L’avocette élégante : bec recourbé, zones humides et parade
Sommaire7 sections
L’avocette élégante balaie l’eau peu profonde de son bec recourbé vers le haut, de gauche à droite, comme une faux. Aucun autre limicole d’Europe ne pêche de cette façon. Recurvirostra avosetta niche en colonies sur les vasières, les lagunes salées et les étangs littoraux, du littoral atlantique jusqu’en Asie centrale.
Un bec en faux, unique chez les limicoles
L’avocette mesure entre 42 et 45 centimètres, pour une envergure proche de 78 centimètres et un poids de 250 à 400 grammes. Son plumage est pie : blanc dominant, calotte et nuque noires, deux bandes noires sur le dos et les ailes. Ses pattes bleu-gris, longues et fines, la portent haut au-dessus de l’eau. Le bec, fin et recourbé vers le haut sur toute sa longueur, est la pièce qui la distingue immédiatement de l’échasse blanche, avec laquelle elle partage souvent ses colonies et son bec droit et rose. Chez les juvéniles, le plumage reste brunâtre et moins contrasté durant les premiers mois, avant de virer au noir et blanc à l’approche de la maturité.
Des colonies sur vasières et lagunes littorales
L’espèce niche du sud de la Suède jusqu’en Asie centrale, en passant par les côtes atlantiques françaises, les lagunes méditerranéennes et la mer Caspienne. Elle recherche des sols nus ou peu végétalisés, souvent des îlots entourés d’eau, qui limitent l’accès aux prédateurs terrestres. Les populations d’Europe du Nord migrent en hiver vers les côtes atlantiques françaises, la péninsule Ibérique et l’Afrique de l’Ouest, jusqu’au golfe de Guinée. Une partie des oiseaux nichant en Méditerranée reste sédentaire toute l’année.
Une pêche collective, en balayant l’eau
Le bec de l’avocette porte, à sa pointe, une forte densité de récepteurs tactiles. L’oiseau marche dans l’eau ou la vase molle en balançant la tête de gauche à droite, bec entrouvert et immergé, pour détecter au toucher les petits crustacés, vers et larves d’insectes qui s’y cachent. Elle capture aussi de petits poissons en eau plus profonde, où elle nage volontiers malgré des pattes non palmées jusqu’au bout. Les groupes en quête de nourriture avancent souvent en ligne, ce qui augmente le nombre de proies débusquées par oiseau.
Nidification en colonie et ponte au sol
La saison de reproduction s’étend d’avril à juillet. Les couples nichent en colonies denses, parfois plusieurs dizaines de nids espacés de quelques mètres, une proximité qui multiplie les cris d’alerte face aux prédateurs. Le nid est une simple dépression grattée dans le sol nu, garnie de quelques brins d’herbe ou de coquillages. La femelle y pond généralement quatre œufs, couvés par les deux parents pendant vingt-trois à vingt-cinq jours. Les poussins, nidifuges, quittent le nid quelques heures après l’éclosion et savent nager presque aussitôt.
Une comédienne face aux prédateurs
Quand un renard ou un busard approche trop près du nid, l’adulte quitte sa couvée en traînant une aile au sol, comme blessée, et s’éloigne en boitant pour attirer le prédateur loin des œufs. Ce comportement de diversion, courant chez plusieurs limicoles, cesse dès que le danger est suffisamment écarté : l’oiseau reprend alors son vol normal et revient discrètement vers la colonie.
Symbole d’une reconquête, au Royaume-Uni
L’avocette élégante avait disparu comme nicheuse d’Angleterre au milieu du dix-neuvième siècle, victime de la chasse et de l’assèchement des marais côtiers. Elle y est revenue nicher en 1947, sur des zones humides du Suffolk inondées pendant la guerre pour des raisons de défense militaire. Cette reconquête a fait de l’espèce l’emblème de la Royal Society for the Protection of Birds depuis 1970, dont elle orne toujours le logo.
Des menaces surtout liées aux zones humides
Le milan noir, la mouette rieuse et le busard des roseaux prélèvent œufs et jeunes dans les colonies, surtout lorsque les niveaux d’eau montent et rapprochent les nids des berges. La destruction et l’assèchement des zones humides côtières restent la principale pression sur l’espèce, davantage que la prédation naturelle. L’Union internationale pour la conservation de la nature classe l’avocette élégante en préoccupation mineure : ses effectifs européens sont globalement stables, portés par la protection de réserves comme celles de la baie de l’Aiguillon ou du bassin d’Arcachon.
Sur le terrain, c’est souvent le mouvement qui trahit l’avocette avant sa silhouette : ce balancement régulier de la tête, bec dans l’eau, ne trompe pas. Aucun autre oiseau des vasières européennes ne pêche de cette manière.
Résumer cet article avec :
Partager :
