Le dik-dik argenté : morphologie et vie en Afrique de l’Est
Le dik-dik argenté tient dans les bras d’un enfant : trois kilos au maximum, une trentaine de centimètres au garrot, et un museau allongé en trompe courte qui lui sert de climatiseur. C’est la plus petite des quatre espèces de dik-diks, et l’une des antilopes les plus rares d’Afrique, confinée à une bande de buissons épineux le long de la côte somalienne. On la connaît si mal que l’Union internationale pour la conservation de la nature la classe toujours parmi les espèces aux données insuffisantes.
Une antilope naine de la famille des bovidés
Madoqua piacentinii appartient aux bovidés, comme le bœuf, la chèvre ou le gnou, et plus précisément à la tribu des néotragins qui rassemble les antilopes naines. Elle rumine, elle porte des cornes creuses qui ne tombent pas, et seul le mâle en a : rien d’un rongeur, rien d’un cervidé.
Ces cornes mesurent trois à cinq centimètres, sont annelées à la base et disparaissent en partie sous la houppe de poils dressés qui couronne le front. C’est un détail utile sur le terrain : une silhouette sans cornes visibles n’est pas forcément une femelle.
Trois kilos et un museau qui refroidit le sang
Un adulte mesure 45 à 50 centimètres de la tête à l’arrière du corps, se tient à 30 ou 33 centimètres au garrot et pèse 2 à 3 kilos. La queue, longue de trois à cinq centimètres, se remarque à peine. Le dos est gris argenté finement moucheté, les flancs et les pattes fauve roux, le ventre presque blanc.
Le museau des dik-diks est renflé et mobile, parcouru d’un lacis de vaisseaux sanguins. Quand la température monte, l’animal accélère sa respiration nasale : l’évaporation à la surface de cette muqueuse refroidit le sang qui repart vers le cerveau. Il tient ainsi dans un milieu sec sans transpirer, donc sans gaspiller une goutte d’eau.
Sous chaque œil s’ouvre une glande préorbitaire noire et bien visible. Le couple y enduit les brindilles à hauteur de tête, en complément des crottiers communs déposés aux limites du territoire. Le nom de l’animal vient de son cri d’alarme, un sifflement nasal répété que les langues locales ont transcrit en dik-dik ou zik-zik, et que la femelle lance plus souvent que le mâle.
Un endémique de la côte somalienne
L’aire connue se limite à une étroite bande côtière de la Somalie, approximativement de la région de Hobyo au nord jusqu’aux abords de Kismayo au sud, avec quelques observations dans le sud-est de l’Éthiopie. On parle de quelques centaines de kilomètres de littoral, pas de l’Afrique de l’Est au sens large.
Le milieu est toujours le même : fourré dense et bas, dunes fixées, buissons épineux d’acacias et de commiphoras, sur sol sableux. L’animal ne s’aventure pas en terrain découvert et dépend de cette couverture continue pour se déplacer. C’est ce qui rend son sort si étroitement lié à celui d’un habitat unique.
Des feuilles, des bourgeons, presque pas d’herbe
Contrairement à ce qu’on lit souvent, le dik-dik ne mange presque pas d’herbe. C’est un cueilleur sélectif qui prélève des feuilles, des jeunes pousses, des bourgeons, des fleurs et des fruits tombés, à la hauteur qu’atteint son petit gabarit. Sa bouche étroite et sa langue mobile trient feuille à feuille les espèces les plus riches en eau et en protéines.
Il rumine, comme tous les bovidés, et tire ainsi le maximum d’une ration très réduite. Son activité se concentre à l’aube, au crépuscule et pendant une partie de la nuit ; aux heures chaudes, il reste couché à l’ombre d’un buisson.
Un couple pour la vie sur quelques hectares
Le dik-dik argenté est monogame. Mâle et femelle occupent ensemble un territoire de quelques hectares, qu’ils marquent et parcourent selon des sentiers fixes, et qu’ils gardent souvent plusieurs années. Le mâle chasse les intrus de son sexe par des poursuites courtes ; les affrontements sérieux sont rares chez un animal de ce poids.
La femelle met bas un seul petit après une gestation d’environ cinq mois et demi, et peut avoir deux mises bas par an quand les conditions le permettent. Le faon reste caché dans la végétation les premières semaines, la mère venant l’allaiter à intervalles réguliers, puis il est sevré vers trois ou quatre mois. Les femelles sont aptes à se reproduire avant un an, les mâles un peu plus tard, et le jeune est expulsé du territoire parental peu après.
Dans un fourré aussi dense, les prédateurs qui comptent sont le caracal et le chacal, pas les grands félins des documentaires. Genettes et rapaces se servent surtout sur les faons restés seuls.
Ce qui le sépare du dik-dik de Salt
Le dik-dik de Salt, Madoqua saltiana, occupe la même corne de l’Afrique et se rencontre parfois dans les mêmes secteurs. Le dik-dik argenté s’en distingue par une taille inférieure, un dos nettement gris argenté sans les nuances rousses marquées du dos de son cousin, et par son cantonnement strict à la frange côtière sableuse, alors que l’autre monte à l’intérieur des terres et en altitude.
Une espèce mal comptée et mal protégée
L’espèce figure sur la liste rouge sous la catégorie des données insuffisantes. Le chiffre de trente mille individus qui circule vient d’une estimation des années 1990, jamais réactualisée sur le terrain : il faut le lire comme un ordre de grandeur ancien, pas comme un recensement.
Les pressions sont identifiées : coupe des buissons pour la production de charbon de bois, qui détruit exactement la strate dont dépend l’animal, surpâturage du bétail dans les mêmes fourrés, et chasse de subsistance. À cela s’ajoute l’obstacle le plus banal, celui qui explique la catégorie des données insuffisantes : l’insécurité durable en Somalie empêche depuis des décennies le moindre suivi sérieux de population.
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