Sept expressions animalières et ce qu’elles doivent aux animaux

découvrez le sens caché de 7 expressions animalières courantes qui vous permettront de mieux saisir le langage fascinant des animaux. plongez dans cet article pour enrichir votre compréhension et votre relation avec nos amis à quatre pattes.
Sommaire7 sections
  1. 01Être rusé comme un renard
  2. 02Être malin comme un singe
  3. 03Avoir un œil de lynx
  4. 04Être fait comme un rat
  5. 05Avoir un caractère de cochon
  6. 06Dormir comme un loir
  7. 07Être un ours mal léché

Sept expressions animalières traversent le langage courant sans que leur histoire réelle suive toujours. Certaines reposent sur une observation juste, d’autres sur une croyance ancienne aujourd’hui démentie, d’autres encore sur une confusion de noms propres restée intacte des siècles plus tard. Voici, pour chacune, ce que l’étymologie établit vraiment, et ce qu’elle ne confirme pas.

Être rusé comme un renard

un renard roux assis, oreilles dressées, regard attentif tourné de côté

L’image du renard rusé ne vient pas d’abord des fables de La Fontaine, contrairement à une idée répandue, mais du Roman de Renart, un cycle de récits médiévaux composé à partir du douzième siècle. Le personnage y déjoue sans cesse les autres animaux, en particulier le loup Ysengrin, avec un succès littéraire tel que le nom commun goupil, qui désignait alors le renard en ancien français, a fini par disparaître au profit du prénom de ce héros rusé.

La Fontaine, au dix-septième siècle, n’a fait que prolonger une réputation déjà vieille de plusieurs centaines d’années. Sa fable du corbeau et du renard illustre la ruse par la flatterie, mais elle arrive après coup dans l’histoire de l’expression, elle ne la fonde pas.

Être malin comme un singe

Cette expression a changé de sens en cours de route. Au Moyen Âge, malin ne signifiait pas intelligent mais renvoyait au diable, appelé le Malin, et le singe figurait dans les bestiaires chrétiens comme une image du mal : un Physiologus, texte antique largement diffusé en Occident, le compare au diable en notant qu’il a une tête mais pas de queue, tout comme le Malin a eu un commencement mais n’aura pas de fin.

Le glissement vers le sens actuel s’est fait progressivement, à mesure que les singes devenaient des animaux de compagnie et de curiosité dans les cours européennes, et que leur habileté manuelle, plus que leur supposée nature diabolique, retenait l’attention.

Avoir un œil de lynx

L’expression ne vient pas du lynx mais d’un homonyme mythologique. Lyncée, un des Argonautes accompagnant Jason dans sa quête de la Toison d’or, passait pour voir à travers les nuages, le sol ou les murs. La proximité de son nom avec celui du félin a suffi à transférer sa légende sur l’animal, dans plusieurs langues européennes à la fois, le français, l’anglais, l’allemand, l’italien et l’espagnol.

Sur le plan biologique, le lynx n’a rien d’exceptionnel côté vision : sa vue est comparable à celle des autres félins de taille moyenne. Sa réputation de discrétion tient surtout à son talent pour repérer les humains et les éviter, pas à une acuité visuelle hors norme.

Être fait comme un rat

La comparaison entre une situation sans issue et un rat existe depuis le milieu du seizième siècle, avec des variantes anciennes comme pris et cuit comme un rat, attestée en 1725. La formule actuelle, être fait comme un rat, n’apparaît cependant par écrit qu’en 1932. Une hypothèse, non confirmée, la fait naître dans les tranchées de la Première Guerre mondiale, où la capture des rats qui pullulaient occupait une partie du quotidien des soldats.

Avoir un caractère de cochon

Contrairement à ce qu’on lit parfois, rien n’indique que le cochon devienne plus irritable en vieillissant : cette explication ne repose sur aucune source vérifiable. L’expression est attestée par écrit depuis le début du vingtième siècle, sans qu’un événement précis n’explique son apparition. Elle s’appuie plus probablement sur la réputation ancienne de l’animal, jugé têtu et imprévisible, une image renforcée par sa mauvaise vue, qui le pousse à réagir vivement à ce qu’il ne voit pas venir.

Dormir comme un loir

Le loir gris passe l’hiver en hibernation profonde, d’octobre à avril ou mai selon les régions, soit près de sept mois d’affilée, l’une des périodes les plus longues parmi les mammifères européens. Sa température corporelle chute alors jusqu’à approcher celle de son terrier, et son rythme cardiaque ralentit dans les mêmes proportions, ce qui a nourri l’image d’un sommeil aussi long qu’inébranlable.

Être un ours mal léché

L’expression repose sur une croyance très ancienne, déjà relayée dans l’Antiquité, selon laquelle l’ourson naissait informe et devait être façonné par le léchage répété de sa mère pour prendre une forme reconnaissable. Un individu mal léché restait donc grossier, inachevé, faute d’avoir reçu ce polissage maternel. La formule, dans son sens actuel de personne peu sociable, se fixe en français au dix-huitième siècle, bien après la naissance de la croyance elle-même.

Le rapprochement avec le tempérament solitaire de l’ours, animal qui évite le contact et vit à l’écart, a consolidé l’image jusqu’à aujourd’hui, longtemps après que la biologie a montré que les oursons naissent bel et bien formés, simplement très petits et peu développés à la naissance.

De ces sept expressions, seule celle du loir décrit un comportement animal fidèlement observé. Les six autres doivent leur origine à une croyance dépassée, une confusion de noms ou une légende littéraire, ce qui n’enlève rien à leur usage, mais éclaire ce qu’elles racontent vraiment.

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