Le bharal : vivre et se déplacer sur les pentes de l’Himalaya
Sommaire7 sections
- 01Bharal ou mouton bleu, un chaînon entre deux genres
- 02Des cornes recourbées, pas en spirale
- 03Vivre entre 3 000 et 5 500 mètres
- 04Une brouteuse d’herbe et de mousses
- 05Des hardes de femelles, des mâles à l’écart
- 06La proie de référence du léopard des neiges
- 07Une espèce répandue, contrairement à une idée reçue
Le bharal porte deux noms sur ce site et ailleurs, bharal et mouton bleu, pour un seul et même animal des hautes chaînes d’Asie. Sa place dans l’arbre du vivant reste discutée : ni tout à fait mouton, ni tout à fait chèvre, il occupe une position intermédiaire entre les deux genres. Il est surtout la proie de référence du léopard des neiges sur une grande partie de son aire.
Bharal ou mouton bleu, un chaînon entre deux genres
Le bharal, Pseudois nayaur, est appelé mouton bleu en français comme en anglais à cause de son pelage gris-bleuté, mais ce n’est pas un chamois, contrairement à ce qu’on lit parfois. Le chamois appartient à un genre distinct, propre aux montagnes d’Europe et du Proche-Orient. Le bharal, lui, partage des traits avec les moutons et avec les chèvres, ce qui en fait un cas d’école pour les taxonomistes : il grimpe et saute comme une chèvre, mais son comportement social et l’absence de glandes odorantes marquées le rapprochent davantage des moutons sauvages.
Des cornes recourbées, pas en spirale
Les mâles portent des cornes striées qui partent vers le haut et l’extérieur avant de se recourber vers l’arrière, un peu à la manière d’un point d’interrogation inversé, et non en spirale comme chez le markhor ou le bouquetin. Elles peuvent atteindre 80 centimètres chez les plus grands mâles. Les femelles portent des cornes plus courtes et plus fines. Le pelage, dense et gris-bleu en hiver, vire au brun plus terne en été, avec des marques noires sur le poitrail et les pattes chez les mâles adultes.
Vivre entre 3 000 et 5 500 mètres
Le bharal occupe les pentes rocheuses et les prairies alpines de l’Himalaya, du Karakoram, du plateau tibétain et de plusieurs chaînes d’Asie centrale, généralement entre 3 000 et 5 500 mètres d’altitude, parfois plus haut en été. Des sabots durs sur les bords et souples au centre lui donnent une adhérence remarquable sur la roche humide, tandis qu’un pelage dense et des glandes sudoripares réduites limitent la perte de chaleur dans un air raréfié et froid une bonne partie de l’année.
Une brouteuse d’herbe et de mousses
Le bharal se nourrit principalement d’herbes, de laîches et de mousses en été, et se rabat sur des arbustes bas, des lichens et des tiges sèches en hiver quand la neige couvre les prairies alpines. Contrairement à de nombreux ongulés de montagne qui migrent vers des altitudes plus basses en hiver, le bharal reste souvent sur des versants exposés au vent où la neige ne s’accumule pas, ce qui lui laisse un accès direct à la végétation rase. Cette stratégie limite les déplacements coûteux en énergie mais l’expose davantage au froid, compensé par un pelage dense et un métabolisme ralenti durant les mois les plus rudes.
Des hardes de femelles, des mâles à l’écart
Les bharals vivent en hardes de plusieurs dizaines d’individus, composées de femelles et de jeunes, tandis que les mâles adultes forment des groupes séparés en dehors de la saison des amours. Le rut se déroule de novembre à janvier, une période où les mâles se disputent l’accès aux femelles par des combats frontaux, cornes contre cornes. La gestation dure environ cinq mois et demi, et la mise bas d’un unique petit a lieu au début de l’été, quand l’herbe fraîche est disponible.
La proie de référence du léopard des neiges
Sur une grande partie de son aire, le bharal est la principale source de nourriture du léopard des neiges, un lien si étroit que la présence de l’un sert souvent d’indicateur de présence de l’autre pour les chercheurs de terrain. Le loup, le renard tibétain et l’aigle royal s’attaquent surtout aux jeunes et aux individus affaiblis. Cette relation prédateur-proie façonne une bonne part du comportement grégaire du bharal, dont la vigilance collective en harde compense la difficulté à fuir sur un terrain aussi accidenté.
Une espèce répandue, contrairement à une idée reçue
Le bharal est classé préoccupation mineure par l’UICN, avec une population totale estimée à plusieurs centaines de milliers d’individus répartis du Pakistan à la Mongolie, la majorité sur le plateau tibétain. Il ne s’agit donc pas d’une espèce au bord de l’extinction : les menaces restent localisées, liées au braconnage, à la concurrence avec le bétail domestique sur certains pâturages et, plus récemment, au recul du léopard des neiges qui bouleverse localement les équilibres entre prédateurs et proies. Le parc national de Hemis, au Ladakh, reste l’un des meilleurs sites au monde pour observer ensemble le bharal et le félin qui le chasse, sur des versants où les deux espèces se croisent presque quotidiennement en hiver.
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