Le lion d’Asie : population réduite, habitat et chasse illégale
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Il ne reste plus qu’une seule population sauvage de lions en dehors de l’Afrique, et elle tient tout entière dans une forêt indienne grande comme un département français. Le lion d’Asie partage l’essentiel de son anatomie avec son cousin africain, mais deux ou trois détails de terrain suffisent à les séparer, à commencer par un pli de peau que l’Africain n’a pas. Sa survie repose sur un seul massif forestier et sur une population que les gardes comptent individu par individu chaque recensement.
Un seul refuge au monde : la forêt de Gir
Le lion d’Asie ne vit plus à l’état sauvage que dans le parc national de Gir et les forêts qui l’entourent, dans l’État du Gujarat, en Inde. Il y a un siècle, l’espèce occupait encore la Perse, la Mésopotamie et le nord de l’Inde jusqu’au Bengale. La chasse et la raréfaction des proies l’ont réduite à ce seul massif de forêt sèche à teck, où elle a frôlé l’extinction : une vingtaine d’individus recensés au début du vingtième siècle.
Grâce à une protection stricte engagée dès les années 1960 par le maharaja de Junagadh puis par l’État indien, la population s’est reconstituée lentement. Le dernier recensement officiel, en 2020, en dénombre 674 dans et autour du parc, contre 523 cinq ans plus tôt.
Une silhouette plus légère que celle du lion d’Afrique
Le lion d’Asie pèse en moyenne un peu moins que le lion d’Afrique : les mâles dépassent rarement 190 kilogrammes, quand certains mâles africains passent les 220 kilogrammes. Les femelles, elles, pèsent entre 120 et 160 kilogrammes. Leur longueur va de 1,70 à 2,50 mètres pour les mâles, sans compter la queue, qui ajoute environ 80 centimètres terminés par une touffe de poils noirs.
Sa crinière est plus courte et laisse le sommet du crâne dégagé, si bien que ses oreilles restent visibles de face, ce qui n’arrive presque jamais chez le lion d’Afrique adulte. Un repli de peau longitudinal court le long de son ventre, du thorax à l’aine : c’est l’un des critères que les zoologistes utilisent sur le terrain pour trancher entre les deux formes, l’espèce africaine ne le portant pas, ou de façon nettement plus discrète.
Une vie sociale qui se sépare en deux
La fierté du lion d’Asie fonctionne autrement que celle de son cousin africain. Mâles et femelles n’y vivent pas ensemble en permanence : ils se rejoignent pour s’accoupler ou pour se partager une grosse proie, puis se séparent de nouveau, parfois pendant plusieurs semaines. Une lionne du Gir chasse le plus souvent seule ou à deux, là où une lionne africaine s’associe fréquemment à cinq ou six congénères pour encercler un troupeau.
Le rugissement, en revanche, ne les distingue pas : chez les deux formes, il porte jusqu’à 8 kilomètres à la ronde et sert autant à marquer un territoire qu’à retrouver les membres dispersés de la fierté.
Chital, sambar et nilgaut au menu
Le lion de Gir chasse surtout le chital, un cerf tacheté abondant dans la forêt, ainsi que le sambar et le nilgaut, la plus grande antilope d’Asie. Faute d’assez de grand gibier sauvage sur un territoire aussi restreint, il s’attaque aussi, plus souvent que son cousin africain, au bétail des villages installés en lisière du parc : une cohabitation qui reste la première source de tension avec les habitants de la région.
Une espèce relevée, jamais mise à l’abri
L’Union internationale pour la conservation de la nature classe la sous-population du lion d’Asie en danger, alors que l’espèce dans son ensemble, incluant les populations africaines, reste classée vulnérable. La chasse n’est plus la menace principale : elle a pratiquement disparu depuis l’instauration du parc. Le vrai risque tient à la concentration de toute l’espèce sur un seul site. Une épidémie de maladie de Carré a tué une trentaine de lions en 2018, et un incendie ou une épizootie plus étendue pourrait, en théorie, atteindre la population entière en une seule saison.
Des projets de réintroduction vers une seconde forêt, au Madhya Pradesh, sont discutés depuis plus de vingt ans sans avoir abouti, faute d’accord entre les États indiens concernés. Tant qu’une deuxième population libre n’existe pas ailleurs, le sort du lion d’Asie continue de dépendre d’un seul massif forestier.
Un tourisme qui finance sa protection
Le parc de Gir organise des safaris en véhicule fermé, sur des pistes strictement délimitées, qui permettent d’observer les lions sans les déranger. Les recettes des entrées financent une partie des équipes de gardes et des programmes de compensation versés aux éleveurs qui perdent une bête à cause d’un lion. Habitués depuis des générations à la présence humaine et aux véhicules, les lions de Gir se laissent approcher bien plus facilement que leurs cousins africains dans la plupart des réserves, un paradoxe pour une espèce aussi menacée par ailleurs.
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