La biocénose : les êtres vivants qui partagent un même milieu

découvrez la biocénose, un fascinant écosystème peuplé d'organismes interconnectés. plongez dans un monde vivant riche en biodiversité et explorez les interactions entre les espèces qui le composent.
Sommaire5 sections
  1. 01Un acacia, ses fourmis et un mutualisme fragile
  2. 02Biocénose et biotope, deux moitiés d’un même ensemble
  3. 03Trois niveaux qui font circuler l’énergie
  4. 04Quand un maillon manque, tout le reste se réorganise
  5. 05Pourquoi ce mécanisme concerne la conservation

Au Kenya, un acacia sifflant et les fourmis qui logent dans ses épines montrent ce qu’est vraiment une biocénose : un réseau de dépendances où retirer un maillon change tout le reste. Quand les grands herbivores disparaissent d’une parcelle, la relation entre l’arbre et ses gardiennes se défait en quelques années, et l’acacia en paie le prix. C’est ce mécanisme, plus qu’une définition, qui montre ce que recouvre le mot.

Un acacia, ses fourmis et un mutualisme fragile

acacia épineux de savane est-africaine avec ses épines gonflées habitées par des fourmis

Dans les savanes du Kenya, l’acacia sifflant (Vachellia drepanolobium) produit du nectar et des épines creuses qui logent des colonies de fourmis du genre Crematogaster. En échange du gîte et du couvert, ces fourmis attaquent en essaim tout herbivore qui mord une branche, girafe ou éléphant compris, ce qui protège l’arbre bien mieux que ses épines seules. Des chercheurs ont testé ce qui se passe quand on retire les grands herbivores d’une parcelle grâce à des enclos expérimentaux tenus depuis les années 1990 : privé de raison de se défendre contre le broutage, l’acacia réduit sa production de nectar, une espèce de fourmi moins protectrice colonise alors les épines, et l’arbre, moins bien gardé, devient deux fois plus susceptible de mourir d’un insecte xylophage qu’il tolérait auparavant.

Biocénose et biotope, deux moitiés d’un même ensemble

La biocénose désigne l’ensemble des organismes vivants, plantes, animaux, champignons et micro-organismes, qui occupent un même milieu et interagissent entre eux. Ce milieu physique, le sol, le climat, l’eau disponible, porte un nom distinct : le biotope. Les deux réunis forment l’écosystème, une unité que les écologues étudient rarement en séparant vivant et milieu, tant les deux se façonnent mutuellement. L’acacia sifflant illustre bien cette réciprocité : c’est parce que le sol argileux de ces savanes retient l’eau différemment que cette espèce d’acacia y domine, et c’est sa présence qui, à son tour, détermine quelles fourmis et quels herbivores peuvent y vivre.

La richesse d’une biocénose ne se mesure pas seulement au nombre d’espèces animales visibles. Un seul grand chêne européen peut héberger plusieurs centaines d’espèces d’insectes, de lichens et de champignons au cours de sa vie, certaines ne se développant que sur du bois mort après la chute de l’arbre. Cette dépendance à un stade précis, le bois mort, explique pourquoi une forêt trop systématiquement nettoyée perd une partie de sa biocénose sans qu’un seul arbre vivant n’ait disparu.

Trois niveaux qui font circuler l’énergie

Dans toute biocénose, l’énergie circule selon un schéma comparable, même si les espèces changent d’un continent à l’autre. Les producteurs, essentiellement des plantes vertes, captent l’énergie solaire par photosynthèse. Les consommateurs se répartissent en plusieurs étages : les herbivores se nourrissent directement des plantes, tandis que les prédateurs se nourrissent des herbivores. Les décomposeurs referment le cycle en recyclant la matière morte. Dans une savane est-africaine, ce dernier rôle revient en grande partie aux bousiers, des coléoptères capables d’enterrer en une seule nuit une masse de bouse plusieurs fois supérieure à leur propre poids, accélérant ainsi le retour des nutriments dans le sol au bénéfice des plantes qui nourrissent, plus loin dans la chaîne, les mêmes herbivores.

Quand un maillon manque, tout le reste se réorganise

Le retrait d’une espèce, prédateur ou proie, ne laisse jamais le reste de la biocénose inchangé. Dans le parc national de Yellowstone, aux États-Unis, la disparition puis la réintroduction des loups en 1995 a coïncidé avec une baisse de la pression de broutage exercée par les wapitis sur les jeunes saules et les peupliers des berges, une évolution que plusieurs équipes de recherche ont documentée même si son ampleur exacte reste discutée. Cette repousse partielle de la végétation riveraine a, à son tour, profité aux castors, dont les barrages modifient la forme des cours d’eau et créent de nouvelles zones humides pour d’autres espèces. Un seul prédateur, replacé au sommet de la chaîne, a ainsi pesé sur des maillons qui n’avaient, en apparence, aucun rapport direct avec lui.

Pourquoi ce mécanisme concerne la conservation

Comprendre une biocénose comme un réseau de dépendances change la manière de protéger une espèce menacée : il ne suffit pas de préserver l’animal lui-même, il faut aussi préserver les interactions dont il dépend et celles qu’il rend possibles pour d’autres. Retirer les grands herbivores d’une savane, comme dans l’expérience kényane sur l’acacia, ou retirer un grand prédateur, comme cela s’est produit à Yellowstone avant 1995, produit des effets qui se propagent sur plusieurs années avant de devenir visibles. C’est cette propagation lente, plus que la disparition immédiate d’une espèce, qui rend une biocénose difficile à réparer une fois déséquilibrée.

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