Le cobe de Mrs Gray : pelage, plaines d’Afrique de l’Est et mœurs
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Le cobe de Mrs Gray, aussi appelé cobe lechwe du Nil, ne vit nulle part ailleurs que dans les immenses marais du Soudan du Sud et le sud éthiopien voisin. Là, dans le Sudd, une zone humide grande comme la Belgique, les mâles arborent un pelage roux orangé tranché de noir sur le ventre et les pattes, une livrée que ne partage aucun autre cobe d’Afrique. L’espèce, aujourd’hui menacée, illustre à quel point la biologie d’un animal peut dépendre du sort d’un seul territoire.
Description physique du cobe de Mrs Gray
Kobus megaceros, son nom scientifique, appartient au même genre que le cobe de Buffon mais s’en distingue nettement par la couleur. Le mâle adulte présente un pelage orangé à châtain, contrastant avec des zones noires sur le poitrail, le ventre et les pattes, tandis que la femelle reste fauve uniforme et dépourvue de cornes. Les mâles portent de longues cornes en lyre, pouvant approcher 90 centimètres, nettement plus développées que celles du cobe de Buffon. L’animal mesure de 90 à 100 centimètres au garrot et pèse jusqu’à 100 kilogrammes chez les mâles, un peu moins chez les femelles.
Un cobe des marais, pas des savanes
Contrairement à la plupart des antilopes africaines, le cobe de Mrs Gray vit presque exclusivement dans les zones inondées, où il patauge et se nourrit d’herbes aquatiques et de graminées émergentes. Ses sabots allongés répartissent son poids sur les sols mous du Sudd, et il tolère de longues périodes les pieds dans l’eau, ce qu’aucune antilope de savane sèche ne pourrait supporter aussi bien.
Nager pour échapper au crocodile
Bon nageur, le cobe de Mrs Gray plonge complètement dans l’eau lorsqu’un prédateur approche, ne laissant dépasser que les narines. Cette tactique le protège du lion, du léopard et de la hyène, mais l’expose au crocodile du Nil, présent en nombre dans les mêmes marais et capable de le surprendre en eau profonde. Les grandes migrations saisonnières de troupeaux entiers, suivant le retrait des eaux, restent l’un des spectacles les moins documentés de la faune est africaine.
Pas un cobe de Buffon
On confond parfois le cobe de Mrs Gray avec le cobe de Buffon, plus répandu et plus connu, alors que les deux espèces se ressemblent peu une fois qu’on les a vues. Le cobe de Buffon garde un pelage brun roux uniforme et vit dans des prairies et des savanes plus sèches d’Afrique de l’Ouest et centrale, en troupeaux qui se rassemblent pour des parades collectives. Le cobe de Mrs Gray, lui, se reconnaît à son habitat marécageux, à la couleur tranchée du mâle et à une aire réduite au seul bassin du Nil supérieur.
Voisin d’une des plus grandes migrations d’Afrique
Le cobe de Mrs Gray partage le Sudd et les plaines voisines de Boma et de Badingilo avec le cobe à oreilles blanches, une sous-espèce du cobe de Buffon dont les troupeaux migrateurs comptent parfois plus d’un million de têtes. Sans se mêler vraiment à ces immenses colonnes, il profite du même paysage de marais et de savanes inondables, où les gestionnaires de parcs sud soudanais tentent, malgré des moyens limités, de protéger l’ensemble de cet écosystème plutôt qu’une seule espèce.
Une espèce menacée par la guerre
L’UICN classe le cobe de Mrs Gray parmi les espèces en danger. Sa population, autrefois estimée à plusieurs centaines de milliers d’individus, a chuté depuis les années 1980 sous l’effet de la chasse non contrôlée et des décennies de guerre civile au Soudan du Sud, qui ont facilité la circulation des armes dans le Sudd. Les recensements récents restent difficiles à mener dans une région instable, mais les organisations de conservation s’accordent sur un déclin marqué, faisant de cette antilope l’une des plus menacées de son genre. Sa survie dépend presque entièrement du maintien du Sudd en zone humide fonctionnelle, un écosystème lui même menacé par des projets de drainage destinés à faciliter l’exploitation pétrolière et agricole du Soudan du Sud.
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