem, un mâle entouré de plusieurs femelles et de leurs petits. Plusieurs harems, accompagnés de mâles célibataires, se regroupent en bandes qui peuvent réunir plusieurs centaines d'animaux lors des périodes de pâture abondante, formant l'un des plus grands rassemblements documentés chez un primate non humain. Ces bandes se dispersent ensuite en unités plus petites pour la nuit, quand les animaux se réfugient sur les corniches rocheuses des falaises, hors de portée des léopards.
- Les femelles restent liées à leur harem d'origine toute leur vie et choisissent le mâle dominant selon des alliances entre elles.
- Les mâles quittent leur groupe natal à la maturité et doivent conquérir ou hériter d'un harem ailleurs.
- Le toilettage mutuel, très fréquent, entretient les liens entre femelles bien plus qu'entre le mâle et son harem.
Un répertoire vocal étudié pour sa proximité avec la parole
Les géladas communiquent par une large gamme de cris, gémissements et grognements, mais aussi par une vocalisation particulière, faite de claquements de lèvres rythmés, que des chercheurs ont comparée aux cadences de la parole humaine plus qu'à n'importe quel autre cri de primate. Cette caractéristique, associée à leur vie en groupes complexes où la négociation sociale est constante, en fait un modèle étudié pour comprendre l'origine du langage articulé.
Statut et menaces
Le gélada est classé en préoccupation mineure par l'UICN, mais ses effectifs reculent localement à mesure que l'agriculture gagne les plateaux d'altitude et que le pâturage du bétail domestique entre en concurrence directe pour l'herbe. Il ne vit à l'état sauvage nulle part ailleurs qu'en Éthiopie, ce qui rend toute dégradation de cet habitat particulièrement risquée pour l'espèce entière.
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