Le pic épeiche : plumage, tambourinage et parade nuptiale
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Le pic épeiche est le plus commun des pics d’Europe, celui qu’on entend tambouriner dès février dans les parcs et les forêts. Son plumage noir et blanc et sa tache rouge sous la queue le distinguent au premier coup d’œil, à condition de regarder au bon endroit : ce n’est pas sur la tête qu’il faut chercher le rouge chez l’adulte, mais sous la queue et, pour le mâle, sur la nuque.
Une tête noire, pas une calotte rouge
Le pic épeiche (Dendrocopos major, famille des Picidés) mesure de 20 à 24 cm pour une envergure de 34 à 39 cm et un poids de 70 à 98 g. Chez l’adulte, la calotte est noire chez les deux sexes : seul le mâle porte une tache rouge sur la nuque, à l’arrière du crâne. La confusion vient des jeunes, qui affichent une large calotte rouge cerclée de noir jusqu’à leur première mue. Sous la queue, en revanche, mâles et femelles adultes partagent des couvertures d’un rouge vif, un des repères qui permettent de reconnaître l’espèce même de loin.
Un tambourinage qui parle, pas qui creuse
Le tambourinage n’a rien à voir avec la recherche de nourriture : le pic frappe une branche morte ou sèche choisie pour sa résonance, à une cadence pouvant atteindre vingt coups par seconde, en rafales de moins d’une seconde répétées tout au long de la journée. Ce roulement sert à marquer un territoire et à attirer une partenaire, surtout de février à mai. Le cri de contact, un « kix » sec et sonore, complète cette communication à longue portée quand les branches manquent.
L’enclume, l’outil d’hiver du pic épeiche
En été, le pic épeiche chasse surtout des insectes xylophages qu’il extrait de l’écorce grâce à sa langue longue et collante, terminée par de petits crochets. L’hiver, quand les insectes se font rares, il change de régime : il coince une graine de conifère ou une noisette dans une fente d’écorce ou une fourche de branche, une enclume qu’il réutilise pendant des semaines, puis la frappe jusqu’à l’ouvrir. Le sol, sous une enclume active, se couvre de dizaines d’écailles de pommes de pin abandonnées.
Ce comportement se transmet par l’expérience individuelle : un jeune pic met du temps à choisir une bonne enclume et à perfectionner sa technique, ce qui explique en partie pourquoi les adultes survivent mieux aux hivers rigoureux que les jeunes de l’année.
Une cavité neuve chaque saison
Le pic épeiche creuse un nid presque toujours neuf, une cavité dans un tronc ou une grosse branche morte, entre deux et huit mètres de hauteur, avec une entrée d’à peine cinq à six centimètres de diamètre. La femelle y pond de quatre à sept œufs blancs, couvés de dix à seize jours par les deux parents, la femelle le jour et le mâle la nuit. Les jeunes restent au nid environ trois semaines avant l’envol, puis continuent d’être nourris hors du nid pendant une à deux semaines encore. La cavité abandonnée ne reste jamais vide longtemps : mésanges, sittelles ou étourneaux s’y installent l’année suivante.
Pic mar et pic épeichette : deux pics à ne pas confondre
Le pic mar porte une calotte rouge chez les deux sexes, y compris à l’âge adulte, contrairement au pic épeiche dont seul le mâle a du rouge, et uniquement sur la nuque. Il est aussi plus petit, plus clair sur les flancs, et tambourine rarement : il communique surtout par la voix. Le pic épeichette, lui, est minuscule, à peine la taille d’un moineau, avec un dos entièrement barré de noir et blanc et aucune trace de rouge sous la queue. Sa cadence de tambourinage est plus rapide mais beaucoup plus faible, presque inaudible à distance.
Répartition et statut
Le pic épeiche occupe toute l’Europe, l’Asie tempérée jusqu’au Japon, et une partie de l’Afrique du Nord dans les massifs boisés de l’Atlas. Il est classé en préoccupation mineure par l’UICN, avec une population stable ou en légère hausse en Europe, portée par le vieillissement des forêts exploitées plus tardivement et par la multiplication des mangeoires en hiver, où il vient chercher des graines de tournesol et du gras.
L’enclume dans son bec, pas de tambourinage inutile
Un dernier détail trahit souvent l’espèce sans même la voir : les copeaux et écailles accumulés au pied d’un vieux tronc, signe d’une enclume utilisée saison après saison. Le pic épeiche revient volontiers sur les mêmes sites d’une année sur l’autre, tant que l’arbre tient debout et que le poste reste tranquille.
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