Le pic vert : son cri, son bec et son rôle dans la forêt

Le pic vert

Le pic vert ne tambourine presque pas. Là où le pic épeiche signale son territoire en frappant un tronc mort, celui-ci crie : une quinzaine à une vingtaine de notes claires et légèrement descendantes, qui portent à plusieurs centaines de mètres et lui ont valu le surnom de rire vert. Et il ne cherche pas ses proies sous l’écorce comme les autres pics d’Europe : il descend au sol et creuse les fourmilières.

Un pic qui mange par terre

Pic vert accroché à un tronc, dos vert olive, calotte rouge et joue noire

Le pic vert mange des fourmis, et presque rien d’autre : adultes, larves et nymphes de Lasius, Formica, Myrmica et autres genres communs. Un estomac examiné peut en contenir plusieurs milliers. L’oiseau repère une fourmilière dans une pelouse rase, un talus ou une prairie pâturée, y perce un puits oblique et y enfonce la langue à répétition.

Cette langue est l’outil central de l’espèce. Elle se déploie sur une dizaine de centimètres au-delà de la pointe du bec, se termine par une extrémité barbelée et reste enduite d’une salive gluante produite par des glandes salivaires démesurées. Au repos, elle s’enroule par-dessus le crâne, sous la peau, jusqu’à la base du bec : c’est ce détour anatomique qui autorise une telle longueur chez un oiseau de cette taille.

L’hiver, quand la neige tient, le pic vert creuse des galeries dans la couche blanche pour atteindre les fourmilières engourdies. Les hivers longs et enneigés sont le principal facteur de mortalité connu chez l’espèce, et ses effectifs chutent après les gels prolongés avant de se rétablir en quelques saisons.

Trente-cinq centimètres et une moustache qui trahit le sexe

Picus viridis est l’un des plus grands pics d’Europe : 30 à 36 centimètres de long, 45 à 51 centimètres d’envergure, 150 à 250 grammes. Le dos est vert olive, le croupion jaune vif, très visible à l’envol, et le dessous gris verdâtre. La calotte rouge court du front à la nuque chez les deux sexes, sur un masque noir qui entoure un œil à l’iris blanchâtre.

Le critère qui sépare le mâle de la femelle tient à une seule marque, la moustache qui descend de la base du bec. Chez le mâle, elle est rouge au centre et bordée de noir. Chez la femelle, elle est entièrement noire. Les jeunes de l’année, eux, sont fortement mouchetés et barrés de sombre sur tout le corps, au point de paraître appartenir à une autre espèce.

Les pattes ne portent pas de griffes fourchues, contrairement à ce qu’on lit parfois, mais des doigts disposés deux en avant et deux en arrière, une configuration dite zygodactyle. Les rectrices centrales de la queue sont rigides et pointues : l’oiseau s’en sert comme d’un trépied pour s’appuyer contre le tronc. Le vol est onduleux, en montagnes russes, quelques battements rapides suivis d’un repli des ailes.

Un bec moins puissant qu’il n’en a l’air

Le bec du pic vert est long et droit, mais plus fin et moins renforcé que celui des pics tachetés. L’oiseau est un médiocre foreur d’écorce dure, et il tambourine à peine, et son tambourinage de parade reste bref et étouffé. Sa communication passe par la voix.

Il sait en revanche évider une loge de nidification dans du bois tendre ou déjà attaqué par la pourriture : peuplier, saule, aulne, vieux fruitier. La cavité est creusée entre deux et dix mètres de hauteur, sur une profondeur de trente à cinquante centimètres, en une à trois semaines de travail partagé entre les deux partenaires. Ces loges abandonnées sont ensuite réoccupées par les étourneaux, les sittelles, les chouettes chevêches et des colonies de chauves-souris arboricoles.

Des pelouses et des vieux arbres, pas une forêt profonde

L’espèce est répandue dans presque toute l’Europe, de la péninsule Ibérique à l’Oural, et vers le sud-est jusqu’au Caucase et au nord de l’Iran. Elle manque en Irlande, où elle n’a jamais été implantée, et dans le nord de la Scandinavie. Les oiseaux de la péninsule Ibérique et ceux d’Afrique du Nord ont été reconnus comme des espèces distinctes, le pic de Sharpe et le pic de Levaillant, ce qui exclut désormais ces régions de l’aire du pic vert proprement dit.

Le paysage qui lui convient combine deux éléments : des arbres âgés ou dépérissants pour nicher, et de vastes surfaces d’herbe rase pour se nourrir. Il fréquente donc les lisières, les bocages, les vergers, les parcs urbains, les cimetières et les terrains de golf autant que les bois clairs. Les futaies denses et fermées, sans strate herbacée, lui conviennent mal. Il est sédentaire et reste toute l’année sur son domaine.

Une nichée par an, cinq à sept œufs

Les couples se forment en fin d’hiver, à la voix. La femelle pond de cinq à sept œufs blancs à même le fond de la loge, sur un simple lit de copeaux, en avril ou en mai. L’incubation dure quatorze à dix-sept jours et se partage entre les deux adultes, et le mâle prend les nuits.

Les poussins sont nourris par régurgitation de fourmis : l’adulte enfonce son bec dans celui du jeune et lui livre la pâtée d’un coup. Ils quittent la cavité vers vingt-trois à vingt-sept jours, puis suivent leurs parents au sol plusieurs semaines encore. Une seule nichée par an est la règle ; une ponte de remplacement n’arrive qu’après un échec précoce.

Commun, mais dépendant du bois mort

Le pic vert est classé en préoccupation mineure sur la liste rouge, et ses effectifs européens sont globalement stables, en légère progression dans plusieurs pays d’Europe du Nord et de l’Ouest. Il profite de l’ouverture des paysages périurbains.

Deux pratiques lui nuisent pourtant à l’échelle locale. L’abattage systématique des arbres creux ou dépérissants supprime ses sites de nidification, et les traitements insecticides appliqués aux pelouses et aux prairies suppriment sa ressource alimentaire. Un vieux fruitier laissé debout et une pelouse non traitée valent, pour cette espèce, tous les nichoirs du commerce, qu’elle n’utilise presque jamais.

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