Le lion d’Afrique : vie en groupe, chasse et rituels sociaux

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Sommaire7 sections
  1. 01Des troupes bien plus grandes que celles du cousin d’Asie
  2. 02Hiérarchie et rites de domination
  3. 03La chasse en équipe des lionnes
  4. 04Le sort des lionceaux à l’arrivée d’un nouveau mâle
  5. 05Rugir, grogner, marquer
  6. 06Une espèce en repli sur le continent
  7. 07Une crinière qui trahit sa forme

Dans les plaines d’Afrique de l’Est et australe, le lion vit rarement seul. C’est même l’un des rares grands félins à former des groupes durables, mâles et femelles confondus, et cette organisation sociale explique presque tout de son comportement : la manière dont il chasse, dont il élève ses petits et dont il se bat pour garder son territoire. Le lion d’Asie, son proche cousin de la forêt de Gir en Inde, vit à l’inverse en groupes le plus souvent séparés par sexe : c’est la vie de fierté mixte, propre à l’Afrique, qui fait l’objet de cet article.

Des troupes bien plus grandes que celles du cousin d’Asie

groupe de lionnes africaines allongées ensemble dans l’herbe haute de la savane

Les lions d’Afrique vivent en fierté, un groupe qui réunit en permanence plusieurs femelles apparentées, leurs petits, et une coalition de un à quatre mâles. Une fierté compte en général de dix à quinze individus, mais certaines populations denses, comme celle du cratère du Ngorongoro, en Tanzanie, en rassemblent jusqu’à trente. Les lionnes, presque toujours liées par le sang, restent ensemble toute leur vie, ce qui donne à chaque fierté une mémoire collective du territoire et des points d’eau.

Les mâles, eux, changent de fierté au gré des rapports de force. Une coalition de frères ou de cousins prend le contrôle d’un territoire et le défend en moyenne deux à trois ans, avant d’être chassée par un groupe plus jeune et plus nombreux.

Hiérarchie et rites de domination

Au sein d’une coalition de mâles, la suprématie se règle par la force et par l’âge : les combats pour le contrôle d’une fierté peuvent être violents, causant parfois des blessures graves aux griffes ou aux crocs. Chez les lionnes, la hiérarchie est plus souple, mais l’ordre d’accès à une carcasse dépend tout de même du rang de chacune.

La chasse en équipe des lionnes

Ce sont les lionnes qui assurent l’essentiel des chasses, en particulier sur le gros gibier. Elles se répartissent en rabatteuses et en poursuivantes, encerclant zèbres ou gnous avant de lancer l’attaque finale, en général au crépuscule ou de nuit. Une chasse en groupe réussit dans environ un tiers des tentatives, un taux nettement supérieur à celui d’un lion isolé.

Les mâles participent surtout à la chasse des très grosses proies, comme le buffle d’Afrique, où leur force supplémentaire fait la différence. Une fois la proie au sol, l’ordre de préséance à la curée suit la hiérarchie du groupe, les mâles adultes se servant en premier.

Le sort des lionceaux à l’arrivée d’un nouveau mâle

Ce comportement, brutal vu de l’extérieur, s’explique par une logique de compétition reproductive stricte : un mâle ne défend un territoire que quelques années, et il n’a d’intérêt évolutif qu’à faire grandir sa propre descendance pendant ce laps de temps. Les lionceaux qui survivent restent sous la protection collective de la fierté jusqu’à l’âge de deux ans environ, période durant laquelle les lionnes allaitent parfois les petits d’autres femelles du groupe.

Rugir, grogner, marquer

Le rugissement du lion s’entend jusqu’à 8 kilomètres à la ronde, dans des conditions calmes. Il sert à signaler l’occupation d’un territoire à des lions extérieurs et à permettre à une fierté dispersée de se retrouver après une chasse. En dehors du rugissement, les lions communiquent par grognements, miaulements courts entre une mère et ses petits, et par le marquage olfactif, urine et frottements de tête déposés sur les arbustes en bordure de territoire.

Une espèce en repli sur le continent

Le lion d’Afrique est classé vulnérable par l’Union internationale pour la conservation de la nature. Ses effectifs ont chuté d’environ 43 % en une vingtaine d’années, sous l’effet conjugué de la perte d’habitat, du recul des proies sauvages et des conflits avec les éleveurs, qui empoisonnent parfois les carcasses pour se protéger des attaques sur le bétail. On estime la population africaine actuelle entre 20 000 et 25 000 individus, contre plusieurs centaines de milliers au début du vingtième siècle.

Les plus grandes populations restent concentrées dans quelques bastions bien gardés : le complexe Serengeti-Mara, à cheval sur la Tanzanie et le Kenya, le delta de l’Okavango au Botswana, et le parc Kruger en Afrique du Sud. Ailleurs, de nombreuses populations isolées comptent moins de cent individus et restent vulnérables à un seul épisode de maladie ou de braconnage.

Une crinière qui trahit sa forme

Chez le lion d’Afrique, la crinière varie énormément d’un individu à l’autre, du blond clair au noir presque total, et son ampleur augmente avec l’âge et le taux de testostérone. Des études menées dans le Serengeti ont montré que les femelles préfèrent s’accoupler avec les mâles à la crinière la plus sombre et la plus fournie, un signal honnête de vigueur que les rivaux évaluent aussi avant d’engager un combat. Le lion d’Asie, à l’inverse, ne développe jamais une crinière aussi couvrante : le sommet du crâne reste dégagé chez la quasi-totalité des mâles adultes de Gir, quelle que soit leur condition physique.

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