Le harfang des neiges : plumage, toundra arctique et chasse
Sommaire9 sections
- 01Un plumage qui trahit l’âge et le sexe
- 02La toundra, du Groenland à la Sibérie
- 03Un chasseur à l’affût, pas un poursuivant
- 04Une ponte qui dépend des proies
- 05Des pattes couvertes de plumes jusqu’aux griffes
- 06Des aéroports pris pour de la toundra
- 07Un statut revu à la baisse en 2021
- 08Un rapace exposé aux prédateurs comme aux collisions
- 09Dix ans dans la nature, le double en captivité
Le harfang des neiges chasse en plein jour, ce qu’aucun autre grand hibou du continent ne fait à ce point. Cette habitude, héritée du soleil qui ne se couche presque jamais l’été arctique, en fait l’un des rapaces nocturnes les plus faciles à observer en pleine activité.
Le harfang des neiges, Bubo scandiacus, appartient à la famille des Strigidés, celle des hiboux et chouettes. Avec ses 53 à 65 centimètres de long et jusqu’à 150 centimètres d’envergure, c’est l’un des plus lourds rapaces nocturnes du monde : les femelles dépassent souvent 2 kilogrammes, contre 1,6 à 2 kilogrammes pour les mâles, nettement plus légers et plus blancs.
Un plumage qui trahit l’âge et le sexe
Le mâle adulte devient presque intégralement blanc avec l’âge, tandis que la femelle garde toute sa vie des barres sombres sur le dos et les ailes. Les jeunes, eux, naissent gris-brun tacheté et blanchissent progressivement sur plusieurs années. Cette différence de couleur permet, avec un peu de pratique, d’estimer l’âge et le sexe d’un individu observé sur le terrain.
La toundra, du Groenland à la Sibérie
L’espèce niche dans les toundras qui ceinturent le pôle Nord : Canada arctique, Groenland, Scandinavie du Nord et Sibérie. Elle ne migre pas au sens classique du terme. Certains hivers, quand les lemmings viennent à manquer, une partie de la population descend brutalement vers le sud, jusqu’au nord des États-Unis ou de la France dans les cas les plus extrêmes : ce phénomène porte un nom, l’irruption.
Un chasseur à l’affût, pas un poursuivant
Le harfang chasse surtout à l’affût, posé sur une butte ou un piquet, à guetter le moindre mouvement dans la végétation basse. Son ouïe, aussi fine que celle de la chouette effraie, lui permet de repérer un lemming sous la neige. Il complète son régime de lièvres arctiques, de lagopèdes et d’oiseaux aquatiques quand les rongeurs se raréfient.
Une ponte qui dépend des proies
La parade nuptiale commence à la mi-mai, et les œufs sont pondus entre la mi-mai et le début juin, directement dans une cuvette grattée au sol, sans construction de nid. Une femelle pond de trois à onze œufs selon l’abondance des lemmings cette année-là, elle peut même renoncer complètement à nicher lors d’une mauvaise saison. L’incubation dure environ trente-deux jours, assurée seule par la femelle pendant que le mâle chasse pour toute la famille.
Des pattes couvertes de plumes jusqu’aux griffes
Le harfang des neiges est l’un des rapaces les plus densément emplumés qui soient : ses pattes et jusqu’aux doigts sont recouverts de plumes épaisses, une isolation qui lui permet de rester actif par des températures largement sous zéro. Cette fourrure de plumes limite aussi la perte de chaleur par les extrémités, un problème que la plupart des oiseaux règlent en réduisant la circulation sanguine dans les pattes plutôt qu’en les couvrant.
Des aéroports pris pour de la toundra
Lors des grandes irruptions hivernales, des harfangs des neiges se posent régulièrement sur les pistes d’aéroports du nord des États-Unis et du Canada, notamment à Boston et à New York : l’espace plat, dégagé et sans arbres y ressemble à leur habitat natal. Le trafic aérien pousse certains aéroports à capturer discrètement ces oiseaux pour les relâcher plus loin, plutôt que de risquer une collision avec un avion.
Un statut revu à la baisse en 2021
Longtemps classé en préoccupation mineure, le harfang des neiges a été reclassé vulnérable par l’UICN en 2021, après un déclin estimé à environ la moitié de la population mondiale sur trois générations. Le réchauffement de l’Arctique, qui bouleverse les cycles des lemmings et fait fondre la toundra, est cité comme la principale menace.
Ce reclassement contraste avec l’image d’un oiseau abondant que la popularité récente du personnage d’Hedwige, dans la saga Harry Potter, a contribué à répandre. Sur le terrain, les ornithologues observent l’inverse : des populations en recul dans plusieurs régions du Canada et de Scandinavie où elles étaient suivies depuis des décennies.
Un rapace exposé aux prédateurs comme aux collisions
Sur la toundra, le renard arctique reste la principale menace pour les œufs et les jeunes au nid, ce qui pousse les deux parents à défendre le site en piquant en vol sur tout intrus, y compris un chercheur ou un ours qui s’aventurerait trop près. Plus au sud, pendant les hivers d’irruption, les harfangs affrontent des dangers très différents : collisions avec des véhicules, des lignes électriques ou des clôtures, dans des paysages agricoles qui ressemblent de loin à leur toundra natale mais qui n’en offrent pas les mêmes garanties.
Dix ans dans la nature, le double en captivité
Un harfang des neiges sauvage vit en moyenne une dizaine d’années, mais certains individus suivis par bagage ont dépassé les quinze ans. En captivité, à l’abri des prédateurs et des famines de lemmings, la longévité grimpe nettement : plusieurs zoos nord-américains ont vu des sujets atteindre ou dépasser vingt-cinq ans, preuve que ce sont bien les aléas de la vie arctique, plus que l’espèce elle-même, qui limitent sa durée de vie en milieu naturel.
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