L’oryx d’Arabie : cornes droites et survie dans le désert

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Le dernier oryx d’Arabie sauvage a été abattu en 1972, dans le désert central d’Oman. L’espèce ne devait sa survie qu’à quelques dizaines d’animaux captifs, dont trois capturés dix ans plus tôt lors d’une opération de sauvetage. Quarante ans après, en 2011, l’UICN l’a reclassé d’« éteint à l’état sauvage » à « vulnérable », le premier animal à remonter ainsi la liste rouge sur toute sa longueur.

Soixante-dix kilos de blanc au milieu du sable

Oryx d’Arabie au pelage blanc et aux longues cornes droites debout sur un sol désertique

Oryx leucoryx est le plus petit des quatre oryx. Un mâle adulte pèse entre 65 et 75 kilos pour environ un mètre au garrot, la femelle un peu moins, et les deux sexes portent des cornes. La robe est blanche, presque éclatante à midi, avec des marques brun sombre sur le chanfrein, la gorge et le haut des pattes. Les sabots sont larges et s’écartent à l’appui, ce qui répartit le poids sur le sable meuble comme une raquette.

Ce blanc n’est pas du camouflage, contrairement à ce qu’on lit souvent. Il renvoie le rayonnement solaire au lieu de l’absorber, et un oryx vu de loin sur une plaine de gypse est au contraire très repérable. En hiver, la robe fonce légèrement sur les flancs et les pattes, ce qui aide l’animal à capter la chaleur quand les nuits tombent près de zéro.

Deux cornes qui n’en font qu’une de profil

Vues de côté, les cornes se superposent presque parfaitement et l’animal semble n’en porter qu’une. Plusieurs auteurs y voient l’origine possible de la licorne des récits antiques, transmise vers la Grèce par les voyageurs de la péninsule. L’hypothèse est séduisante et rien ne la démontre, mais elle explique au moins pourquoi une antilope du désert traîne une réputation de créature légendaire.

Les cornes servent surtout entre congénères. Les mâles s’affrontent à coups d’estoc latéraux, tête basse, et les combats vont rarement jusqu’à la blessure grave. Face à un prédateur, l’oryx acculé fait front et pointe les cornes vers l’avant, une posture que les gardiens de réserve respectent : un animal de soixante-dix kilos avec deux pointes de soixante centimètres reste dangereux à portée.

Vivre sans boire pendant des semaines

L’oryx d’Arabie tire presque toute son eau de sa nourriture. Il broute des graminées du genre Stipagrostis, des feuilles d’acacias, des bulbes qu’il déterre au sabot, et il se nourrit volontiers de nuit ou juste avant l’aube, au moment où la rosée fait remonter la teneur en eau des plantes de quelques pour cent. Ce décalage horaire tout simple lui rapporte plus d’eau que n’importe quelle prouesse physiologique.

Le reste tient à la façon dont il gère sa propre chaleur. Plutôt que de transpirer pour rester à température constante, il laisse son corps se réchauffer pendant la journée et restitue cette chaleur la nuit, quand l’air froid fait le travail gratuitement. L’économie d’eau est considérable. En contrepartie, l’animal doit trouver de l’ombre aux heures les plus chaudes, et on le voit gratter une cuvette au pied d’un arbuste pour se coucher sur le sable plus frais de dessous.

Le troupeau et sa hiérarchie

Les groupes comptent en général de cinq à trente animaux : des femelles, leurs jeunes, et un mâle adulte qui mène le déplacement. Les jeunes mâles chassés du groupe forment des bandes de célibataires ou vivent seuls, en attendant de pouvoir prendre un harem. La hiérarchie se lit à la posture de la tête et au port de la queue, et se règle sans violence la plupart du temps.

La femelle met bas un seul petit après une gestation d’environ huit mois, sans saison fixe quand la nourriture le permet. Le jeune reste couché à l’écart les premiers jours, la mère venant l’allaiter, puis rejoint le troupeau. La maturité sexuelle arrive vers deux ans, ce qui donne à l’espèce une capacité de reprise démographique correcte dès qu’elle est protégée.

Qui le chasse, et qui ne le chasse pas

La liste de prédateurs qu’on lit couramment pour cette espèce est fausse. Le lion a disparu de la péninsule Arabique depuis des siècles, et le lycaon n’a jamais quitté l’Afrique subsaharienne : ni l’un ni l’autre ne croise un oryx. Les prédateurs réels sont le loup d’Arabie, la hyène rayée et, sur les jeunes, le léopard d’Arabie, lui-même en danger critique et devenu si rare qu’il ne pèse plus grand-chose sur les effectifs.

La vraie menace a toujours été l’homme. La chasse en tout-terrain, à partir des années 1930, a fait en quarante ans ce que des millénaires de chasse à dos de chameau n’avaient pas fait. Aujourd’hui, le braconnage et la capture pour des collections privées restent les causes de mortalité les plus citées dans les rapports de suivi, devant la sécheresse.

Comment on rattrape une extinction

L’opération Oryx démarre en 1962 : trois animaux capturés dans le sud de la péninsule partent pour le zoo de Phoenix, en Arizona, où le climat désertique convient. D’autres bêtes issues de collections privées de la région rejoignent ce noyau, et le troupeau dit « du monde » sert de base à tout ce qui suit. Les premiers lâchers ont lieu en 1982 dans la plaine omanaise de Jiddat al-Harasis, avec l’accord et la surveillance des éleveurs harasis.

Des populations libres existent maintenant en Oman, en Arabie saoudite, aux Émirats arabes unis, en Israël et en Jordanie, auxquelles s’ajoutent plusieurs milliers d’animaux en enclos. Le point faible est génétique : tout ce monde descend d’un très petit nombre de fondateurs, et les échanges entre sites servent autant à brasser les lignées qu’à repeupler. Je trouve ce dossier plus intéressant que les récits de sauvetage habituels, parce qu’il montre qu’une espèce peut revenir sans que le problème de départ, la chasse, ait vraiment disparu.

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